Zemmour, la putain respectueuse

C’est nouveau, ça vient de sortir : Eric Zemmour respecte les djihadistes. Comme le disait Sartre, il n’y a que les putains qui soient réellement respectueuses. Du coup, Zemmour doit avoir les bas résilles qui grésillent…

Dans un récent entretien au magazine Causeur, que j’ai contribué à fonder et que j’ai quitté, Eric Zemmour avoue qu’il « respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient, ce dont nous ne sommes plus capables ». Comme il est asticoté par le journaliste de la rédaction qui lui demande s’il « respecte des gens qui roulent en camion sur des enfants », Zemmour reste impassible : « Pardon de vous chagriner, mais l’Histoire, c’est ainsi. Des innocents meurent parce qu’ils sont dans le mauvais camp ou au mauvais endroit au mauvais moment. »

Zemmour, apologiste de la connerie

Il est un procès qu’on n’intentera pas ici à Eric Zemmour – il faudrait être complètement taré pour oser y songer –, c’est celui d’apologie du terrorisme. Zemmour est tellement opposé au terrorisme qu’il n’en accuse pas les seuls djihadistes mais tous les musulmans. Dont acte.

Là où le bât blesse, c’est le peu de cas que ce Monsieur fait de la douleur des familles. Ce chantre mou de la France catholique ne sait peut-être pas que chez nous autres, les catholiques français, zombies ou pas, un deuil dure plus que quarante jours de carême. Quand des parents ont perdu leur enfant, ils portent longtemps le deuil. Plusieurs années parfois. Jusqu’au bout de la vie souvent.

On peut trouver ça très mièvre et très sensible, en un mot très faible. Mais la civilisation qui est la nôtre et qui s’est édifiée tout entière sur la Bible préfèrera toujours que l’ange divin interpose sa main quand Abraham est prêt à sacrifier son fils. Lorsque nous entendons, à la synagogue ou à l’Eglise, ce grand texte de la Genèse, chacun se réjouit de voir Isaac en vie. Cette faiblesse-là, où l’on n’accepte pas qu’une victime innocente soit immolée au nom de Dieu, est constitutive de notre civilisation. Mieux encore : elle est constitutive de notre foi. Celle des juifs et des chrétiens, qui se réjouiront toujours d’avoir un Dieu qui n’exige plus le sacrifice sanglant d’aucun fils.

Le crime que commet ici Eric Zemmour vise la civilisation judéo-chrétienne qui est la nôtre. Et c’est un crime dont on ne peut répondre devant aucun tribunal, puisque c’est un crime contre l’Esprit ! Quand nous avons, en France, autant de familles touchées par le terrorisme islamique, nul n’a le droit de rompre leur deuil en leur prétextant : « Vos morts ne sont que des victimes collatérales… »

Zemmour, écoute Malraux qui écrivait, résumant au fond ce qu’est l’Occident : « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie. » Phrase nulle, pleutre, bisournous à tes yeux. Evidemment : toi tu as fait toutes les guerres. Malraux, jamais aucune.

Ecoute, Zemmour, Abraham te parler et à parler à ton cœur, lui fidèle observant de l’unique foi, qui accepte de sacrifier Isaac son fils au Dieu unique. Mais Dieu soudain envoie son ange – on jurerait Péguy – et interrompt l’acte inique. Le Dieu des juifs et des chrétiens se révèle ici comme un Dieu de miséricorde. Quatre mille ans chaotiques d’histoire de la miséricorde, voilà l’histoire de l’Occident.

Zemmour refuse cela. Il voudrait réécrire la Bible, pour défendre le judaïsme contre les juifs et le christianisme contre les chrétiens. Il voudrait que le Dieu unique n’eût pas retenu le geste d’Abraham et que le couteau du père tranche la gorge du fils. On va finir par croire qu’Eric Zemmour voudrait convertir le monde occidental à l’idéologie délétère du Djihad armé. C’est fou ce que les P4 veulent faire la guerre.

Zemmour, un individu pas totalement assimilé

Nous déduisons des dernières saillies de M. Zemmour que l’assimilation ne fonctionne plus en France. Si elle avait fonctionné, jamais il n’aurait tenu les propos qu’il a tenus. Il ne se serait pas réfugié dans ce relativisme détestable que, par ailleurs, il conspue : « Des innocents meurent parce qu’ils sont dans le mauvais camp ou au mauvais endroit au mauvais moment… »

Jamais non plus, ce triste sire n’aurait trouvé respectables les terroristes… C’est bien de cela qu’il s’agit : « Je respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient, ce dont nous ne sommes plus capables… »

Eric Zemmour oublie que les terroristes ne sont pas seulement des gens « prêts à mourir pour ce en quoi ils croient », mais surtout des types qui, avant de passer l’arme à gauche, veulent faire le plus grand nombre de victimes. Est-ce ce modèle que Zemmour nous propose? Je le crains. Il veut, en réalité, convertir l’Occident à l’idéologie de l’Etat islamique, à ses méthodes comme à ses valeurs…

Ce n’est pas au tribunal civil qu’il faut faire comparaître le sieur Zemmour, mais à celui de la raison. Lui l’a perdue et essaie de nager dans le vague océan de la confusion mentale.

Monsieur Zemmour considère – et c’est certainement ce qui le rapproche le plus de ses frères salafistes – que l’Islam a été fixé une bonne fois pour toutes. Ouvrez, dit-il, le Coran et vous y trouverez leur programme ! Et ce programme, oui, est en réalité effrayant. Sauf que moi je dis : ouvrez la Bible et vous trouverez aux pages du Lévitique des propositions normatives qui confinent à la folie douce… Quel rabbin va aujourd’hui prescrire à l’une de ses ouailles qui veut divorcer de sa femme la lapidation ? Il est un moment où il faut arrêter un peu dans l’ordre de la connerie.

Non, ce n’est pas Daesh qui gouverne l’islam de France. Pas plus que les rabbins les plus extrémistes gouvernent les juifs du pays. Chaque être aspire à vivre là où il est selon les règles de son temps. Et l’on ne peut jamais déduire la règle majeure des agissements d’une certaine minorité. Je suis catholique et je n’ai rien à voir avec le Printemps français. Est-ce que Monsieur Zemmour pourrait se faire rentrer ça dans sa si petite tête ? Les hommes, disait Montesquieu, aspirent toujours à être gouvernés par un pouvoir juste. Jamais par les extrêmes, auxquels Zemmour veut vouer le monde.

Je m’aperçois ici que je n’ai pas traité le fond du problème. En même temps, lorsqu’il s’agit de Zemmour, on ne traite jamais de fond, mais toujours de l’écume des choses. Pire encore – le jeune homme n’a pas assez médité Péguy –, de la rentabilité que le buzz provoque lorsqu’on l’alimente de propos inconsidérés.

Eric Zemmour dit qu’il « respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient »… Dont acte, camarade. Mais il faut aussi respecter la langue française et la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie nous apprend que le respect est « vénération, déférence qu’on a pour quelqu’un, pour quelque chose en raison du caractère, de la qualité, de l’âge ».

Zemmour über alles

Nous savons évidemment que M. Zemmour s’estime supérieur à toutes choses – quand il voudra se flinguer, il devra tirer à un mètre au-dessus de sa tête, c’est-à-dire à la hauteur de son amour propre. Mais qui pourrait exprimer, sinon lui, aucune pour les terroristes ?

On ne porte, en langue française, son respect qu’à des gens de bien. Ainsi peut-on, dans la vie publique, respecter un adversaire. On ne respecte jamais, en revanche, un ennemi. Un ennemi, on le tue. C’est ce que M. Zemmour n’a pas compris. Il célèbre nos ennemis quand il s’agit de les éradiquer – la chose n’est, au demeurant, pas étonnante chez les hommes qui vouent encore leur respect au maréchal Pétain plutôt qu’au général de Gaulle.

Soyons encore plus clairs maintenant et ne nous arrêtons pas aux mots. Peut-être Zemmour, qui n’est pas abruti en permanence –parfois il fait des pauses – a-t-il voulu signifier qu’il ne fallait pas prendre les terroristes à la légère. Sauf qu’en l’occurence estimer la force de conviction de l’ennemi à sa juste valeur ne se résume pas à le respecter !

Je ne respecte pas l’assassin du père Hamel. Je compisse et conchie sa mémoire. Je ne respecte pas non plus Mohammed Merah : je le voue, dans mes saintes prières, aux flammes les plus incandescentes de l’enfer. Et cela vaut aussi pour les autres. Qu’ils aillent brûler au diable dans d’infernaux tourments. Comment peut-on être assez tordu pour prétendre, comme le fait Zemmour, « respecter » l’assassin de l’innocent ?

Oui, c’est un fait : les terroristes ne sont pas des déséquilibrés. Oui, ce sont, pour la plupart, des fanatiques. Le poids de l’idéologie vaut davantage que les excuses sociologiques que des Tartempions universitaires leur confèrent. Mais le respect, valeur morale, ne s’applique pas aux criminels, même lorsqu’ils agissent au nom d’une idéologie mortifère.

L’idéologie reste, en fin de compte, l’essentiel ressort de la persévérance des égarés. J’emprunte évidemment ce terme à Maïmonide et à son Moré Névoukhim. Seulement, Monsieur Zemmour n’est pas encore suffisamment assimilé à la culture judéo-chrétienne (c’est-à-dire ni à la culture juive ni à la culture chrétienne) pour comprendre ce que je veux dire ici.

Espérons que ça viendra, chez lui, un jour. Car nous croirons toujours, pour notre part, parce que nous sommes français de longs siècles, que les immigrés peuvent apporter quelques bienfaits au pays. Même quand ils sont aussi cons qu’Eric Zemmour et que, fraichement arrivés parmi nous, mais ne bitant jamais rien à rien de ce qu’est la grandeur du pays, ils veulent nous faire la leçon sur la France.

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François Miclo est rédacteur en chef de tak.fr

13 Réactions à "Zemmour, la putain respectueuse"

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    Martin Buber 7 octobre 2016 (18:38)

    Le chantre mou…

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    Sitbon 7 octobre 2016 (18:51)

    Votre dernier paragraphe est inacceptable,
    Zemmour est français de naissance, comme ses parents et ses arrières grands-parents. Tout comme Montaigne, Mendès-France ou Badinter.
    Allez-vous délivrer des quartiers de francité ?

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    René de Sévérac 8 octobre 2016 (09:10)

    François, êtes-vous prêt à prendre le rôle du procureur ?
    Certes, la phrase « respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient  » choque par son excès, mais Zemmour reste notre porte-drapeau !

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    Gérard Guicheteau 8 octobre 2016 (10:17)

    Merci cher François Miclo. Je partage entièrement ce que vous avez écrit. Zemmour appartient déjà à l’armée des « soumis », n’en déplaise au petit monsieur de Sévérac.

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    Courouve 8 octobre 2016 (12:03)

     » la civilisation qui est la nôtre et qui s’est édifiée tout entière sur la Bible  »

    Bien sûr… Les Grecs et les Latins ne nous ont rien apporté…

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    en passant 8 octobre 2016 (14:06)

    « Que de bruit, cependant, avait fait dans l’univers ce Duce ambitieux, audacieux, orgueilleux, cet homme d’Etat aux larges visées et aux gestes dramatiques, cet orateur entraînant et excessif ! Il avait saisi l’Italie quand elle glissait à l’anarchie. Mais, pour lui, c’était trop peu de la sauver et de la remettre en ordre. Il voulait en faire un empire. (…) Il y avait, certes, de la grandeur à prétendre restaurer l’antique primauté de Rome. Mais était-ce un but accessible en ce temps où le monde est aussi vaste que la terre et se fait à la machine ? (…) Dans les années 1930, l’Europe, obnubilée ici par l’attrait, là par la peur, du communisme ou du fascisme, énervée de démocratie et encombrée de vieillards, offrait au dynamisme allemand de multiples occasions.
    Adolf Hitler voulut les saisir toutes. Fascisme et racisme mêlés lui procurèrent une doctrine. Le système totalitaire lui permit d’agir sans frein. La force mécanique mit en ses mains les atouts du choc et de la surprise. Certes, le tout menait à l’oppression et celle-ci allait au crime. Mais Moloch a tous les droits. D’ailleurs, Hitler, s’il était fort, ne laissait pas d’être habile. Il savait leurrer et caresser. L’Allemagne, séduite au plus profond d’elle-même, suivit son Führer d’un élan. Jusqu’à la fin, elle lui fut soumise, le servant de plus d’efforts qu’aucun peuple, jamais, n’en offrit à aucun chef. (…) L’entreprise d’Hitler fut surhumaine et inhumaine. Il la soutint sans répit. Jusqu’aux dernières heures d’agonie au fond du Bunker berlinois, il demeura indiscuté, inflexible, impitoyable, comme il l’avait été dans les jours les plus éclatants. Pour la sombre grandeur de son combat et de sa mémoire, il avait choisi de ne jamais hésiter, transiger ou reculer. Le Titan qui s’efforce à soulever le monde ne saurait fléchir ni s’adoucir. Mais, vaincu, écrasé, peut-être redevient-il un homme, juste le temps d’une larme secrète, au moment où tout finit. »
    .
    Comme on est loin, mon pauvre monsieur Miclo, dans cet extrait des Mémoires de de Gaulle, de votre ressentiment scatologique…(celui envers les jihadistes follement acceptés par vous en France, bien sûr, pas celui contre Causeur).
    Allez, et ne péchez plus. Et laissez les morts enterrer leurs morts.

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    Tibor Skardanelli 8 octobre 2016 (17:49)

    François, tu es définitivement passé dans le camp du bien : ces quelques crachats t’assurent une place parmi les gens bien. Quelle fière allure as-tu en pourfendant l’islamophobe Zemmour ! Tu ne vas pas jusqu’à réclamer qu’on le traine devant le tribunal de la république, mais tu n’hésites pas à convoquer celui de la raison : allez, encore un petit effort et tu feras tout à fait partie de la meute. Toi qui as fait au moins autant de guerres que l’immonde putain, sais de quoi tu parles : l’ennemi c’est Zemmour, certainement pas les millions de Français qui pensent que la charia passe avant les lois de la république. « Il faut lâcher les musulmans ! » dis-tu, il faut même en faire venir beaucoup plus : qui pourrait croire qu’ils posent le moindre problème ? C’est comme les Allemands du temps du Colonel Berger : pas d’amalgame, tous n’étaient pas nazis.
    Il est bon de savoir qu’une conscience se dresse devant la barbarie. Je suis certain que les familles des victimes de l’attentat de Nice auraient trouvé un grand réconfort à te lire au lendemain de la tragédie : « Le suicide est, au contraire, un fait social, auquel l’individu n’a, en fin de compte, jamais réellement prise. » Autrement dit, Lahouaiej Bouhlel n’avait pas prise vraiment sur son acte. La preuve ? C’est Durkheim qui l’a dit, en tout cas tout ceci n’avait rien n’a voir avec l’Islam.
    Merci François, je crois que tu te dis gaulliste : avec des pétainistes comme Zemmour et des gaullistes comme toi on ne peut pas dire que l’histoire est un éternel recommencement.

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      René de Sévérac 8 octobre 2016 (17:58)

      Je pense que votre post doit réveiller notre ami François !
      Laissons lui quelques minutes de réflexion …

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        Tibor Skardanelle 8 octobre 2016 (19:24)

        Non, pas vraiment, mais nous nous sommes tout dit sur le sujet il y a longtemps…

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      François Miclo 9 octobre 2016 (09:22)

      Tibor. Vous respectez les frères Kouachi ?… C’est votre choix – comme celui de Zemmour – de diriger vers des crapules vos admirations. Les terroristes ne meurent pas en martyrs d’une cause qui les dépasse, mais en nihilistes.

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        en passant 9 octobre 2016 (13:29)

        Zemmour n’admire pas les frères poids-chiche, mais il ne les prend pas pour quantité négligeable.
        C’est une étape nécessaire pour pouvoir…les tenir en respect.
        .
        Par contraste, il y a tout un tas de clowns qui ont prétendu que de Gaulle avait tort et qu’il n’y avait pas d’incompatibilité entre islam et Europe. Aussi nous retrouvons-nous à devoir composer avec 5 millions de types dont plus de la moitié préfère la charia. Tout cela, parce que vous avez pris ces gens pour quantité négligeable, et continuez manifestement de le faire.

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    Sitbon 9 octobre 2016 (00:13)

    La différence entre le Coran et Levitique ? Le Talmud.
    Comme l’a annoncé Jésus dans Matthieu 5,18
     » Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé » on n’a pas touché au texte de la Torah, mais les rabbins ont adapté les commandements, les adaptant aux circonstances, au temps présent.
    Ainsi le texte interdit de faire du feu le jour de Shabbat. Le Talmud précise que cette interdiction est levée lorsque la vie est en danger. Et cette adaptation s’effectue de siècle en siècle en fonction des circonstances. Le Coran a besoin de son Talmud

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    Agnes Wickfield 10 octobre 2016 (01:01)

    Merci François. Multumesc. Je cherchais dans la presse française une réponse juste, sensée, étayée aux propos de Zemmour, je l’ai trouvée chez toi.

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