Longtemps, les philosophes politiques se sont accordés sur une maxime simple : ubi societas, ubi jus (là où il y a une société, il y a du droit). Pour vivre correctement ensemble, les hommes ont besoin de règles communes ; le droit a longtemps satisfait ce besoin de régulation sociale. Mais toujours partiellement, car l’ordre juridique ne réglait pas la totalité de la vie sociale. D’autres régulateurs existaient comme la courtoisie, la politesse, la galanterie, la bienséance, le fair-play, le savoir-vivre, l’honneur, l’éthique, etc.

Bref, le droit réglait une partie des relations humaines en imposant à chacun des contraintes normatives ; pour le reste, les hommes s’assujettissaient eux-mêmes à leurs propres obligations. C’est ce qui, au fond, fait de l’homme un être moral : la moralité n’existe que si le droit n’organise pas, à lui seul, l’entièreté de la vie collective, mais laisse du jeu pour que le sujet puisse organiser, librement, sa relation à l’autre.

Le droit règle tout !

Or, nous avons affaire aujourd’hui à un sérieux problème : ces dernières décennies, le droit a étendu une emprise presque totale sur la vie collective. Il n’est plus un domaine qui lui échappe : il règle tout.

Or, plus il impose ses contraintes, plus les régulateurs sociaux traditionnels (politesse, fair-play, etc.) reculent. En un mot, si les gens sont de moins en moins polis, c’est la faute au Syndicat de la magistrature. Voulez-vous rétablir les régulateurs sociaux traditionnels, tels que la politesse et la galanterie ? Alors supprimez immédiatement, par centaines, des lois et des règlements, fermez des tribunaux, renvoyez chez eux des députés, licenciez magistrats, policiers, matons et avocats. Tout cela est, évidemment, une chimère.

Car l’enflure du droit (dont parlait déjà en 1992 le doyen Vedel) est bien trop avancée pour que nous puissions y remédier. Nous vivons, en réalité, un moment particulier de l’histoire humaine où rien n’existe qui ne soit juridiquement encadré : il n’est plus d’existence que de papier.

Prenons l’exemple de l’extension du mariage aux personnes de même sexe. Lorsque l’on lit attentivement le Code civil, on est frappé par une chose : la plupart des articles concerne l’élevage de la marmaille. On peut en conclure, en bonne logique, que ce qui sous-tend l’institution civile du mariage, c’est la nécessité d’assurer aux enfants une sécurité juridique, non pas de reconnaître socialement la vie de couple, encore moins l’amour entre deux personnes : Brassens avait dédié La Non-Demande en mariage, à Joha Heiman, une Estonienne qu’il aima jusqu’à sa mort. Voyez où nous en sommes aujourd’hui : c’est au nom du « droit à s’aimer aussi » que les associations homosexuelles revendiquent le mariage. Même l’amour n’échappe plus au totalitarisme juridique.

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François Miclo est rédacteur en chef de tak.fr

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