Marianne et les hommes

Depuis que le peuple s’est rendu compte du fait qu’en exécutant le Roi Louis XVI il avait non seulement éliminé un brave homme, mais le symbole de l’unité nationale et du caractère durable de la France, ledit peuple ne cesse de se promettre aux bras puissants de qui roule des mécaniques électorales.

Le bal des Prétendants

Après l’écœurante succession de bourgeois sanguinaires dotés de noms de stations de métro, populicidaires de la Vendée et d’autres riantes contrées qui ne demandaient qu’à vivre en paix, vint le temps du «corse aux cheveux gras» qui étendit le carnage à toute l’Europe. C’était bien la peine de chasser le roi au motif de la faim, pour se retrouver avec la guerre, les indemnités versées à l’occupant, les grands cimetières sous la lune, et l’autre excité en tricorne qui revient planter le souk une ultime fois. Pour quelques milliers de morts supplémentaires.

Ensuite vinrent les clones du Symbole assassiné, discrédités avant de régner, et même après. Puis Louis-Philippe, sorte d’OGM, qui trompa tout son monde, lui compris, et abandonna le pays en proie à l’émeute. On repassa les plats à la corsitude, moustachue et bonnasse qui fit de son mieux pour inviter l’occupant à revenir. Commencée dans les urnes l’aventure se vautra à Sedan. Que faire d’autre dans cette bourgade?
Ivre de sang depuis la Terreur, la République se mit en ménage avec Thiers qui mata l’émeute de ceux qui avaient cru qu’on était de nouveau en 1789.

Puis Marianne se prit d’amour pour Mac-Mahon qui avait corrigé quelques peuplades colorées et sentait bon la poudre et le sable chaud. C’était avant la mise au point du viagra, il ne put. Boulanger roula alors la pauvresse dans la farine, avant que de petits messieurs aux noms de lycées viennent effectuer quelques tours de passe-passe, soutenus par une claque bigarrée de groupuscules avides et inconstants.

Le petit vingtième

Toujours en référence à la Révolution, on essaya de chasser la religion de la sphère publique, Marianne en pinçait pour d’austères laïcards velus du menton, experts dans la désignation d’ennemis intérieurs plus imaginaires que nuisibles.

Un vendéen et un nantais, convertis sur le tard à la manière forte, chassèrent l’occupant qui était revenu en villégiature jusqu’à la Marne, pour pratiquer la pêche, boire le vin blanc aigre et faire musette avec Bertha. Ce qui vexa Marianne, laquelle les chassa méchamment. Elle passa alors de bras en bras en attendant que l’occupant revienne. Ce qu’il fit, de belle manière. Elle voulut voir Berlin et elle vit Laval.

Un ultime militaire se porta volontaire pour consoler la belle, serait-il l’homme providentiel qu’elle semblait attendre depuis près de deux siècles? Pensez-vous. Elle recommença son manège avec de piètres amants de dancing, un ou deux forts des Halles, des demi-soldes et, se souvenant que l’homme de Londres ne l’avait pas maltraitée, lui céda en 1958. Avant de le congédier par lassitude, sans savoir par qui elle le remplacerait.

Ceux qui ont succédé au géant kaki seraient de plus en plus petits, en taille et en envergure, elle prendrait plaisir à les remercier comme des valets indélicats.

La belle n’est plus toute jeune, elle n’attire plus les sémillants, les beaux gosses, les matamores, mais seulement les vainqueurs de radio-crochets quinquennaux. Et la nuit, quand le titulaire de sa chair ne parvient pas à grand-chose, elle se prend à rêver d’un Homme Providentiel, peut-être un officier, un occupant, un qui saurait la mater et la séduire, la mener vers une herbe plus verte, lui mettre le rouge au front.

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5 Réactions à "Marianne et les hommes"

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    Tibor Skardanelli 26 octobre 2012 (13:44)

    Ah, Rackam ! Ceci a tout du billet de l’amoureux déçu mais que c’est bien tourné ! Mélenchon saura-t-il faire chavirer la cougar comme on dit aujourd’hui ?

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    szavay 26 octobre 2012 (14:07)

    J’aime beaucoup « de petits messieurs aux noms de lycées »

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    Marie 26 octobre 2012 (15:03)

    Populicide comme vous y allez je me suis fais tancer pour avoir utiliser ce mot sur un fil de Causeur….

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    rackam 26 octobre 2012 (15:42)

    J’ai vu le fil en question, d’abord celui de Le Méné qui mentionne la prix reçu par Reynald Secher qui a fourni un travail considérable et a déniché les preuves écrites de la volonté de la convention d’éradiquer « la Vendée ». Tout y est, y compris l’essai de gaz mortels. C’est une préfiguration de ce qui allait venir sur une échelle incomparable. C’est le mérite de Secher, d’en avoir fait la démonstration.
    Ensuite vient la jalousie de l’autre historien, l’ami des bleus, qui ratiocine, suggère, tremble et se couvre de ridicule. Mais les bonnes consciences qui ne voient que le bloc préfèrent ignorer les faits et jongler avec les slogans, les caricatures… Prévisible, tellement prévisible!
    Oui il y a bien eu tentative d’extermination des vendéens, venez vous recueillir aux Lucs sur Boulogne pour comprendre.

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    Nadia 27 octobre 2012 (19:17)

    Joliment tourné, mais je préfère quand c’est Michel Delpech qui la met en scène

    Dieu! Mais que Marianne était jolie
    Quand elle marchait dans les rues de Paris
    En chantant à pleine voix :
    « Ça ira ça ira… toute la vie. »

    Allez les bleus !

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