Salaud de pauvre !

sdf

On a donc appris que Bernard Arnault, odieux capitaliste riche à milliards, voulait se barrer en Belgique. Soit ! Personne n’imagine un instant qu’Arnault se contente ici de passer un message politique à l’encontre du gouvernement, afin de contrecarrer le projet d’instaurer la fameuse taxe à 75 % – imposition qui risque d’être essentiellement symbolique.

À bas les riches ! À bas Bernard Arnault !

C’est un grand scandale pour le peuple de gauche : un salaud de riche se barre avec son fric, sans même penser une seconde à toute la misère du monde. C’est vrai, c’est scandaleux. Comment un homme aussi riche peut-il ne penser qu’à lui ? Nous le savons tous : ce ne serait pas le cas des gens modestes, qui rêvent tous de gagner à l’Euromillion, à seule fin de se payer un appart, des vacances à vie et de résoudre les problèmes de la faim dans le monde.

Personnellement, je vis sous le seuil de pauvreté depuis plus de dix ans et j’ai même poussé la fantaisie jusqu’à être SDF pendant trois ans, mal logé chez ma mère pendant cinq. Mais je n’ai jamais fait la manche. J’ai mis beaucoup de temps à accepter de demander un RSA et, chaque fois qu’il m’arrive de demander du fric à un ami, je me chie dessus tellement j’ai honte. L’idée d’être sous dépendance financière me retourne.

Je préfère faire des boulots de merde plutôt que de dépendre d’une charité non seulement relative, mais qui vous met systématiquement dans une position de faiblesse où finalement vous finissez par être redevable, que vous le vouliez ou non.

En revanche, il m’est très fréquemment arrivé de demander une cigarette dans la rue. Une simple cigarette. Tellement, à vrai dire que c’est devenu chez moi un don. Il me faut à peine vingt minutes dans un endroit fréquenté pour remplir la moitié d’un paquet. Ça ne lasse pas de surprendre mes amis.

Moi, ce qui ne lasse pas de me surprendre, ce sont les refus et la façon dont on peut m’envoyer bouler parfois, en dépit de la politesse et du sourire. Ce qui ne lasse pas de me surprendre, c’est la façon qu’ont les gens du commun de passer devant une gamine de dix-sept ans, dormant sur un carton dans le métro et qui fait la manche dans la plus complète indifférence. C’est la façon de détourner le regard, voire de s’enfuir en douce quand un Rom (très populaire, le Rom pourtant en ce moment) ou un SDF tient à vous raconter ses malheurs et éventuellement vous taper quelques centimes d’euros.

Mieux, cette complète indifférence, voire cette frayeur, que certainess personnes expriment quand elles voient une petite vieille paniquer à l’idée de traverser une route, un handicapé bringuebalant son fauteuil sur les parcours du combattant que sont les trottoirs de nos villes, un aveugle paumé à un carrefour ou partant en biais vers un mur. En fait, je ne m’en lasse pas de cette indifférence sélective, qui veut qu’on jette la pierre à un milliardaire et à personne d’autre.

Les pauvres feraient n’importe quoi pour de l’argent

Vous allez dire que je suis mauvaise gueule, mais je crois simplement qu’il s’agit ici de jalousie – la jalousie maladive des médiocres qui aimeraient tant avoir ces milliards et pouvoir comme Arnault faire la une avec une prétendue « évasion fiscale ». C’est une médiocrité bien humaine, je suis parfaitement certain que ce genre de réaction est valable dans tous les pays du monde, mais elle est quand même bien particulière à notre pays.

On m’explique, par exemple, qu’Arnault n’est pas « éthique », parce qu’il se barre avec ses sous – ce qui signifie donc que l’éthique vaut 40 milliards, mais que si l’on n’a que 40 centimes dans la poche, on est dispensé. Je n’ai pas 10 euros à filer à un Rom, ni à personne en fait. Pourtant, récemment, c’est ce que j’ai fait. Parce qu’elle était mignonne, parce qu’elle était polie et qu’elle me disait que c’était pour suivre une formation… Naturellement, je me suis fait avoir, penseront les bourgeois de gauche ou de droite. Mais elle m’a simplement dit : « Merci Monsieur, vous m’avez rendu le sourire. Depuis ce matin, tout le monde m’évite. » De rien, jeune fille, j’en tire plus de bénéfice que vous : je peux me regarder dans la glace.

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7 Réactions à "Salaud de pauvre !"

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    Tibor Skardanelli 10 septembre 2012 (09:22)

    Je ne donnerai en général pas d’argent à un Rom, surtout un enfant, car ils font partie de réseaux mafieux qui organisent de véritables traites humaines. Je ne donne pas non plus à ceux qui m’interpellent, ils me hérissent littéralement, avec leur baratin tout fait débité mille fois, d’une façon générale je ne donne plus, je n’aime pas le ton agressif souvent utilisé, je n’aime que l’on m’attende devant un DAB, je n’aime pas que l’on vienne me casser les pieds à tout bout de champ, je n’aime pas le type qui passe entre les voitures au feu. Si la plupart des gens ne regardent pas les mendiants, c’est qu’ils signifient ‘non’ justement, c’est qu’ils ont déjà eu l’expérience du type hargneux à qui on regrette bien de s’être adressé, c’est tout simplement qu’ils veulent qu’on leur foute la paix, tout comme Bernard Arnaud.

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    rackam 10 septembre 2012 (10:44)

    Je ne donnerais rien à un type qui ressemblerait à Tibor sur sa photo (avec sa gueule de métèque, de vif-argent, de pâtes à la grecque….), pas une drachme! Mais je lui accorderai des heures d’attention pour qu’il me parle d’étoiles et de branches de rosiers…
    Ni une cigarette à Stéphane M. Jamais! Parce que je n’en fume pas. Mais, s’il accepte un havane….

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    Tibor Skardanelli 10 septembre 2012 (11:17)

    Et je ne dis pas ce que je fais de ma main invisible de maraudeur, de musicien et de voleur.

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    Marie 10 septembre 2012 (13:53)

    Bel article Stéphane , peut être avez vous été éduqué à ne pas regarder dans la gamelle du voisin. «  »Les jaloux détruisent ce qu’ils sont incapables de créer ». P. Guth.

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    Cadet 10 septembre 2012 (16:39)

    Je ne donnerai rien à Rackam tant qu’il n’aura pas publié l’ode à Aude.

    Et puisqu’on fait convivial, est-ce que Henri pourrait ramener les clefs du bahut parce qu’il y a Popaul qu’est coincé chez Mimiule avec le chargement. Ou bien, Mercedes à vendre, première main… ben oui, l’avanture c’est l’aventure !!!

    Et enfin, je veux bien donner de l’argent à M. Arnault. Si si, j’ai bien écrit donner.
    Pourquoi est-ce que Lapin était content ? Parce que la souris lui a souri et lui a dit qu’elle voulait faire de la bonne soupe avec l’oseille. Et bien voilà, c’est la parabole des talents. Il a donné et il se donne le bonheur de se dire que ça va être utile, pas perdu.

    Je vais finir horrible stigmatiseur, mais franchement je ne trouve rien de moins constructif que de donner de l’argent à un pauvre. Comme chantait un Canadien, la plus sure façon de tuer un homme est de le payer à ne rien faire.

    C’est un choix, un choix social que je trouve stupide. On peut le mettre sur le dos des socialistes qui préfèrenent les aides aux travaux publics (si si, les régions ont baissé leurs investissements en s’aspergeant à l’eau de rose).

    Mais il n’y a pas qu’eux. Parce que, tout de même, c’est bien dans la logique ultra-libero-mondialiste de trouver normal de fermer un usine ici ou là parce là ou ici il y en a une qui est plus productive. Retour à la case chômage pour les fainéants punis.

    Ceci dit, je déjeûne sur les marches de l’église avec le petit Roumain de la supérette parce que c’est toujours ça que les boches n’auront pas. Mais je lui colle tout de même un billet, sans trop me soucier d’un système maffieux-illégal (le système maffieux légal présente une infinité de noms technocratiques, voire démocratiques) parce que ça me fait plaisir de le voir content, parce que mon éductation de radis noir, parce que je me sens mieux ainsi et toutes ces sortes de choses.

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    rackam 10 septembre 2012 (16:51)

    cadet mon beau souci,
    on y travaille.
    Le canadien en question est québecois et c’est l’immense Félix Leclerc.
    Content de vous lire quoiqu’un peu inquiet…
    :)

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    Stéphane Mortimore 10 septembre 2012 (17:30)

    Non en fait c’est parce qu’elle m’a expliqué que sa formation était cher, je connais le soucis, y’a pas que moi ici d’ailleurs. En fait mon éducation et ma propre vie m’a appris que le fric ca va ca vient, c’est pas fait pour rester, et surtout une chose : avant de commencer à faire la leçon aux autres, et des leçons qui te dépassent totale, essaye déjà de faire ton éducation ça fera des vacances à tout le monde.

    Je veux bien le havane, Cohiba de préférence, grand format bien entendu histoire de me la péter la prochaine fois que je ferais une pose à l’arrière de la cuisine. Et sinon dis donc Cadet, je t’avais envoyé un mess à propos de ce que tu m’avais demandé pour tes schtroumphettes, il s’est perdu dans l’espace temps ?

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