Trumpets de la renommée

Aux Etats-Unis, l’élection de Donald Trump signe la fin du règne sans partage du « politiquement correct ». Et si c’était aussi la revanche des beaufs de France ?

S’il est bien une chose jubilatoire dans l’élection de Donald Trump, c’est la déconfiture des petits maîtres penseurs. Donald a tout à la fois cloué le bec des médias, des instituts de sondages, des politiciens respectables et des innombrables roquets de garde qui traquent le propos raciste, homophobe, islamophobe, « spéciste » bref politiquement incorrect. Pour cette seule raison, son élection a fait un bien fou.

Donald Trump, le vieux Blanc se rebiffe !

Cela ne durera peut-être pas très longtemps, mais enfin c’est toujours ça de pris. Et puis, disons-le, les seules mines déconfites et légèrement dégoûtées des marquis et marquises de la nomenklatura valaient le bol, vraiment ! Après le Brexit, Donald : le vieux Blanc (comme disent les antiracistes) se rebiffe ! « Mais comment est-ce possible ? » s’interrogeait une bécassine dévastée par le retour du grand méchant fasciste, « cela voudrait-il dire que des latinos, des femmes, et des noirs ont voté pour lui ? » On sentait son désarroi, c’était hilarant. « Ben oui cocotte, le populo n’en a rien à battre du politiquement correct ! » Le populo, ce qu’il voit, c’est qu’il ne mange plus à sa faim et que lui aussi en a plein le popotin de l’islamisme et des malheurs du monde. Le populo veut que l’on s’intéresse à lui : il veut du boulot et pas de bombes.

Dans La Crise, de Coline Serreau, Monsieur Laville, député de gauche, morigène Michou, un SDF : « Ce que vous ne comprenez pas, c’est que ça n’arrange en rien vos problèmes personnels d’être raciste ! » Michou lui répond du tac au tac : « Ah ben oui, mais moi c’que j’comprends, c’est que les trois quarts de la planète y sont dans la merde, alors ils essayent tous de s’radiner là où c’est moins la merde, hein c’est-à-dire chez nous ! Et puis là, hein, bah, faut bien quelqu’un s’pousse pour leur faire de la place et leur filer à bouffer. Ça, c’est sûr ! » Monsieur Laville approuve : « Je n’vous l’fais pas dire ! » Et Michou répond : « Ah oui, mais jusqu’à présent, ceux qui se sont poussés pour leur faire de la place, c’est les mecs de Saint-Denis, hein, c’est pas les mecs de Neuilly ! Et puis les mecs de Saint-Denis, en plus, faut qu’ils s’poussent, mon gars, dans le sourire, hein, parce que sinon c’est immoral, voyez ! » C’était en 1992, on ne peut pas dire que la situation se soit améliorée depuis. En revanche, les associations des gens bien contre le fascisme et le racisme ont l’oeil vif et le poil luisant. Le comportement des antiracistes et autres guerriers du bien durant la campagne a été exemplaire : agressions de supporters de Donald, intimidations, insultes. Aujourd’hui, en bons démocrates, ils manifestent pour protester contre le résultat des urnes.

Agacer les gens bien

En France, on chasse l’islamophobe. On traîne Zemmour devant les tribunaux pour avoir dit une connerie, pourtant Dieu sait si la nomenklatura n’est pas avare de conneries et de propos scandaleux, mais c’est ainsi, Zemmour dit qu’il n’aime pas la trombine de l’islam – c’est son droit – qui se serait soucié naguère de tel ou tel qui bouffait du curé ? Oui, mais voilà, bouffer du curé c’est permis, mais bouffer de l’imam c’est haram, alors au moindre faux-pas : « couic ! », au tribunal, sans compter bien sûr le concert des pleureuses. Zemmour, c’est notre petit Donald à nous, les beaufs de France. On n’aime pas nécessairement ses idées, ni sa gueule, ni tout ce qu’il dit, mais on aime sa manière d’agacer les gens bien, on aime sa façon de dire à notre place que l’on en a plein le dos de l’islam, de ses exigences, de ses menaces, de sa haine, et de ses assassins.

On verra ce que les trumpets de la renommée sonneront dans le futur, elles auront au moins égayé la morne lucarne durant quelques heures.

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Tibor Skardanelli est un nain fameux dont Hölderlin emprunta le nom.

7 Réactions à "Trumpets de la renommée"

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    dov kravi דוב קרבי 14 novembre 2016 (18:19)

    Oui, Tibor, ça fait un bien fou. La claque est magistrale, mais je gage que nos vétilleux vigiles de la pensée conforme n’en tiendront aucun compte. Il n’est que de lire les commentaires venimeux et de surprise outragée des aveuglés volontaires et autres bobos horrifiés.
    La presse idéologue française — ressemblant en cela aux fascistes de l’extrême gauche américaine mettant à sac le cœur de certaines villes pour protester contre un vote légitime qui ne leur convient pas — se surpasse dans un déni de démocratie auquel nous sommes accoutumés.
    Hélas, je n’escompte pas un tel sursaut lors des prochaines élections françaises.
    Compte tenu de l’origine abjecte de son parti et de son programme économique inepte, de La Pen je ne veux point. Juppé acceptera tous les accommodements déraisonnables (avec l’abomislam) rencontrés lors de son exil de délinquant au Canada. Les autres feront au mieux 4 %.

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    le torrentiel 15 novembre 2016 (00:21)

    Est-on obligé d’avoir de mauvais sentiments quand on a de bonnes opinions, ou des bons sentiments quand on a des opinions mauvaises? Telle est la question posée par le populisme ou bien encore ce qu’on appelle la dissidence.

    Quant à Zemmour, c’est un beauf en préfabriqué.

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      Tibor Skardanelli 16 novembre 2016 (20:23)

      Oui, vous avez raison. Que disait Péguy déjà ? « Le kantisme a les mains pures mais il n’a pas de mains. »

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    Loiseaubleu 19 novembre 2016 (14:33)

    Nos journalistes sont surpris de voir que le choix de Trump est en accord avec ses promesses.
    Où va-t-on ?

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    Emmanuel 4 juin 2017 (14:53)

    Et le vieux blanc se rebiffe ? Take.
    La quête d’un clivage et d’une opposition systématique et idéale, altère grandement le jugement. Encore un poil à gratter des gens biens ? Des personnalités d’influence ne conçoivent pas l’exercice du pouvoir présidentiel, comme une magistrale leçon donnée à l’histoire. Le cours de celle-ci n’en devient que plus intéressante, et sans prise de position superficielle, et expressive de frustrations recuites. Quand aux ultra-populistes français, ils sont à analyser avec autre chose que la sempiternelle comparaison flatteuse avec les Etats-Unis. Les erreurs critiques de l’usage de l’anglais, semblent leur faire prendre la tour de France, pour une conquête spatiale néo-soviétique, grâce à la défense du Bike Honour. Coupeur de cheveux en quatre, créateurs de variétés et de tendances qui n’en sont pas, pour intervenir dans l’espace des débats politiques comme un cheveux sur la soupe. Certaines des militantes posent façon bombe, et à défaut de l’être, sont surtout sales, dans les attaques revanchardes et tous azimuts.
    Ah, les malheurs de Montel !

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    Emmanuel 9 juin 2017 (23:55)

    Wow, he’s a Libra

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    Emmanuel 17 juin 2017 (20:58)

    Marine Lepen d’extrême droite ? Wow, Anne Lalanne est une balance.

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