Rouillan, le courage du salaud

Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat de René Audran et de Georges Besse, Jean-Marc Rouillan vient nous faire la leçon sur ce qu’il faudrait dire ou ne pas dire des terroristes. Merci l’artiste !

Alors qu’une enquête préliminaire pour « apologie du terrorisme » a été ouverte à son endroit, Jean-Marc Rouillan se défendait hier, au micro de RTL, d’avoir « salué le courage » des terroristes du 13 novembre 2015. Il poursuivait : « J’ai seulement dit que, dans leur démarche de se faire tuer pour leurs idées, il fallait du courage, mais c’est tout. C’est une approche technique de la lutte, pas du tout une approbation de ce qu’ils ont fait. Dans la même interview, je dis que ce sont des ennemis. Toute cette affaire prend des proportions incommensurables. Je ne vois pas comment ce serait poursuivi pour “apologie” de crimes des ennemis. »

Quand les assassins nous donnent des leçons de savoir-vivre

Nous vivons une époque formidable. Voilà qu’un terroriste, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat de René Audran et de Georges Besse, vient nous expliquer les choses de la vie et nous donner une leçon de morale. N’est-ce pas étonnant ?

Imagine-t-on Landru venir nous raconter, en 1946, combien il a fallu de courage au docteur Petiot pour enfourner toutes ses victimes dans sa chaudière ? Ouh là là, c’est que certaines pesaient drôlement lourd. Et qu’il fallait s’y reprendre à deux fois. Trois fois ou quatre. Et bim, bam, boum. Ouh là là, mais que c’est lourd. Aie, aie, aie, mes pauvres vertèbres. Compatissez : rien pour m’aider. Pénible tâche. Un truc d’esclave juif face à une pyramide en ordre inversé. Pénible et courageux. On recommence. Les bras en avant, les jambes par-dessus tête. Et que le cadavre dégringole. Ouh là là ! Je viens de voir sa culotte. La culotte de la morte. Faut sévèrement être courageux dans ces cas-là. Hein, ma petite dame, et pas qu’un peu ! Descendre les escaliers est une chose facile aux béotiens. Eux s’imaginent qu’un seul coup de pied suffit pour faire dégringoler le cadavre en bas des marches. Rien de plus faux. Le corps humain quand il est refroidi n’est pas aisé à manier. Il en faut du courage, et du courage physique, pour le faire. Je vous le dis, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du jury, le bon docteur Petiot n’était peut-être pas un médecin très recommandable durant les années de guerre. Mais on ne pourra jamais lui enlever une chose : c’était un homme très courageux.

Bien entendu, Henri Désiré Landru n’aurait rien cautionné des crimes abjects de Marcel Petiot : il aurait simplement tâché de nous en faire comprendre les ressorts intimes. Or, Landru n’a pas pu expliquer, en 1946, sa conception des choses : sa tête avait roulé dans un panier d’osier vingt-quatre ans plus tôt.

Je suis un abolitionniste convaincu. Je crois qu’un Etat se grandit dans l’ordre de la civilisation lorsqu’il renonce à appliquer la peine capitale pour les pires crimes qu’il ait à connaître. Mais je pense, en revanche, que les bavardages incessants d’un terroriste comme Jean-Marc Rouillan incitent le menuisier qui sommeille en chaque citoyen à vouloir remonter incontinent les bois de justice.

Parangon d’une extrême gauche de misère, qui cache sa parfaite indigence intellectuelle sous des bafouillements de circonstances, Monsieur Rouillan ne cesse d’afficher son mépris pour l’État qu’il accuse d’être « capitaliste », « criminel », « colonialiste ». Ce sont les termes qu’emploie le cofondateur d’Action directe dans la même interview où il parle du « courage » des terroristes. Jean-Marc Rouillan ne s’aperçoit même pas que c’est cet État, « capitaliste », « criminel », « colonialiste », qui ne lui a pas coupé la tête. C’est cet État, « capitaliste », « criminel », « colonialiste », qui lui a permis de bénéficier d’un régime de semi-liberté, alors qu’il avait été condamné en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité.

Something is rotten in the state of Denmark. Le régime de l’application des peines est, en France, ce qu’il est. Est-il seulement possible de faire comprendre à un criminel que la simple décence existe et qu’un assassin qui glose sur ses propres méfaits devient un salaud ? Est-il seulement possible que ce moulin à paroles qu’est Jean-Marc Rouillan se rende compte qu’il n’a plus voix au chapitre ? Est-il possible que personne ne lui tende plus jamais un micro pour qu’il y profère son credo, sa vérité : « Les terroristes se sont battus courageusement dans les rues de Paris en sachant qu’il y avait près de 3.000 flics autour d’eux » ? Non, Jean-Marc Rouillan pose, sans jamais se mettre sur pause, et fait le beau. Il parle, prêche, sermonne et instruit. Il danse des claquettes d’extrême-gauche sur la tombe de ses victimes : rien n’arrête jamais l’indécence quand elle est si bien partie.

Jean-Marc Rouillan et le courage

N’en déplaise à Jean-Marc Rouillan, le courage n’est jamais la donnée technique d’un problème. Nous le savons depuis Aristote. Des criminels pourront toujours avoir de la détermination dans l’exécution de leur forfait, du sang-froid dans la mise en œuvre de leur plan et du cran quand il s’agit d’abattre un gamin à bout portant. Jamais pourtant ils n’auront de courage.

Le 13 novembre 2015, 130 personnes ont été assassinées à Paris et 413 ont été blessées. On tue des gens désarmés, on tire parce qu’on a des armes. Où est donc le courage ? Au Livre III de L’Éthique à Nicomaque, Aristote, immortel contemporain des gens de bien, écrit : « On appellera courageux celui qui demeure sans crainte en présence d’une noble mort. »

C’est bien là tout le problème. Comme une certaine gauche, Jean-Marc Rouillan considère, par une excessive sympathie qui pousse à l’empathie(1), que les terroristes du 13 novembre poursuivaient une cause « noble ». Où réside ici la noblesse ? Pour abattre de sang froid des gens qui assistent à un concert au Bataclan ou boivent un verre à la terrasse d’un café parisien, il faut avoir du sang froid. Juste du sang froid. Pas du courage.

C’est là où le bât blesse. M. Rouillan a beau expliquer sur tous les tons qu’il condamne Daesh, puisque cette organisation est « nihiliste » et – horresco referens« capitaliste » ! Seulement, lorsqu’il emploie le mot « courage » pour parler d’actes terroristes, il en fait, même inconsciemment, l’apologie, puisqu’il considère la « noblesse » de leurs fins : « On appellera courageux, écrivait Aristote, celui qui demeure sans crainte en présence d’une noble mort. »

Notes   [ + ]

1.Rouillan se met à la place des terroristes. Et, quoi qu’il en dise, épouse leur cause sans même la défendre.

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François Miclo est rédacteur en chef de tak.fr

7 Réactions à "Rouillan, le courage du salaud"

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    Claveyrolas 10 mars 2016 (18:03)

    Et Breivik, il le trouve courageux ? Si c’est l’acte et non l’intention qu’il juge courageux, alors …

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    Patrick 10 mars 2016 (23:32)

    C’est RTL qui a commis une faute : peut-on admettre que l’on interviouwe un criminel et qu’on le diffuse à la radio ?
    Pourquoi pas aussi une conférence de presse tant qu’on y est ?
    Il y a beaucoup d’honnêtes gens qui, pendant toute leur vie, n’auront aucune chance de parler à la radio ou la TV, alors qu’ils auraient des choses importantes à dire. Mais dans ce bas monde, ce sont les criminels qui ont droit à la parole. Les criminels et les manipulateurs de toutes sortes, politiques, idéologiques etc.

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    Alam 14 mars 2016 (13:39)

    Il est vrai qu’un Rouillan ferait mieux de se faire oublier. Le personnage n’est guère reluisant et il ne peut y avoir qu’un journaliste pour considérer que son avis mérite d’être recueilli. Il est vrai aussi que la langue de bois qui n’a d’autre qualificatif pour évoquer un acte terroriste que le cliché « lâche attentat », commence à être salement empâtée. Si le terme « courage » peut gêner par ce qu’il comporte de positivité morale, trouvons en un autre, soit ! Mais regardons en face cette cruelle réalité : Il y a d’un côté , de plus en plus nombreux, des individus qui ont assez de détermination (certains diraient « de couilles »), de fermeté, (celle du zombi peut-être, mais….) pour faire ce qu’ils font et y risquer ou y laisser leur vie, de l’autre une foultitude d’ectoplasmes qui n’ont à opposer à la violence qui les menace ou qui leur est faite que leurs marches blanches, leurs bêlements « Je suis Charlie » leurs crétineries renaudesques « Même pas peur » et en aucune circonstance ni d’aucune façon, un geste de courage (Le Thallis, c’était des américains !), une riposte, un acte de résistance vrai, pas un simulacre de bobo.

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    dov kravi דוב קרבי 14 mars 2016 (14:04)

    Une loi américaine interdit aux raclures ayant du sang sur les mains de monnayer les mémoires de leurs exploits pour les exploiter comme œuvres littéraires ou cinématographiques.
    Il serait seyant de l’importer en France.

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    René de Sévérac 14 mars 2016 (15:26)

    François, on voit bien que vous êtes catholique !
    Jean-Marc Rouillan considère que les terroristes du 13 novembre poursuivaient une cause « noble ».
    En effet, ils ont tué pour la grandeur de l’Islam; je reconnais que si la cause était noble, elle n’était pas désintéressée : le paradis avec 70 vierges « à disposition », ce n’est pas le moindre des intérêts.
    Alors que Jean-Marc n’a pas eu ce privilège !
    A propos du goût de nos frères muzz pour l’égorgement, un ami me fît valoir que nous, chrétiens, devrions sauter sur notre procain pour l’embrasser … je lui fis remarquer que c’était exactement ma pratique mais, la perfection n’étant pas de ce monde, je me limitais plutôt à mon prochain de sexe féminin !

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    Zébra 9 avril 2016 (21:18)

    Les politiciens donnent bien parfois des leçons de morale – pardon « d’éthique » – et de responsabilité, alors pourquoi un assassin ne donnerait pas son avis sur le terrorisme ?

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    Floréal Melgar 5 juillet 2016 (11:54)

    Bonjour
    Dans votre note de bas de page, il convient d’écrire « quoi qu’il en dise » et non « quoiqu’il en dise ». Inutile, bien sûr, de publier ce commentaire. Merci.