Todorov, le voyage à Colmar

L’intellectuel français d’origine bulgare Tzvetan Todorov nous a quitté mardi 7 février, à l’âge de 77 ans. François Miclo, conseiller politique et rédacteur en chef du site Tak.fr, lui rend hommage pour « La Vie ».

C’était il y a dix ans, quinze ans peut-être. Todorov était venu donner plusieurs conférences à Strasbourg, à l’invitation de la Ville et de la Librairie Kléber. Nous nous étions retrouvés le soir autour d’une table dont la capitale alsacienne a le secret. Tzvetan Todorov s’était penché pour me poser une question extravagante : « Colmar est-il loin de Strasbourg ? » Je m’étonnai de son soudain intérêt pour la géographie régionale. Voulait-il, lui qui était déjà philosophe, critique littéraire, sémiologue, historien des idées devenir topographe ou même arpenteur ? Il se pencha un peu plus vers moi pour m’avouer dans un murmure de confessionnal : « Je n’ai jamais vu le retable de Grünewald… » […]

Lire la suite de l’article sur le site de La Vie.

avatar

François Miclo est rédacteur en chef de tak.fr

7 Réactions à "Todorov, le voyage à Colmar"

  • avatar
    Gérard Guicheteau 10 février 2017 (10:46)

    J’ai lu (sur le site de La Vie) et je vous suis reconnaissant de votre beau texte… Qui n’a pas vu le « retable » ne peut pas savoir ce qu’est l’absolu chrétien du bonheur (bientôt, on s’égorgera… mais en ce début du XVIe siècle flotte encore sur l’Alsace un contentement des âmes à nul autre pareil – sinon peut-être sur la Loire moyenne et la Bretagne ducale)… C’est sans doute ce qui animait le grand Todorov.

  • avatar
    Pierre Jolibert 10 février 2017 (12:30)

    Sentiment de reconnaissance entièrement partagé pour ce beau texte.
    Le XVIIIe, ça devait être bien aussi, surtout avec ces jolis poêles.
    Excellentes remarques sur la perception des choses et judicieux liens faits par dessus le Rhin. D’ailleurs j’ai regardé une fois le retable mais je sens bien que je ne l’ai pas vu. (qu’est-ce que c’est le Mur païen ?)

    • avatar
      Gérard Guicheteau 11 février 2017 (08:34)

      Le mur païen, c’est un fragment de fortifications du côté du mont Sainte-Odile… quelque chose comme le « mur d’Hadrien » alsacien…

      • avatar
        Pierre Jolibert 11 février 2017 (10:25)

        Ah merci, j’espère qu’il n’a pas été remployé dans quelque ligne Maginot, ça peut être dangereux.

      • avatar
        François Miclo 13 février 2017 (18:12)

        En réalité, le mur Païen est l’une des plus importantes énigmes archéologiques d’Europe. C’est une enceinte mégalithique de plus de dix kilomètres de long sur cinq mètres de haut, qui délimite un espace d’une centaine d’hectares. Plusieurs campagnes de fouilles ont permis d’établir que cette muraille a fait l’objet de restaurations jusqu’au VIIe siècle, mais on ne connaît toujours pas la datation exacte du site : a-t-il été édifié au second Âge du fer (- 500 av J.-C.) ou plus tardivement (les Romains remploient déjà des pierres du mur Païen, lorsqu’ils construisent la voie romaine traversant l’Alsace) ? De même, on ne connaît pas avec certitude sa fonction : oppidum, lieu sacré, etc. ?

  • avatar
    Patrick 13 février 2017 (23:18)

    Merci pour ce très bel article.
    Il y a en effet de très grandes richesses dans ce triptyque de Grünewald. Et Todorov a su les apprécier.
    « Le musée Unterlinden n’avait pas encore connu sa récente métamorphose, qui en fait aujourd’hui l’un des plus précieux musées d’Europe » Chut, il ne faut pas trop le dire. Paris pourrait vouloir se l’approprier comme il l’a fait pour bien d’autres choses. Car la France hypercentralisée, c’est forcément Paris. Ne dit-on pas qu’il y a Paris et la Province ? Paris apoplectique et la Province exsangue.

  • avatar
    Pierre Jolibert 15 février 2017 (23:39)

    (Même avant la rénovation, le musée devait être très bien, le bâtiment y suffit.)
    Le mur païen est donc un rempart fermé entretenu jusqu’au VIIème siècle : l’époque de Sainte-Odile ! (je viens de regarder sur google)
    C’était pas mal la vallée du Rhin au VIIème siècle, non plus. Plus dur pour trouver le juste milieu ?
    Un historien qui vit pas loin de chez moi, spécialiste des guerres de religion, avoue à demi-mot qu’il est un partisan des Guise. Après tout, peut-être que s’ils avaient gagné la province aurait été encore moins exsangue, surtout le Grand Est (je dis encore moins, car aujourd’hui pas grand chose ne l’est), mais bon pour le reste c’est difficile à imaginer.

Réagir

L'adresse de votre courriel ne sera pas publiée.