Ouverture de la 16e conférence des pays non-alignés à Téhéran.

Ouverture de la 16e conférence des pays non-alignés à Téhéran.

Guerre froide. Le mot est dans l’air depuis que la Chine et la Fédération russe s’opposent à une intervention en Syrie. Sommes-nous dans un nouveau contexte de guerre froide, version IIIe millénaire ? La guerre froide est née à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, du refus des forces américaines de pousser l’avantage en Europe, pressées qu’elles étaient d’en terminer avec le conflit le Japon et de ne pas prolonger le bain de sang dans une Europe rendue à bout par six ans de guerre. Contre l’avis de Churchill, les Etats-Unis n’occuperaient pas la Yougoslavie, laissant les Balkans à la gestion du seul Staline. La guerre froide, qui se mêla à la décolonisation, fit pour autant couler beaucoup de sang. Par pays interposés, Occident et URSS s’affrontèrent partout, faisant autant de mort, sinon plus que durant le conflit précédent, déstabilisant l’Afrique, le Moyen Orient, l’Asie et l’Amérique du sud, au grès des alliances et des trahisons de chacun.

Fin de la guerre froide, début de la guerre économique

C’est dans ce contexte de déstabilisation que la donne commença à changer, quand une troisième voie, entre capitalisme et communisme, s’engagea sous la forme de la révolution iranienne. Une voie fondamentaliste qui, pour commencer, est la marque d’un nationalisme revendiquant son indépendance de la tutelle américaine.

La révolution iranienne n’aurait sans doute jamais vu le jour sans l’éviction de Mossadegh, la Savak et le Shah. Sans, surtout, les intérêts pétroliers des pays occidentaux. Elle changea totalement quand l’Union Soviétique s’effondra comme un château de carte. Les invraisemblables puissances militaires de chacun se retirant des pays sous tutelle, le vide laissé créa une brèche, où les conflits inter régionaux, ethniques ou économiques mis en veille durant la guerre froide purent réapparaitre. L’Afrique des années 1990 devint un immense bain de sang du tous contre tous, d’autant plus sanglant que, cette fois, il ne s’agissait plus de deux blocs s’affrontant à travers les pays tiers, mais d’intérêts économiques ou religieux agités par diverses puissances. Les Etats-Unis contre la Francafrique en RDC ou en Côte d’Ivoire, la Chine contre l’Occident en Guinée ou au Soudan.

À mesure que les anciennes nations sous tutelle s’affranchissent, la guerre économique prend le relais de toutes les autres. Le Brésil, l’Inde, la Chine, la Fédération russe, tout comme l’Afrique du Sud, débarrassés du conflit pseudo-idéologique1 qui avait divisé le monde pendant plus de quarante ans se voient désormais dans la position paradoxale sinon d’ennemis du moins de concurrents directs d’un Occident perdant peu à peu son hégémonie.

Le salafisme au service de l’Occident

Mais le terme de nouvelle guerre froide ne serait pas complètement juste s’il n’était pas soutenu par un argument idéologique. Cet argument, en dehors du prétexte démocratique, se fabriqua de lui-même à travers la montée de l’islamisme. Montée largement fabriquée, tant par la naissance de la Révolution iranienne que la fabrication d’une résistance à l’envahisseur russe en Afghanistan. Il a pris corps du conflit mondial déclenché par l’administration Bush dans sa « guerre au terrorisme » et s’est ravivé avec le Printemps Arabe.

Contrairement à ce que prétendent les néo-historiens qui commentèrent l’événement, c’est moins le 11 septembre que ses conséquences qui créèrent une fracture entre l’Occident et les nations largement émergées comme la Chine ou le Brésil. En se moquant des résolutions de l’ONU et en bafouant amplement le droit international, l’administration Bush démontra au monde, et plus particulièrement à ces nouvelles puissances, que l’institution qui succéda à la SDN était non seulement à peu près aussi impuissante que cette dernière, mais qu’elle était l’outil militaire et idéologique de l’Occident.

Comment dès lors faire confiance à un organisme qui non seulement ne sut pas s’opposer à la volonté américaine, mais prit son relais, comme par exemple au Kosovo. Après tout, le résultat du conflit kosovar fut de mettre au pouvoir une organisation mafieuse comme l’UCK, et ceci contre les Serbes soutenus par la Fédération Russe, naturellement présentés ici comme les méchants de l’affaire.

Aujourd’hui, avec le Printemps arabe et l’accession au pouvoir des Frères musulmans et affidés, comme en Turquie, en Tunisie ou en Egypte, c’est à nouveau le même argument démocratique qui prévaut. Contre toute attente, les bouchers qui menacent le fragile pouvoir de la CNT et globalement l’intégrité géographique de la Libye – et aujourd’hui grossissent les rangs de l’ALS – sont présentés comme des défenseurs de la démocratie. Et ce pour la simple raison qu’ils obéissent au courant sunnite des salafistes, amplement financé par les Etats arabes comme le Qatar, c’est-à-dire par les intérêts pétroliers occidentaux. Mohamed Morsi ne s’y est pas trompé en condamnant l’Etat syrien à la conférence des non-alignés organisés à et par Téhéran cette année.

Israël pris au piège

Isolé au sein de la communauté internationale, mais soutenu par la Russie et la Chine, Téhéran tente, en organisant la conférence des non-alignés, de se rapprocher d’autres nations pressées de se débarrasser de la main mise occidentale, comme l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud.

Né dans le contexte de la guerre froide, et répondant au désir d’échapper à l’influence écrasante des deux blocs, le mouvement des non-alignés trouve un nouvel écho dans le contexte actuel, où l’ONU est instrumentalisée et où l’OTAN devient le bras armé de l’Occident, qui entend aujourd’hui s’en servir pour soutenir la cause sunnite et salafiste. Cette nouvelle guerre froide s’opérant tant sur le front économique qu’au sein même de l’Islam. Peu importe la charia, le droit des femmes et plus globalement la démocratie : tout va bien tant que les Frères musulmans respectent le système capitaliste et libéral.

À ce jeu étrange et dangereux, ceux qui auront tout à perdre seront les israéliens, sacrifiés sur l’autel des intérêts économiques et pris entre le marteau salafiste financé par les pays du Golfe et l’enclume iranienne.

La France dans l’impasse

Reste à savoir quelle attitude et quelle latitude aura la France dans ce cadre. Obligés pour des raisons tant économiques que stratégiques de retourner dans le giron de l’Otan, fer de lance de l’intervention en Libye, nous voilà à courir avec nos alliés historiques contre le régime de Bachar el-Assad, avec lequel tout le monde s’était parfaitement accordé jusqu’ici, dans un conflit qui déborde peu à peu sur le Liban voisin, multiconfessionnel tout comme la Syrie, et menace également Israël.

Atlantiste, Nicolas Sarkozy faisait le pari d’une Amérique forte tout en essayant de modifier la politique arabe de la France en faveur d’Israël. Les 23 millions de chômeurs et les 16 milliards de dette américaine, consécutifs tant de la crise de 2008 que de la politique pour le moins maladroite d’Obama, tend à démontrer que le pari était parfaitement hasardeux.

Une politique audacieuse serait donc de ne plus courir avec l’Otan vers un soutien à la lutte armée contre le régime Syrien, et même de tendre la main vers l’Iran et ses nouveaux alliés. Cependant les investissements du Qatar en France, initié par le même Nicolas Sarkozy, et l’attentisme évident du gouvernement actuel, ne laisse présager aucune audace dans le cas syrien, ni du reste ailleurs. Il ne faudra donc pas s’étonner que, sous couvert d’anti-islamophobie et d’anti-racisme cosmétique, l’islamisme s’invite en France et s’y conforte.

  1. Pseudo idéologique en ce sens qu’il ne s’est jamais s’agi d’autre chose qu’une lutte pour les ressources naturelles et la domination d’un système économique sur un autre. Le libéralisme et le capitalisme se sont toujours parfaitement accommodés de la privation de liberté, l’argument de la démocratie n’étant jamais utilisé que comme un bon moyen d’accuser l’autre de la rage. Comme du reste nous le voyons aujourd’hui en Syrie.  

A propos de l'auteur

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Stéphane Mortimore a été standardiste à la Sécurité Sociale, chauffeur-livreur, gardien de nuit, animateur de minitel rose, serveur, concepteur-rédacteur, graphiste, scénariste de jeu vidéo, sondeur par téléphone, formateur dans l'hygiène et le nettoyage, instructeur armement, il est actuellement cuisinier, il essaye de devenir écrivain, c'est pas gagné. Et en plus il est tatoué ! C'est vous dire s'il sent bon le sable chaud.

11 Réponses

  1. avatar
    madar

    Contresens: « le liéralisme s’est toujours stisafait de la privation de liberté. »

    C’est quoi le libéralisme?

    C’est quoi la liberté?

    il y a quelques racines communes.

    P.S.: aucun rapprochement n’est possible avec l ‘Iran tant que dure le régime des ayatholli.

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  2. avatar
    Stéphane Mortimore

    Le libéralisme est un concept dévoyé développé par Diderot et d’autres et récupérée par les économistes et les idéologues afin de justifier une politique de loi de la jungle. La liberté ici, ou plutôt sa privation s’appelle Pinochet, Trujillo, extrême droite japonaise des années 50-60, Shah d’Iran, Saddam Hussein, El Assad père et fils, Salazar, Franco, Somoza, et une pléthore de dictature qui durant la guerre froide verrouilla tant l’Afrique que l’Amérique du sud. Parfaitement comparable à ceux d’en face. Le régime des mollah durera tant que nous resterons crispé sur des positions qui ont certes un sens historique, mais dans le cadre actuel n’en a d’autant aucun que nous lui préférons en réalité le régime des émirs non seulement aucunement démocratique, mais également financier du terrorisme salafiste dont l’occident est la première victime.

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    madar

    Les dictatures sont l’antithèse même su libéralisme, Sté.

    Je t’accorde Pinochet qui avait pris cette exuse au départ, et qui n’a rapidement plus conduit ede politique libérale.

    …Et le Shah d’Iran, et tu sais quoi, j’en rêve du Shah d’Iran pour l’Iran actuelle…

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    rackam

    Ah! les aficionados du guignol du Ranelagh qui voient le méchant libéralisme derrière tout ce qui a foiré, tout ce qui était réac, facho, dictatorial. Une fois qu’ils ont crié son nom, persuadés qu’ils l’ont fait fuir, rouge et confus, ils roulent leurs biscottos devant un parterre de piliers de bar.
    Puis, s’apercevant que la marionnette était vide, ils accusent la Main Invisible.

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    Saul

    L’idée selon laquelle l’Iran organise la conférence pour avoir des alliés est trompeuse. En réalité l’ambition iranienne de cette conférence est d’avoir un auditoire, afin de donner l’illusion qu’elle n’est pas si isolée que ça.
    Car l’organisation de cette conférence par l’Iran est un trompe l’oeil, c’était juste son tour de l’organiser.
    Trompe l’oeil aussi car les non alignés ne représentent pas un bloc homogène.
    en fait les non alignés c’est que dalle, ils sont tout aussi divisés entre eux qu’avec l’occident, ça se réunit tout les 3 ans, mais rien n’y est décidé, c’est juste une tribune pour chacun des pays.

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