Un néo-primitif hollandais

Né en Lorraine en 1597 comme d’autres grands artistes (Claude Gelée, Georges de La Tour, Ségolène Royal), le peintre Charles Mellin avait une vue très mauvaise et il aimait les pâtes. C’est la raison pour laquelle il partit vivre à Rome, ville dans laquelle il se résolut à ne plus peindre que de très gros modèles et à ne se nourrir que de cannelloni, maccheroni, orecchietta, conchiglie, farfalle, penne, spaghetti, fusilli, una bottiglia di chianti e li conto, per favore.

Francesco dal Borro, par Charles Mellin, 1630.

Francesco dal Borro, par Charles Mellin, 1630.

Les historiens de l’art, qui ne sont jamais à un anachronisme près, en font souvent un précurseur de Fernando Botero, alors que Mellin n’est qu’un primitif hollandais en retard de deux siècles. Chacun peut le constater de visu.

Un tableau normal

Sur ce tableau, le gros monsieur que le peintre représente n’est autre que Francesco dal Borro, condottière italien qui remportait toutes ses victoires en se contentant de s’asseoir sur les visage ennemis. Certains, comme Pierre Rosenberg (de l’Académie française), prétendent que ce n’est pas Francesco dal Borro, mais Alessandro dal Borro qui est portraituré ici. Ils avancent également que l’œuvre n’est pas de la main de Charles Mellin, puisqu’il était en train de manger la pasta à la trattoria Di Pietro, au moment même où le tableau était exécuté.

Qu’en savent-ils ? Sont-ils membres de la police romaine du XVIIe siècle pour être si bien renseignés sur la vie des gens ? Depuis 1952, ce tableau est répertorié dans mes fiches comme étant le portrait de Francesco dal Borro par Charles Mellin. Ils ne vont pas croire que je vais raturer une fiche pour leurs beaux yeux.

Francesco dal Barro, une grosse huile

De même, il est souvent écrit, par les mêmes « experts » que cette œuvre est une huile sur toile. C’est à ce genre d’assertions que l’on s’aperçoit que ces gens-là manquent à la fois de sens pratique et de discernement. Francesco dal Borro était très certainement une huile en son temps. Mais pouvez-vous imaginer un seul instant que ce gros homme aurait laissé passer l’aubaine d’avaler deux ou trois litres d’huile si un peintre s’était avisé d’en employer pour faire son portrait ? Evidemment que non : dal Borro aurait tout bu. Il ne nous faut pas d’autres raisons pour démontrer scientifiquement que ce tableau n’est pas une huile sur toile, mais une peinture à l’eau plate ou, à la rigueur, une margarine allégée sur toile.

Charles Mellin, Ritratto di Francesco dal Borro, il terrore della cucina, 1630. Musée Dukan, Paris.

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4 Réactions à "Un néo-primitif hollandais"

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    kessler 30 août 2012 (11:31)

    enfin un texte de Valérie Trierweiler merci Tak.

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    vdf 30 août 2012 (12:07)

    Toujours aussi drôle. Ne manquez pas une occasion de continuer, il y a, autour de nous, suffisamment de matières.

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    hathorique 30 août 2012 (23:57)

    beau texte que le vôtre

    « la ronde des nuls »

    Ce tableau en pied de trois quart face, l’un des premiers du genre peint à l’huile d’olive première pression à froid, est celui de François Hollandus dit le Rubicond ou encore Sa Proéminence, resté célèbre pour ses anaphores, représenté ici sans sa fraise en tulle.

    Ce célèbre marchand gentillâtre provincial amphigourique enrichi dans le commerce du fromage à pâte molle, qui se rêvait condottière s’illustra dans l’interminable guerre « des deux rosses  » entre la Dame de Maintenons sa deuxième concubine qui faisait profession de langagière acérée dans les gazettes de mode et Madame de Port Royal sa première concubine, administratrice du Poitou pays des fromages de chèvres à poil laineux ayant reçu de Sa Proéminence mission de conquérir le port de la Rochelle administré jusqu’à lors par Monsieur de Fortmarri, pour faire commerce d’épices et de soie jusqu’en Chine sur les traces de Marco Pelé.

    Mais Monsieur de Fortmarri avait, qui l’eut cru, les faveurs des croquants du cru ne souhaitant pas voir leur beau port tomber entre les mains de Madame Première fomentèrent la « révolte des tweeteurs » restée célèbre dans les annales de leur ville comme le premier piège de la Rochelle , cet épisode nous fut conté par le grand poète de cour Chrétien des Trois, qui aux rayons d’Homère avait allumé son génie.

    Ces fidèles Rochelais aussi attachés à leur port que patelles aux rochers côtiers entrèrent en rebellitude avec la complicité de l’impérieuse Madame Seconde et boutèrent hors de leur port l’altière Madame de Port Royal qui ainsi vaincue ne put se hisser au perchoir et se retira dans son fief poitevin. .

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    madar 31 août 2012 (10:18)

    Superbe, Hathorique!

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