La plaisanterie

Comme ça à vue de nez, Christine Maugüé est l’archétype de la très très haute fonctionnaire puissance dix mille. Rien qu’à la regarder, on sent qu’elle connaît son affaire. À tous les étages, ça clignote : compétence, sérieux, professionnalisme. Un parcours exemplaire. Enarque, conseiller d’État où elle présidait la 6e sous-section du Contentieux, spécialiste des marchés publics, prof à Paris II.

Le droit c’est son élément, sa cup of tea, son truc en plume. Incollable. Quand elle écrit un livre, c’est sur la responsabilité du service hospitalier. Quand elle fait un article c’est sur le Conseil Constitutionnel et le droit supranational. Du lourd. On n’a pas dit forcément du marrant, mais question connaissance des rouages de l’État, c’est le must. Et puis scrupuleuse avec ça.

La directrice de cabinet de Taubira : une blagueuse

Quand Christiane Taubira l’a choisie comme directrice de cabinet en mars 2013, en pleine tourmente mariageuse, elle s’est dit : « Au moins avec elle je suis tranquille au ministère, ça va rouler tout seul. » Erreur fatale.

Elle ne savait pas, la pauvrette, qu’après l’ENA Christine Maugüé avait fait l’école du cirque option clown blanc. Une vraie blagueuse. Une boute-en-train. Faire pipi sur les notes de service ou les transformer en cocottes, passe encore. Elles ne servent souvent à rien, juste à ouvrir des parapluies pour protéger des incompétents. Répondre en créole guyanais au téléphone en imitant la ministre, c’est déjà moins gouleyant. Mais bon, elle sauvait les apparences. Les bureaux sont cossus, mais on ne s’amuse pas tous les jours non plus. Faut bien rigoler un peu et puis il n’y a pas mort d’homme.

Jusqu’à la boulette de trop. Avertie par le cab du PM d’un placement sur écoute plutôt hasardeux de l’ancien Président de la République, elle a pour le fun gardé le dossier sous le coude. Même pas peur. Et puis s’il fallait déranger la Garde des Sceaux pour n’importe quoi, surtout quand ça vient de l’Elysée ou de Matignon, on ne serait pas couché. Non mais allô quoi (la formule est d’elle en fait, sa copine Nabila lui a refilée pendant une petite soirée mousse), t’es dircab et tu transmets pas les dossiers qui peuvent flinguer le retour en politique du candidat de l’opposition le plus dangereux ?
Effondrée, trop déçue, Taubira a vu Charybde et Sylla en face.

Taper sur la lampiste

Passer pour une grosse menteuse qui accuse une collaboratrice exemplaire qui fermera sa gueule de toute façon parce qu’elle est fidèle et payée pour ça, ou présenter sa Chancellerie comme la cour des miracles. Entre deux maux, elle a choisi le moindre. La seconde solution. Taper sur la lampiste, même de luxe.
Christine Maugüé à fait le dos rond et est partie méditer quelques jours loin de Paris sur les vicissitudes des grands misérables qui nous gouvernent.

A-t-elle reçu un coup de fil de soutien de Juppé ? Sans doute pas. Pourtant, il a fait fusible plus souvent qu’à son tour, l’homme politique préféré des Français.

Mais peut être bien du chef de cabinet auquel elle a succédé, Christian Vigouroux. Le même profil, le même parcours qu’elle, avec un caractère bien trempé et une matière fétiche, « la désobéissance et la loyauté dans le service public » illustrée par un héros très actuel, le colonel Picquart.

Quant à Christiane Taubira, c’est plutôt à Churchill qu’on la renverra. Entre la porte et le déshonneur, elle a choisi le déshonneur. Elle aura les deux.

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Agnès Wickfield est correspondante à Buckingham et alentours.

12 Réactions à "La plaisanterie"

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    schaffausen 22 mars 2014 (00:38)

    Sic transit … Très bon  » papier. Madame Taubira n’a pas fait preuve de courage dans cette affaire.

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      Nadia 22 mars 2014 (01:32)

      C’est rien de le dire.

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    Marie 22 mars 2014 (08:17)

    Taubira comme Valls n’ont pas de courage juste des grandes gueules…

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      Loiseaubleu 24 mars 2014 (11:45)

      Et pour Valls: Quel beau menton en avant ! Le prognathisme de la colère

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    NOURATIN 22 mars 2014 (08:24)

    Taubira a fait preuve depuis le début de ces histoires d’écoute, d’une stupidité dont on ne l’aurait pas crue capable…comme quoi il faut, parfois, se fier aux apparences.

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      Marie 22 mars 2014 (10:12)

      le système de Peter ou bien une prétention dévorante?

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      Nadia 22 mars 2014 (10:57)

      La panique est mauvaise conseillère.

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    Patrick 22 mars 2014 (14:20)

    « Entre la porte et le déshonneur, elle a choisi le déshonneur. Elle aura les deux. »
    Eh bien, qu’elle parte, qu’on ne la revoie plus ! Qu’elle entre dans les oubliettes de l’Histoire. Elle a assez fait de mal comme cela.

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      nadia 22 mars 2014 (23:14)

      On lui a proposé un autre ministère pour que ce gouvernement de serpillères ne perde pas tout à fait la face…

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    Flo 23 mars 2014 (17:29)

    Le procédé est assez dégueulasse bien que très répandu.
    Venant d’une donneuse de leçons de morale, il l’est encore davantage.
    Côté déshonneur, Taubira a fait très fort.
    Pour ma part, je souhaite qu’elle reste au gouvernement. Pour achever de nous dégoûter.

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      nadia 25 mars 2014 (00:30)

      Et puis que faire d’elle !

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        Mirella 25 mars 2014 (18:02)

        Ou plutôt qu’acceptera t’elle que l’on en fasse ?