Pussy Riot, la révolte des cons

Pussy riots. Le genre de nom qui fait aimer l’anglais car il nous évite de traduire littéralement une obscénité, traduction que je vais quand même vous livrer (le cochon est parfois drôle) : l’émeute des foufounes ou, pour employer un vocabulaire suranné, « la révolte des cons ». Avec une traduction pareille, j’ai tout de suite appelé à la rescousse Frédéric Dard qui, depuis la section grivoiserie du Purgatoire, s’est empressé d’envoyer en Russie le commissaire San Antonio. Une enquête approfondie s’imposait, tout autant qu’une prudence extrême : le terrain est glissant, et pas seulement parce que la conclusion de l’histoire est en Sibérie… Mais laissons la parole au commissaire.

Sana chez les Pussy Riot

Eh oui, ça glisse mon cher ! Le contexte est délicat et osons le dire : c’est un vrai bordel. Entre un dictateur ultra-moderne pas du tout gentil, une Eglise orthodoxe liée au pouvoir mais qui cherche sa liberté, des ultra-féministes libertaires bien cochonnes mais qui ne méritent tout de même pas de se geler les fesses et des supporters occidentaux qui en profitent pour vomir sur tout ce qui porte une croix, bref on en perd son Latin ou plutôt son Slavon.

Reprenons les faits avec un peu de méthode : le 21 février dernier, trois punkettes du groupe « Pussy Riots » se sont invitées en pleine messe à la cathédrale du Saint-Sauveur à Moscou. Avec leur tenue habituelle (collants colorés, cagoules en laines, etc.), elles ont entonné leur dernier tube intitulé Marie, mère de Dieu, chasse Poutine ! Le tsar n’a pas aimé. Mais jetez un œil sur les paroles : « Sainte Marie, mère de Dieu, deviens féministe », ou encore « merde, merde, merde du Seigneur ». Elles ne visent pas que Poutine, mais aussi l’Eglise orthodoxe, qu’elles considèrent comme servant davantage Vladimir que Jésus…

La réaction ne s’est pas fait attendre. Arrestation, procès tonitruant où les trois punkettes sont assises dans une cage de fer verrouillée à double tour, puis est venue la sentence : deux ans de « camp de rétention à l’est de Moscou »… pour ne pas dire deux ans de goulag en Sibérie.

Evidemment, la nouvelle a fait le tour du monde, les artistes se sont mobilisés, les manifestations se sont multipliées… Et les trois punkettes sont apparues comme les victimes de la tyrannie injuste de Vladimir Poutine, le vilain tsar qui a fait ses classes au KGB.

Mais voilà, toute cette histoire sonne faux, c’est trop manichéen, les méchants sont trop méchants, les gentilles sont trop gentilles. Ça pue ! Et je n’ai pas envie de donner le bon Dieu sans confession à ces nénettes, de même que je ne tiens pas à louer le maître du Kremlin. Soyons juste : cette histoire cloche. Les élites occidentales se mobilisent pour ces filles alors qu’elles ne disent rien pour les journalistes bâillonnés, pour les opposants enfermés quand ils ne sont pas gavés à la dioxine… Alors je me suis demandé pourquoi un tel soutien et surtout qui sont ces « Pussy riots » ?

Bienvenue dans le monde du fric et du cul

L’histoire de ce groupe commence en 2011. Adepte de musique punk-rock, le groupe s’est fait remarquer lors de divers concerts improvisés et non-autorisés dans les rues de Moscou. Un groupe engagé politiquement : d’abord sur la question des droits des femmes, et ensuite, en 2012 contre la candidature de Poutine aux présidentielles. Jusqu’ici tout va bien, elles n’ont guère eu de soucis avec les hommes du Président. Jusqu’au 21 février où elles ont dépassé les bornes, mais vous le savez déjà.

Qui sont-elles ? Trois filles : Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch, et Maria Alekhina. Les deux premières sont des militantes du groupe Voïna qui semble être à l’origine du groupe punk. Voïna (la guerre en Russe) est une petite organisation libertaire et féministe qui monte des happenings inspirés de l’art contemporain le plus trash. Par exemple, ils ont précédemment fait une partouze non-simulée en public dans un musée zoologique. Tolokonnikova faisait partie de la sauterie alors qu’elle était enceinte de huit mois…gore ! Autre exemple : ils ont fait une orgie sexuelle dans un supermarché avec des carcasses de poulet installées où vous savez… Je n’en dis pas plus et je ne vous donne pas les photos : il ne manquerait plus que l’article soit classé X…

Bref, non contentes de balancer des blasphèmes dans une église, elles font dans le dégueu… Et là je m’interroge : outre le très mauvais goût manifeste de ces nanas, quelles sont leurs idées politiques ? La démocratie ? Sans doute et là je ne leur donnerais pas tort. Mais surtout, ce sont des libertaires. Sexualité débridée, revendications LGBT, bref le féminisme des Pussy Riots n’est rien d’autre qu’un mix entre Osez-le-féminisme et Act-up, le tout en encore plus gore… A cela s’ajoute tout cet univers artistique, elles font dans la « performance », un art contemporain extrêmement choquant qui est devenu un vrai business. Bienvenue dans le monde de l’argent-roi et de l’hypersexualité. Vous me connaissez, je ne suis pas un prude ni une grenouille de bénitier, mais franchement les Pussy riots vont trop loin.

D’autre part, les supporters des punkettes aiment bien pointer du doigt l’Eglise orthodoxe comme si elle était une gardienne de l’ordre moral au service du Kremlin. Absurde, le Patriarche Cyrille lui-même est intervenu pour demander la clémence aux trois nénettes. Dans un communiqué de presse, le patriarcat a affirmé « comprendre » l’émotion suscitée par le jugement et appelé la justice à la « compassion »…nous sommes très loin des caricatures qui ont circulé en Europe, où, par exemple, Jean-Luc Mélenchon a osé gazouiller : « Condamnation aberrante des PussyRiots… Néocapitalisme & Église orthodoxe : deux faces d’un même obscurantisme funeste à la démocratie. » Ce drôle d’oiseau doit sans doute regretter la période lumineuse du communisme, de son parti unique, de ses goulags, de ses procès retentissants…

La faute aux cathos, bien sûr !

Mais le pompon revient à ce titre du Monde : « La condamnation des Pussy riots « digne de l’Inquisition » ! » Ca y est, le mot est lâché : la justice Russe est comparée au pire, au summum du mal : au catholicisme ! Heureusement que le président du tribunal n’était pas borgne car France 2 l’aurait adapté aussi sec en série de l’été… Eh oui, ce qui était une opposition à Poutine par des libertaires est devenu le symbole de la lutte contre les religions et tout ce qui compte de morale. On fait fi de la clémence du patriarche et du contexte russe. On généralise tout ça et hop, on a un nouveau mouvement contestataire. Une des conséquences ? Un groupe de supporters est allé interrompre la messe dans la très catholique cathédrale de Cologne dimanche dernier…Cette fois-ci ni gouvernement Russe, ni orthodoxie : on défend les Pussy-riots en s’en prenant aux cathos. Stupidité ou récupération de l’affaire pour d’autres « causes » ?

Plus amusant encore, ceux qui ont hurlé au scandale devant la prière du 15 août de Mgr Vingt-trois sont ceux qui prennent la défense des punkettes interrompant des offices… On croit rêver, les curés n’ont même plus le droit de prier peinards dans leur église sans qu’on foute le nez dans leurs missels et qu’on les accuse d’être les pires homophobes… Par contre, des rockeuses peuvent s’inviter devant l’autel en pleine messe pour vociférer des jurons ! Et tout ça au nom de la liberté d’expression ! Vous voulez un exemple ? Act-up, rien qu’eux, soutient les Pussy riots tout en vomissant les cathos avec leur parodie de prière pour la France… Vive la cohérence !

Et puis un dernier truc : et les autres ? Et Asia Bibi ? Et les chrétiens d’Orient ? Et les journalistes emprisonnés dans plein de pays autoritaires ? Et Garry Kasparov qui risque cinq ans de camps pour avoir soi-disant mordu un policier alors qu’il manifestait pour les punkettes ? Est-ce qu’ils vont aussi avoir le soutien de Sting, Madonna et consorts ? Leur cause est sans doute moins libertaire, pas assez sexy. Pour être soutenu, il faut sans doute montrer ses fesses, appeler à la baise générale et être dominé d’érotomanie.

C’est dommage, pendant la guerre froide, les opposants étaient des Václav Havel, des Soljenitsyne, des Walesa qui étaient des mecs « sévèrement burnés » mais qui gardaient leurs pantalons…Aujourd’hui ce sont des Pussy riots issues de groupes féministes de filles nues recouvertes de blattes avec des hommes baissant leurs slips. Les temps changent.

FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterestPartager

3 Réactions à "Pussy Riot, la révolte des cons"

  • avatar
    David Desgouilles 22 août 2012 (07:55)

    J’aime assez.
    Petite note cependant :
    Je ne pense pas que l’expression « mix entre OLF et Act-Up » soit bienvenue, en ce qui concerne la première association, en tout cas.
    Les filles d’OLF -dont je suis devenu l’un des spécialistes internationaux, c’est pas pour dire…- relèvent davantage du féminisme américain ou suédois, finalement extrêmement puritains. Je doute qu’elles soient enchantées par les partouzes-chicken des Pussy riot ou même par les manifs un peu deshabillées des Femen ukrainiennes. Il ne faut pas se laisser tromper : l’opération « osez le clito » n’avait rien d’érotomane, bien au contraire. Elle était davantage guidée par une …. méfiance envers le sexe masculin, forcément égoïste. D’ailleurs, leur volonté affichée, c’était de dire qu’on ne parlait décidément que du plaisir masculin.
    Finalement, si on veut trouver une référence féministe française pour accompagner Act-Up, mieux vaut se diriger vers Les Pétroleuses que vers OLF, véritables glaçons ambulants.

  • avatar
    Tibor Skardanelli 22 août 2012 (08:46)

    Redoutable traduction ! Et c’est vrai que le cons ça ose tout.

  • avatar
    Charles Vaugirard 24 août 2012 (19:12)

    @David Desgouilles : En effet, Osons-le-Féminisme n’est pas dans le trip sex-trash des Pussy-riots. Je confirme pour le côté glaçon ambulant d’OLF :-)

Réagir

L'adresse de votre courriel ne sera pas publiée.