Rétrospective des tendances 2020 sur l'agilité agnostique

February 25, 2021
Rédigé par
Virginie Van Bever


2020 aura été une année pleine de défis et de rebondissements pour toutes les entreprises. La pandémie de COVID-19 a obligé des industries entières à repenser leurs stratégies commerciales et digitales ainsi que la manière d'interagir avec des consommateurs physiquement inatteignables mais aux attentes complexes

Dans le développement de produits numériques, ce changement de paradigme a également forcé de nombreuses organisations à réinventer la manière de travailler en équipe pour continuer à être efficace malgré la crise.

Certaines contraintes - le télétravail par exemple - se sont imposées et il a fallu mettre en place les outils adéquats pour assurer la fluidité de la circulation de l’information et maintenir un niveau de productivité acceptable.

Souplesse, adaptation rapide, méthodes de travail inédites : l’agilité agnostique a profité de l’année 2020 pour s’immiscer dans de nombreux domaines. Être agile ce n’est pas seulement utiliser les bons outils pour mener à bien un projet de développement. L’agilité agnostique est partout et pour tous, c’est un état d’esprit qui se répand positivement dans de nombreux domaines et qui prend les formes les plus variées et les plus surprenantes. 

Nous vous proposons une revue des tendances agile de 2020 pour bien aborder les challenges que l’agilité agnostique peut nous aider à relever en 2021.

Les plateformes low-code/ no-code 


Pratiquer le low-code/no-code c’est construire une application sans coder (no-code) ou avec peu de code (low-code). Le low-code est donc une forme simplifiée du développement logiciel qui demande un minimum de connaissances en programmation.

Sans bagage technique

Comme son nom l’indique, les plateformes low-code ne vous dispensent pas totalement de la programmation manuelle. Généralement, on estime à 80% la part de programmation sans code.

Rapidité, agilité, simplicité, réduction des coûts et flexibilité, les avantages des plateformes low-code sont immédiats pour l’entreprise. C’est également un outil formidable pour associer des profils non-techniques au processus de production : Cette brique technologique contribue à désîloter le Business et l’IT en libérant l’innovation. Par sa simplicité et sa facilité d’utilisation, le low-code est un catalyseur de la transformation agile des entreprises.

Mon précieux

Une partie du “pouvoir de création” est donné aux "citizens developers” (les profils non-techniques) et la boucle itérative “Produire, Mesurer, Apprendre” que l’on retrouve dans la méthodologie Lean tourne plus vite en désenclavant les tâches de développement. 

Mieux encore, développeurs et équipes Métiers parlent le même langage et peuvent se concentrer sur la valeur ajoutée qu’ils apportent au projet.

Chez Payfit, logiciel SaaS, spécialisé dans la gestion de la paie et des employés, la démarche low-code est encore plus poussée: les équipes s’appuient sur le JetLang, une plateforme low-code spécifiquement développée en interne. Elle permet aux spécialistes métiers, appelées Product Builders, de coder eux-mêmes et d’avancer sur le delivery des users stories. En contrepartie, les profils 100% IT ont davantage de temps pour effectuer des tâches à haute valeur ajoutée tandis qu’ils intègrent plus facilement les requêtes de leurs collaborateurs. (source, Medium.com)


Les cérémonies en remote 


Pour beaucoup d’entreprises, les restrictions imposées par le COVID-19  sont vécues comme un défi : réunions d’équipe à distance et rendez-vous client s’effectuent à distance dans la mesure du possible.

Certaines organisations ont décidé de prendre le contrepied de cet exercice imposé en y voyant une opportunité de démontrer leur agilité. Les cérémonies en remote deviennent sinon un art de vivre, en tout cas une manière plus agile et directe de travailler ensemble.

Il est vrai que les outils de communication à distance ne manquent pas. Vous utilisez déjà sûrement Miro, Slack ou Klaxoon par exemple, ces outils collaboratifs qui permettent de travailler plus intelligemment et à distance avec vos équipes et même avec vos clients. 

L’objectif ? Rendre les organisations plus agile en cassant la barrière technologique inhérente au partage de l’information : Brainstorming, animation d’atelier, meetings hebdo avec prise de décision,  ces plateformes nous rapprochent, rendent nos réunions plus efficaces et accélèrent les processus de co-création. 

Il y a même des entreprises qui ont érigé le “remote” en principe d’agilité. Travailler à distance avec les bons outils parce qu’au bout du compte ces nouvelles manières de partager l’info sont 100% compatibles avec l’état d’esprit agile : moins d’interruption, des horaires respectés, des comptes-rendus facile, un partage instantané des idées et une meilleure circulation de l’information dans toute l’entreprise.



L’agilité “data-driven”

Les principes généraux de l'agilité s’appliquent aujourd’hui de plus en plus aux problématiques des projets Big Data ou ceux incluant l’usage de l’Intelligence Artificielle.

Question: La fonctionnalité que nous sommes en train de développer apporte-t-elle vraiment de la valeur au produit final ? Pour y répondre de manière précise, il est crucial de maîtriser les processus de collecte et d’analyse des données. L’agilité “data-driven” se décline de plusieurs façons : 

Tendance 1 : Le data-driven product-management

Pour un Product Owner, il est essentiel d’être à l’aise avec l'utilisation des données pour prendre des décisions rapides et éclairées: 

  •  L’analyse des données permet de répondre à la question de la valeur apportée au projet de manière précise. 
  • Il est crucial de définir des KPIs quantitatifs pour justifier des moyens mis en œuvre (temps, budget, profils recrutés…) au développement d’un produit.
  • L’utilisation de la matrice effort/valeur permettra également de mettre à jour les priorisations du développement des fonctionnalités en fonction de l’analyse des données disponibles.


Tendance 2 : L’utilisation de l’Intelligence Artificielle

Le domaine de l’Intelligence Artificielle (IA) est un autre domaine dans lequel tout Product Owner doit avant tout maîtriser l’utilisation des données pour faire de son projet un succès. 

L’IA est trop souvent utilisée comme un concept “fourre-tout” en début de projet sans que sa valeur intrinsèque ne puisse s’exprimer par la suite.

On oublie souvent que concevoir et faire tourner un modèle prédictif ou de Machine Learning de manière précise c’est avant tout s’attaquer aux problématiques relatives à la data. 

L’IA repose sur la data collectée d’où l’importance de réfléchir bien en amont à son product goal et de définir des KPIs data-oriented pour fluidifier le pipeline de données tout au long du projet.

Dans la plupart des projets de développement informatique, l’IA permet de gagner du temps en faisant le tri parmi des User Stories trop nombreuses, notamment lorsque l’on s’attaque à des problématiques relatives à la personnalisation.

L’exemple le plus parlant est celui de YouTube pour qui construire et déployer à grande échelle un moteur de suggestion de vidéo aussi élaboré aurait été impossible sans l’utilisation de l’IA.

Tendance 3: L’émergence du data product owner et du DataOps

Faisons un pas de plus dans le monde de la data agile. Depuis quelques années de nombreux produits typés “Data Science” ont vu le jour : En effet, les recommandations basées sur le Machine Learning sont devenues des fonctionnalités clés de nombreux services que nous utilisons tous les jours: Amazon Netflix, Linkedin ou autres YouTube.

D’où l’émergence du profil de Data Product Manager dont le rôle est d’identifier les problématiques utilisateurs qui pourront être résolus grâce à la Data Science. 

Pour réussir il devra connaître un grand nombre de cas d’usage mais également avoir une bonne intuition de leur complexité.

Ces Data Product Managers s’inscrivent dans la dynamique plus globale du Data Ops; une brillante synthèse entre les principes connus du Dev Ops et ceux du développement agile. La boucle est bouclée ! 

Vous pouvez aller lire l'article de notre experte Julie ici, si ce sujet vous intéresse.

L’innovation frugale


L’apparition du concept d’innovation frugale est indissociable de celui d’agilité agnostique. 

Innover de manière frugale est une pratique née dans les pays comme l’Inde où ce concept  est connu sous le nom de jugaad, une solution improvisée (sorte de « Système D ») — pour résoudre de manière ingénieuse les problèmes avec peu de moyens.

Mais l'innovation frugale devient aussi une nécessité vitale dans les pays occidentaux dont l’économie est mise à mal par le coronavirus et les crises économiques successives.

Les entreprises adoptent peu à peu l’état d’esprit frugal et agile pour survivre durant la crise ponctuelle, mais aussi pour innover et réussir à long-terme.

L’innovation frugale c’est faire du mieux que l’on peut avec le peu que l’on possède. C’est une vraie réflexion sur la valeur de ce que l’on produit en simplifiant au maximum. 

“Not perfect but good enough”

Un produit issu de l’innovation frugale est souvent dit “good enough” (suffisamment bon) avec les fonctionnalités clés qui répondent aux besoins les plus essentiels des clients.

De plus, l’innovation frugale repose sur le principe de la réutilisation des ressources disponibles. C’est le fameux “on fait avec” transposé dans le monde de l’innovation. 

Par exemple, lorsque les ingénieurs de GE Healthcare ont développé un appareil ECG portable à faible coût, le MAC 400, qui est suffisamment robuste pour être utilisé dans l’Inde rurale, ils n’ont pas créé une nouvelle imprimante à partir de zéro. Au lieu de cela, ils ont adapté une imprimante utilisée dans les bus indiens pour imprimer les billets et l’ont intégrée au MAC 400.

Autre exemple très parlant, celui de ces chercheurs du MIT qui ont inventé un respirateur open-source à faible coût qui peut être fabriqué rapidement pour seulement 100 dollars, alors qu’un ventilateur classique coûte environ 30 000 dollars. 

Une tendance au minimalisme

L’innovation frugale se rapproche par certains aspects du minimalisme : Éliminer les fonctionnalités inutiles ou secondaires et se concentrer sur l’essentiel. 

L’approche de la start-up BlaBlaCar est ici éclairante. Submergées par les demandes de nouvelles fonctionnalités, les équipes de développement ont dû apprendre, un mot qui ne faisait pas partie de leur vocabulaire - le mot “non” - pour se concentrer sur les users stories jugées absolument essentielles et éliminer complètement les autres demandes ; obligeant les équipes métiers à questionner encore et toujours leurs “besoins”.

Le rôle du PO est de simplifier une situation complexe et non l’inverse! 


La Robotic Process Automation 

Automatiser les tâches récurrentes "simples", concentrer les équipes sur des activités à forte valeur ajoutée, répondre plus rapidement aux clients, gagner du temps dans l’exécution des opérations et gagner aussi en productivité: voici les objectifs de la Robotic Process Automation (RPA) 

Surtout présente dans le secteur de la banque et des assurances, la RPA permet par exemple à une mutuelle de numériser des factures de pharmacie, et en extraire toutes les données standardisées (numéro de client, nom, date, référence du médicament, médecin, pharmacie, montant payé, montant total, etc.). Le robot met alors à jour le dossier du client, effectue les contrôles nécessaires, lui règle le montant dû dans les minutes

 La RPA permet aux entreprises de réduire les coûts de personnel et les erreurs humaines. Surtout si les bots (le robots) sont peu coûteux et faciles à mettre en œuvre. 

Mais le bénéfice de la RPA va encore plus loin Dans la très grande majorité, les gains opérationnels ainsi réalisés sont réinvestis vers des tâches complexes, ce qui réoriente les ressources humaines vers de nouvelles activités, rendant l'organisation encore plus agile.

L’agilité sort de son pré-carré ! 

Les méthodes agiles ne concernent plus uniquement le secteur IT. Elles se sont immiscées dans d’autres domaines et fonctions:, de la conception de produit à la fabrication artisanale, en passant par le marketing ; elles transforment désormais la façon qu’ont les organisations de recruter, de se développer et de gérer leurs salariés.

Dans beaucoup d’entreprises, cela se déroule progressivement, presque naturellement, par un effet de débordement en provenance de l’IT qui utilise dans la plupart des cas un framework ou des méthodes agile. 


Ressources Humaines et agilité

Les services RH adoptent une version light de l’agilité. On s’écarte d’une approche basée sur les règles et la planification, pour se diriger vers un modèle plus simple et plus rapide déterminé par les feed-backs des parties prenantes.

Par exemple, à la Banque de Montréal (BMO), les choses ont commencé à changer quand des employés de la tech ont intégré des équipes de conception de produits transverses afin que la banque soit davantage tournée vers ses clients. Le monde des affaires a appris les principes agiles grâce à ses collègues de l’IT, et l'IT a compris les besoins des clients grâce aux “business”.


Dans l’éducation 

Rassurez-vous, il ne s’agit pas de formater vos enfants aux méthodes agile dès le plus jeune âge, ni d'élever son enfant “en mode start-up” comme dans la parodie de l’humoriste Karim Duval. 

Mais il est cependant intéressant de constater la logique avec laquelle l’agilité peut être utilisée dans les processus d’apprentissage destinés aux jeunes enfants. De nombreuses expériences d’introduction des méthodes agiles dans les écoles sont régulièrement menées avec succès

La rétrospective  - un grand classique - permet de faire participer tous les élèves à l’émergence de problématiques parfois inconnues des professeurs. 

Les méthodes de facilitation sont également à l’honneur. Avec des enfants on mise souvent sur le questionnement déductif (que faudrait-il faire dans la journée, pour avoir envie de se coucher tôt le soir ? ,Pourquoi penses-tu que ton petit frère ne veut plus jouer avec toi? ) pour embarquer l’enfant dans une démarche de construction d’un projet qui prend en compte son environnement proche



Conclusion :

Il y a fort à croire que 2021 soit également une année placée sous le signe de l'incertitude et nous oblige à aiguiser notre sens de l’adaptation pour faire face à de nouveaux imprévus.  

Au cœur de nos méthodes de travail, l’agilité agnostique acquiert peu à peu ses lettres de noblesse en faisant une entrée remarquée dans de multiples domaines. 

Rappelons pour conclure qu’une approche est agile dans le sens où elle place les individus et leurs interactions au cœur du processus d’apprentissage. Dans une équipe IT, à l’école ou dans une usine de produits ménagers, la création concrète de valeur se fait alors pour eux (dans le cas d’un écolier) et par eux (quand il s’agit des salariés) dans une logique collaborative et d’amélioration continue. 

Alors, à quand l’agilité comme enjeu sociétal ? Donnons-nous rendez-vous dans un an pour une nouvelle rétrospective des tendances agiles ! 

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