Quand l’Eglise prie pour la France

La prière proposée le 15 août par l’Eglise ressemble à s’y méprendre à une prière universelle très classique. Normal : c’est ce qu’elle est !

La Conférence des évêques de France, à travers son Président Mgr Vingt-Trois, a fait une suggestion aux paroisses du pays qui a surpris pas mal de monde : une prière pour la France(1), en quatre parties, que les curés peuvent faire lire pendant la messe du 15 août, la fête de l’Assomption de la Vierge Marie.
Cette prière a plutôt été bien perçue au sein de l’Eglise qui est en France. Les fidèles la prennent positivement. Mais certaines personnalités en dehors du milieu catholique ont mal vécu cette démarche. Le Parti Radical de Gauche estime que « l’Église n’a aucune légitimité démocratique pour s’immiscer dans le débat politique en France », et donc que cette prière est une entorse à la laïcité. Jean-Luc Romero, président de l’ADMD et militant gay, considère que « l’Eglise catholique conteste le vote des Français qui, en élisant François Hollande, ont voté pour la proposition 31 qui prévoit l’ouverture du mariage aux conjoints de même sexe ». Beaucoup ont considéré cette prière comme exprimant des revendications « politiques » de l’Eglise catholique, notamment en interprétant la fin de la quatrième intention : « qu’ils (les enfants) cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère »… Ce passage serait une déclaration contre l’homoparentalité. Evidemment c’est faux, mais qu’en est-il réellement ?

Prier

Depuis deux mille ans, les chrétiens prient pour leurs dirigeants, quels que soient leurs religions, leurs qualités, leurs défauts et le régime en place. Les apôtres exhortaient les fidèles à prier pour l’Empereur de Rome, et pourtant cet Empereur persécutait les chrétiens. De la même manière qu’ils prient pour les dirigeants, les chrétiens ont toujours prié pour le bien de la communauté, de la Cité, de l’humanité, du monde. Bref, les chrétiens prient pour toutes les intentions humaines qui peuvent exister. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’être chrétien c’est être en relation avec Dieu, en connexion avec lui. Et cette connexion, c’est la prière, qui prend différentes formes dont la prière de demande. « Demandez et vous recevrez » (Mt 7,7) dit le Christ dans l’Evangile. La prière de demande est essentielle, elle est au cœur de la vie chrétienne, de même que la louange ou l’action de grâce.

Une prière universelle

Le texte de la prière proposée par la Conférence des évêques ressemble à s’y méprendre à une prière universelle très classique… Ce qui est bien normal, car c’est ce qu’elle est : une prière dite à un moment précis de la messe où l’assemblée des croyants prie pour des intentions collectives déterminées. Il y en a une tous les dimanches, et à toutes les fêtes. En général la prière universelle est composée par l’équipe de préparation de la messe. Cette règle connaît des exceptions : par exemple, pour le 14 octobre prochain, il y aura une prière pour les cinquante ans de l’ouverture du concile Vatican II ; ou encore chaque année, la journée des vocations a une prière spéciale, avec aussi des suggestions de chants. Toutes ces démarches sont bien sûr proposées et non imposées. Ce n’est donc pas « une initiative rarissime en France », comme le prétend le magazine gay Têtu.

Une prière sur le politique et non la politique

Quoi qu’en disent ses détracteurs, la prière du 15 août n’est pas une prière politique. Malgré une allusion au « mariage pour tous », malgré des thématiques touchant le domaine du politique comme l’économie, la famille, les jeunes, ou le bien commun en général, ce n’est pas une démarche pointant du doigt l’actuel gouvernement socialiste. C’est donc une prière politique au sens « du » politique, c’est-à-dire les questions touchant à la cité et non « de la » politique c’est-à-dire la vie de la cité vécue dans le jeu des partis et des luttes de pouvoir. L’Eglise voit au-delà des échéances politiciennes, elle regarde plus loin qu’un quinquennat. L’Eglise s’intéresse au long terme, aux grands changements de société qui commencent déjà à s’installer. Elle s’intéresse aussi à la vie quotidienne des Français, à commencer par les plus faibles, elle tente de mettre une « option préférentielle pour les pauvres », souci permanent depuis deux milles ans… Donc, dans les cas des mutations au long terme, ou de la vie quotidienne du plus petit, nous sommes loin, très loin, des manœuvres partisanes et des coups de canifs que les hommes politiques peuvent s’envoyer.

Prier pour la France

La prière pour la France n’est rien d’autre que l’expression spirituelle des préoccupations de l’Eglise pour notre pays. Il n’y a rien d’homophobe, ni d’Hollandophobe, ni de réactionnaire là-dedans. Sans doute, sa préoccupation se fait plus vive aujourd’hui car notre société connaît des bouleversements avec les revendications LGBT et l’euthanasie. Ces changements touchent le fondement même de notre monde, ils sont une « rupture de civilisation » selon la formule du Cardinal Barbarin. Cette situation est la raison qui pousse l’Eglise à réagir, à sortir de son ancienne attitude « d’enfouissement » dans la société : Mgr Vingt-Trois est intervenu lui-même pour cette prière universelle, à la différence des autres qui passent plus inaperçues. On peut ajouter aussi que cette prière est inédite depuis la fin de la guerre. L’Eglise de France, du moins à son plus haut niveau, n’aime pas beaucoup parler de politique sauf en des termes très techniques. Les publications de la conférence des évêques sont de très bonne qualité mais hélas peu connues et peu lues. Qui connaît Grandir dans la crise ? Ou Maitriser la mondialisation ? Avec ces ouvrages nous ne sommes pas dans la communication grand public mais dans une réflexion de haut niveau, donc limitée à peu de lecteurs. Mais les choses changent : Mgr Vingt-Trois avec son livre Quelle société voulons-nous ?, la CEF avec son vade mecum précédant les présidentielles ainsi qu’avec la vidéo que SAJE Prod a tiré de ce document, plusieurs signes nous montrent que l’Eglise catholique qui est en France s’est décidée à parler au grand public. La prière pour la France, proposée dans toutes les paroisses, est un signe de cette préoccupation sociétale mais aussi un signe de la volonté d’associer le grand public dans ce questionnement.

La prière du 15 août est un signe des temps, celui d’une Eglise qui a décidé de sortir de ses sacristies, de ses cercles de réflexion pour parler au grand jour de ce qui la préoccupe. Et, bien sûr, elle commence par parler en premier à Dieu, en ce jour de l’Assomption de Marie, patronne principale de la France.

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Notes   [ + ]

1. « Frères et Sœurs, en la fête de l’Assomption 2012, en ce jour où nous célébrons l’Assomption de la Vierge Marie, sous le patronage de qui a été placée, la France, présentons à Dieu, par l’intercession de Notre-Dame, nos prières confiantes pour notre pays :
1. En ces temps de crise économique, beaucoup de nos concitoyens sont victimes de restrictions diverses et voient l’avenir avec inquiétude ; prions pour celles et ceux qui ont des pouvoirs de décision dans ce domaine et demandons à Dieu qu’il nous rende plus généreux encore dans la solidarité avec nos semblables.
2. Pour celles et ceux qui on été récemment élus pour légiférer et gouverner ; que leur sens du bien commun de la société l’emporte sur les requêtes particulières et qu’ils aient la force de suivre les indications de leur conscience.
3. Pour les familles ; que leur attente légitime d’un soutien de la société ne soit pas déçue ; que leurs membres se soutiennent avec fidélité et tendresse tout au long de leur existence, particulièrement dans les moments douloureux. Que l’engagement des époux l’un envers l’autre et envers leurs enfants soient un signe de la fidélité de l’amour.
4. Pour les enfants et les jeunes ; que tous nous aidions chacun à découvrir son propre chemin pour progresser vers le bonheur ; qu’ils cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère.
Seigneur notre Dieu, nous te confions l’avenir de notre pays. Par l’intercession de Notre-Dame, accorde-nous le courage de faire les choix nécessaires à une meilleure qualité de vie pour tous et à l’épanouissement de notre jeunesse grâce à des familles fortes et fidèles. Par Jésus, le Christ, Notre Seigneur. »

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Charles Vaugirard est un blogueur masqué, catholique et heureux de l'être !

11 Réactions à "Quand l’Eglise prie pour la France"

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    Marie 15 août 2012 (17:46)

    Merci pour cette belle mise au point! Les médias sont tellement centrés sur la foi musulmane qu’elle ignore ce qui se dit dans une messe, pourtant il y a encore en France une majorité chrétienne!

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    Patrick 15 août 2012 (21:35)

    Ce genre de prière est tout à fait légitime. Les cathos convaincus font partie de la France et ont voix au chapitre au même titre que les autres.
    Si le « président de l’ADMD et militant gay » s’en offusque, c’est son problème.
    En Alsace, l’audace chrétienne va encore plus loin : chaque année, lors d’un dimanche proche du 14 juillet, il y a à la fois une messe catholique en la cathédrale de Strasbourg, et un culte protestant en l’église St Thomas « pour la France. Et là, on ne se contente pas de prier pour les autorités, on les invite à y participer pour prier ensemble. C’est ainsi que l’on retrouve à ces cérémonies des personnalités civiles et militaires qui veulent bien y participer.
    Il y a bien sûr des esprits chagrins qui rappellent que la France est un Etat laïc etc. Ils oublient simplement que dans cette région, il y a toujours le concordat.

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    Patrick 15 août 2012 (22:31)

    Les juifs : http://www.dna.fr/edition-de-strasbourg/2012/07/10/nous-celebrons-la-france

    Les protestants : je ne retrouve pas l’article.

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    François Miclo 15 août 2012 (23:14)

    Vous avez parfaitement raison, Patrick. J’ajouterais juste que le Concordat n’est pas la négation de la laïcité, juste une façon de la garantir en organisant les relations entre le spirituel et le temporel.

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    Riri 16 août 2012 (16:42)

    Je plains sincèrement ceux qui n’ont foi en rien qu’aux temps présents et au porte-monnaie.
    Pour copier Pascal :
    S’il n’y a rien après la mort, ils n’auront rien perdu et passé une « bonne vie », comme une cigale qui chante tout l’été…..
    Oui, mais s’il y a « quelque chose », nous dirions nous, les chrétiens, « Quelqu’un »,? Alors ils auront tout perdu et se trouveront ….fort dépourvus
    Cela vaut parfois de s’en préoccuper et d’y réfléchir et non pas d’évacuer le problème à grands coups d’invectives

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    Stéphane Mortimore 16 août 2012 (19:09)

    Ramassis de foutaise religieuse qui tend à vouloir faire avaler que le christianisme ne fait pas de politique mais de l’humanisme. Les autorités religieuse avait tout intérêt à prier pour leur perssécuteurs supposé (car à dire vrai des milliers de personnes ont été répertorié comme martyr chrétien qui n’avait strictement rien à voir avec le christianisme) Eh bien puisqu’il semble si important l’humain, puisqu’il s’agit de voir loin et non de se précoccuper des basses considération politicienne du vulgaire, mais puisque toute fois la très sainte église tient à donner son avis sur un sujet dont elle se prétend le gardien du temple, proposons lui une prière pour que les victimes de la pédérastie des curés trouvent la paix, pour que la quantité invraisemblable de curé homo trouvent également la paix au sein de leur église et de ses contradictions flagrantes,pour que les malades qui trouvent refuge en son sein, protestant, ou catholique, trouvent également la paix de leur slip. en échange de quoi je veux bien prier pour que les chrétiens en termine avec leur hypocrisie gluante.

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    Tibor Skardanelli 16 août 2012 (22:25)

    Stéphane, c’est tellement bon de bouffer du chrétien ! Ce qui pour vous est hypocrisie gluante est exigence morale pour nous, on peut ne pas toujours être d’accord avec les différents clergés, leurs reprocher des calculs politiques, les chrétiens pour la plupart essaient d’aimer leurs prochains et de pardonner les offenses, c’est une grande exigence que l’on atteint jamais vraiment mais qui nous guide tout de même. Les clergés chrétiens ne condamnent pas l’homosexualité et savent que les hommes sont tourmentés par la chair et d’autres passions, nous sommes des pécheurs et nous le savons, nous évitons simplement de nous en gargariser. L’Église devrait vendre ses biens, battre sa coulpe et finalement se saborder, c’est une hérésie commune, ça s’appelle le manichéisme. Nous pardonnons aussi aux hérétiques, allez en paix et ne péchez plus Stéphane, nous vous aimons.

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    Marie 16 août 2012 (22:33)

    @Tibor

    Amen:)

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    Stéphane Mortimore 17 août 2012 (07:49)

    Tibor, je ne suis pas un pécheur, la notion de péché est non seulement une complète absurdité qui porte sa propre chaîne mais dans le cadre elle fait finalement de votre mythe fondateur un sadique. De plus que surtout les chrétiens soit dispensé de m’aimer, je déteste fondamentalement que des gens que je ne connais pas et pour qui j’ai une assez solide antipathie prétendent m’aimer. Pour aimer il faut déjà connaitre et au reste il est parfaitement prétentieux d’affirmer qu’on aime tout le monde où qu’on s’y emploie. C’est non seulement d’une prétention sans limite et d’une vanité fameuse, mais en l’état c’est une exigence totalement impossible qui tend finalement à rappeler aux individus qu’ils sont imparfait, le resterons, à moins de suivre doctement le dogme, et encore, puisque la contrition en détermine finalement l’impossibilité. Au pire, encore une fois c’est du sadisme au mieu votre dieu est un tyran ménager, Mais si ca peut vous rassurer c’est ce que m’évoque la religion en général. Des mecs qui hurle que Allah est grand en massacrant un homme, aux bouddhiste qui actuellement massacre du musulman en asie au nom de… euh je sais plus trop quoi parce qu’encore une religion d’amour que voilà. Au final les religions parlent toujours de l’amour de leur prochain et passe le plus clair de leur temps à reprocher au prochain de ne pas se plier à cet « amour » ou de le massacrer. La religion est très certainement une thérapie pour un certain nombre de personne, je ne l’entend guère autrement, un bon moyen de faire de la philosophie à bas prix, elle n’a pour autant strictement rien à voir avec la foi et en terme sociétale est le plus généralement déconnecté de ceux qu’elle prétend servir, les êtres humains.

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    Tibor Skardanelli 17 août 2012 (09:22)

    Allons, allons, Stéphane ne vous échauffez pas ainsi ! Si vous ne voulez pas que l’on vous aime on s’abstiendra et si vous ne voulez pas que l’on voit le pécheur en vous on détournera le ragard. Job qui était un homme on ne peut plus pieux, notre Dieu ne lui a pas épargné les pires avanies pour autant, notre Dieu est difficile à comprendre, nous le savons bien et nous comprenons que vous-même ayez quelques difficultés, vous ne devriez pas vous découragez pour autant. On ne demande à personne d’être le Christ mais seulement de l’imiter au mieux de ses possibilités, les vôtres ne vous permettent paut-être pas grand chose mais vous verrez finalement, comme le vilain curé à la libido tordue, vous serez pardonné. Il se trouvera bien certains de nos frères et soeurs qui vous jetteront la pierre pour des propos si impies, il ne voient pas que c’est le petit enfant en vous qui aime dire des choses qui fâchent, mais la plupart le verront et vous pardonneront car notre Dieu aime les petits enfants. Et si vous ne voulez pas que l’on vous pardonne, nous ne vous le dirons pas, et si vous voulez que l’on vous déteste on dira une prière : ça tombe bien je ne prie plus souvent. Et puisque je veux vraiment vous plaire mon cher Stéphane je terminerai par ces mots : « Allez au diable ! »

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