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Discovery, comment dérisquer sans gaspiller ?

June 8, 2022
Rédigé par

REPLAY EN LIGNE SUR LINKEDIN

Toutes les entreprises font face à cet enjeu un jour ou l’autre : elles s’investissent dans la conception d’un produit, mais il n’est finalement pas utilisé par leurs clients. Alors comment réduire ce risque avant de commencer ? C’est le but de la discovery, une pratique visant à réduire le gaspillage et à dérisquer en amont. Cependant l’objectif n’est pas de confirmer une hypothèse mais de nous guider dans le développement d’un produit. Tout comme Christophe Colomb qui part sur les routes de l’Inde et découvre l’Amérique latine, la discovery nous ouvre à de nouvelles opportunités. Mais pourquoi n’est-elle pas plus répandue dans les organisations en France ? Comment en faire une pratique performante ? Pour en savoir plus, nous avons invité deux CPO, Juliette Laborie chez Frichti et Rémi Guyot chez BlaBlaCar.

La discovery, cette grande inconnue !

Dans un monde où les entreprises ont des budgets à tenir et des roadmaps, devoir partir sur autre chose en cours de route et parce que la discovery en a décidé ainsi, cela peut faire très peur. Comme l’explique Juliette Laborie : « Les stakeholders craignent cette inconnue. Il faut donc combattre l’inquiétude en faisant de la discovery avec les bons cadres, pour ne pas se lancer dans des expéditions sans retour. Ensuite, pour susciter la confiance, il est important d’expliquer ce que l’on fait ».
Pour Rémi Guyot, les entreprises ont longtemps confondu l’exploration avec le manque de cadre : « Or, il n’y a pas d’opposition entre la créativité et la discipline. Dans le livre que l’on a co-signé, Tristan Charvillat explique que « les rives sont la chance du fleuve, car elles lui permettent de ne pas devenir marécages » Autrement dit, le cadre permet au contraire de s’épanouir ! D’autant plus que la recherche repose sur ce qui existe déjà.
Cela n’a donc pas de sens de croire que la discovery comporte un risque immense et d’aller vers de la delivery moins risquée et par conséquent moins intéressante. « Les personnes qui s’intéressent depuis plus de 20 ans au design et à l’ergonomie avaient déjà creusé ces sujets » souligne Rémi. Pour Juliette Laborie, les craintes reposent avant tout sur des biais, notamment par une vision court-termiste alors qu’il s’agit d’une « question de maturité et d’intégration de la créativité dans les projets ».

La discovery dans les faits

Qui embarquer ?

La composition de l’équipe nécessite pour Juliette de faire « la balance entre la variété de points de vue et le groupe resserré ». Quant à Rémi, il voit plutôt le sujet comme axe prioritaire : « Par exemple, on peut avoir besoin d’un expert juridique si les lois européennes changent sur l’utilisation d’un produit ou d’un expert en relation presse. Cela demande d’identifier le risque en amont : où est le risque et où est l’expertise ? » Pour autant, il souligne aussi l’importance d’un groupe resserré pour trancher les décisions.

Par où commencer ?

La discovery demande de la rigueur et en premier lieu « la définition claire de ce que l’on veut faire » explique Juliette. Ce qui suppose de mobiliser telle méthode et d’établir une carte étape par étape : « Parfois on tourne en rond, et il faut savoir le dire. Est-ce qu’on est sur la bonne route ? »

Pour Rémi, l’important est de « trouver LE cas d’usage. Chez BlaBlCar, nous avons un template avec : une cible identifiée, un but qu’elle doit accomplir, une contrainte ». De cette manière, l’équipe sait déjà ce qu’elle recherche.

Quelles contraintes de temps ?


Le temps accordé à la discovery repose sur les choix de l’entreprise. Ainsi chez Qonto par exemple, la discovery dure 5 jours, mais avec des enjeux et des moyens spécifiques. « Parfois on peut s’accorder 2 heures ou 2 jours de discovery. Tout dépend du lien entre la carte, l’objectif et les moyens. En fonction du temps dont on dispose, il faut baliser à l’avance » explique de son côté le CPO de BlaBlaCar.
Même approche chez Frichti : « L’important c’est de pratiquer la discovery, car à partir du moment où on passe une ½ heure ou 2 jours, on apporte de la valeur ». Ce qui suppose à l’inverse de s’arrêter à temps si cela ne fonctionne pas : « C’est ton boulot d’être franc et c’est tout aussi valorisant pour la boîte ».

Comment articuler le résultat avec le delivery ?

Pour Juliette Laborie comme pour Rémi Guyot, un PM doit s’impliquer autant dans la partie discovery que delivery. En parallèle, pendant la delivery, « une couche de discovery peut continuer, notamment sur des sujets épineux, mais à condition de solliciter l’équipe sur des aspects vraiment importants » précise Juliette.
Selon Rémi, l’articulation entre les deux a lieu lorsque l’on dézoome sur l’utilisateur : à quels moment intervenir pour apporter une solution ? Autrement dit, parvenir à un livrable qui sorte du produit : « Par exemple, une simple recherche Google peut amener à se dire que le premier souci, c’est peut-être le SEO sur telle ou telle question ».
Ce qui conduit à une conclusion tout aussi simple : pour beaucoup d’organisations, la solution est au centre. Si bien que la discovery doit s’en
emparer.

3 conseils à retenir des CPO de Frichti et BlaBlaCar pour une bonne discovery

Juliette Laborie, la discovery nécessite :
- Le retour aux sources pour trouver l’objectif
- Le cadrage fondateur
- Prendre le temps de savoir si on va dans la bonne direction


Rémi Guyot : la discovery doit être :
- Systématique
- Cadrée
- Adaptée au contexte

Les livres qu’ils vous conseillent

- Rémi Guyot et Tristan Charvillat : Dicovery Discipline
- Teresa Torres : Continuous Discovery Habits: Discover Products that Create Customer Value and Business Value

Conclusion :

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