Mariage gay. Barbare 1 / Médias 0

« Donnez-moi six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi le faire pendre. » On attribue la phrase au cardinal de Richelieu. Elle lui sied d’autant mieux qu’Alexandre Dumas a, contre toute réalité historique, travesti le principal ministre de Louis XIII en parangon de cynisme… La pourpre cardinalice doit porter la guigne. Car, aujourd’hui, c’est un autre cardinal, Philippe Barbarin, qui se retrouve à deux doigts du gibet.

Mgr Barbarin : curée sur le curé !

Le primat des Gaules n’a pas encore été pendu – on est un humain, quand même. Il a juste été lapidé, pour de rire, en place publique, après qu’une dépêche AFP a placé dans sa bouche un mot qu’il n’aura jamais prononcé : « polygamie ».

Tout commence le 14 septembre dernier, sur l’antenne lyonnaise de RCF, une radio catho, où le cardinal Barbarin participe à l’émission « Droit de citer ». Il est alors interrogé sur le « mariage pour tous ». Il rappelle la position invariable de l’Eglise sur cette question : « Un mariage, c’est un mot qui veut dire un rempart pour permettre au lieu le plus fragile de la société, c’est-à-dire une femme qui donne la vie à un enfant, que toutes les conditions soient établies pour que cela se passe dans les meilleures possibilités. » C’est, d’ailleurs, cette idée-là qui a animé l’auteur du Code civil lorsqu’il a rédigé les articles régissant le régime matrimonial : le mariage civil est entièrement institué pour apporter une sécurité juridique aux enfants d’un couple… Rien d’autre, sur le fond, n’est en jeu dans la définition légale du mariage : ni l’amour entre époux, ni la reconnaissance sociale de sentiments entre deux êtres.

Philippe Barbarin poursuit son raisonnement et, à la manière du sapeur Camember déclarant : « Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites », l’archevêque de Lyon nous dit que, si l’on sort le mariage civil de cette définition, on ne voit pas au nom de quoi on ne cèderait pas à d’autres revendications, comme le mariage à plusieurs ou même entre ascendants.

Son grand tort ? Barbarin lit le journal

Le raisonnement du primat des Gaules n’est pas stupide. Nous avons vécu de 1981 à 1995 sous la présidence d’un homme, François Mitterrand, qui se partageait entre deux femmes et deux foyers. Son cas n’est pas isolé dans le pays. Et s’il s’agit, au nom du principe d’égalité, d’étendre le mariage civil à tous, alors il serait foncièrement discriminatoire d’en interdire véritablement l’accès à tous : à ceux qui vivent le « polyamour », mais aussi aux parents et aux enfants qui, insatisfaits de leurs seuls liens de filiation, voudraient passer à l’étape suivante.

Barbarin n’a rien inventé, lorsqu’il évoque la revendication d’une ouverture plus large du régime matrimonial. Marcela Iacoub écrivait, par exemple, en mai 2012, une tribune dans Libération affirmant que le « mariage gay » était bien la « moindre des choses » et que la « conjugalité pourrait être ouverte à plus de deux personnes ». À la même époque, l’ensemble de la presse française nous servait le concept de « trouple » comme sur un plateau…

Le grand tort de Philippe Barbarin – il nous récitera dix Ave, trois Pater pour la peine – est donc de lire simplement la presse et de se tenir informé des débats de son temps…

Et la grande presse, si oublieuse des articles qu’elle a écrits la veille, a fondu sur Barbarin comme la vérole sur le bas-clergé. Le 14 septembre, l’AFP envoie une dépêche titrée : « Le mariage gay ouvrirait la voie à la polygamie et à l’inceste, selon le cardinal Barbarin ». Tous les médias reprennent l’info. Dans les réseaux sociaux, c’est l’avalanche. Bientôt, certains passent du conditionnel à l’indicatif. Le personnel politique s’en mêle. Bertrand Delanoë dit élégamment du cardinal qu’il a « pété les plombs ». Seule la Lyonnaise Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement et ministre des Droits des femmes, se refuse à participer à la curée de cet homme qu’elle connaît bien.

France Info : la désinformation en continu

Dans les médias, le pompon revient à France Info. La station d’information continue dénonce « le mensonge du cardinal Barbarin » et titre, sur son site, un articulet : « Mariage gay : le cardinal Barbarin pris en flagrant délit de mensonge. » La faute de l’archevêque de Lyon ? Il vient juste d’oser dire que ses « propos avaient été mal reflétés ». Après explications, France Info modifie son papier, mais le titre initial reste dans l’url de l’article.

Barbarin expérimente alors lui-même ce que l’apôtre Jean nous décrit dans l’épisode de la femme adultère et que René Girard a magnifiquement théorisé comme une structure anthropologique fondamentale : l’emballement mimétique… Sitôt que la première pierre a été lancée, les autres suivent. Une véritable contagion opère, encouragée par la fainéantise native de certains journalistes qui passent le clair de leur temps à recopier le voisin sans se poser de questions et par les réseaux sociaux qui peuvent souvent devenir l’exutoire de la médiocrité. Le rythme s’accélère, les lanceurs se copient les uns les autres, les projectiles deviennent de plus en plus gros : le cardinal finit à passer aux yeux de tous pour un répugnant homophobe…

Credo quia absurdo…

Or, dans cette même émission de RCF, Philippe Barbarin se livre à une assertion assez extraordinaire : « À l’intérieur de l’Église, je dis souvent aux personnes qui ont des désirs homosexuels ou des tendances : vous avez votre place, on a besoin de vous ! Si ça se trouve, vous construisez l’Église bien mieux que moi ! »

Raisonnons, comme Tertullien avait la foi, par l’absurde. Si l’on appliquait à cette phrase le même déchaînement médiatique et les mêmes déformations sémantiques dont les autres déclarations du cardinal ont fait l’objet, on aboutirait à des titres déconcertants : « Selon le cardinal Barbarin, les évêques sont vraiment des minables à côté des gays », « Discrimination positive. Le cardinal Barbarin veut réserver l’accès à la dignité épiscopale aux seuls homosexuels ».

Fort de sa déontologie, France Info pourrait même annoncer au monde la nouvelle : « Le cardinal Barbarin a eu une révélation : Dieu préfère les homosexuels ! » Quant à Têtu, rien ne l’empêcherait de faire sa une sur un magnifique : « Dieu est homo ! »

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12 Réactions à "Mariage gay. Barbare 1 / Médias 0"

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    Jibitou 22 septembre 2012 (15:06)

    Bien vu. Mais finalement, j’y vois un mal pour un bien. Les masques tombent : ceux qui nous disent que les Français sont pour (et donc qu’il n’y a pas besoin de débat), ceux qui déjà ne se contenteront pas de la simple adoption, …

    Ils (le lobby gay, Jean-Luc Roméro, …) essayent de tuer dans l’oeuf toute discussion, tout débat. Espérons – et je crois que la cathosphère peut jouer un rôle, avec d’autres – qu’on osera poser le problème dans toutes ses dimensions.

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    René MALKA 22 septembre 2012 (16:26)

    Très bel article et raisonnements consistants.
    Bien au delà du débat sur le mariage gay cela pose le problème grandissant d’un journalisme de manipulation de masse. Comme avec cette énorme et récente supercherie concernant cette étude française sur les OGM amenant la plus part des médias à les qualifier de poisons. Je serais bien curieux de savoir ce qui se dit actuellement sur de tels sujet dans les écoles de journalisme entre professeurs et élèves…

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    Voilà LeDébat 22 septembre 2012 (16:37)

    Il est où le débat quand dans l’entreprise on me répète à tour de rôle, malgré mon coming-out, et comme si on cherchait à me convertir de force : « Mademoiselle, il est où votre mari? Comment ça vous n’êtes pas mariée? » Le vrai problème c’est l’asservissement de la femme au système ; il faudrait que j’aie un mari, qu’il gagne plus que moi, et que je lui ponde 2 gosses, là la société serait béate, et moi je serais juste une hystérique de plus. J’ai failli l’être ; mais j’ai réalisé à temps que je devais aimer les femmes. Qu’on me manque de respect ne me posera pas tellement de problème, cela me fera en tous cas moins de tort que si j’avais persisté dans mon mensonge, si je m’étais mariée, si je m’étais reniée. J’aimerais bien arborer une alliance, pouvoir dire à ces enfoirés que je suis mariée à une femme, là ils me foutront enfin la paix. Cependant! Las, ce qui agite la sphère, c’est que deux mecs – qui gagnent donc plus qu’un couple hétéro – puissent procréer par insémination dans des ventres qui ne sont pas les leurs et qu’ils payent. Ah. Le salaire matrimonial ne doit pas se voir. Ca n’est pas élégant.

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    Tibor Skardanelli 22 septembre 2012 (17:50)

    Je crois que c’est effectivement une question d’emballement mimétique, les écoles de journalisme ne doivent pas trop se soucier d’un obscur Girard lui préférant un Bové en pleine lumière médiatique.

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    Tibor Skardanelli 22 septembre 2012 (17:51)

    Le dernier commentaire s’adressait à René.

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    Thidal 23 septembre 2012 (08:58)

    « Voilà le débat », vous vivez sur quelle planète ?? Je pose sérieusement la question parce sur le planète terre, sur le continent Europe, dans ce pays que l’on appelle France, où j’habite, il y a de moins en moins de gens mariés, pas plus qu’il n’existe de norme sociale en la matière, c’est même peut-être la qu’est le problème ! Le président de la république lui-même vit à la colle avec sa « compagne »… Chose absolument inouïe il y a encore quelques décennies et qui n’est quasiment même pas relevée aujourd’hui !! Alors arrêtez un peu avec votre paranoïa !! Personne ne vous oblige à vous marier !

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    L'Ours 23 septembre 2012 (10:52)

    Je l’ai dit dès le premier jour, les paroles étaient tirées de leur contexte. Il y a avait une discussion globale où avaient été avancés les arguments habituels pour le mariage homosexuel. Liberté des personnes adultes, égalité, etc.
    En fait Mgr Barbarin répondait aux arguments qui aboutissaient au mariage homosexuel. En d’autre termes: « si on reprend les arguments pour le mariage homosexuel, alors on peut aussi penser que cela peut mener à… »
    Ce qui n’a rien à voir avec ce que les journalistes et les politiques reprennent.

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    xly 23 septembre 2012 (11:38)

    @RM

    Je ne connais pas les détails de cette histoire, mais ce que je sais c’est que toute le Presse française est alimentée en continu par la propagande de l’A FP., qui est un repaire de gauchistes/marxistes dirigé par un enarque socialiste bon teint qui a écumé jusqu’en 2002 tous les cabinets ministériels socialistes.
    Leurs « informations » sont le plus souvent biaisées. On ne peut leur faire « confiance » , et encore, que pour les chiens écrasés. Toutes les informations à caractère politique ou économiques, sont discrètement ment caviardées.
    L’exemple le plus scandaleux fut le communiqué de l’AFP annonçant l’élection de FH qui n’était qu’un long réquisitoire anti- Sarkozy. Au même moment toute l’Agence sabrait le champagne et en a fait une vidéo qui a été publiée sur Internet.
    Commme avec Internet on peut recevoir les dépêches AFP dans leur jus, on peut constater qu’elle sont reprises littéralement par l’ensemble de la  » presse en continu », télé et radio.

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    DE ZORZI 23 septembre 2012 (19:36)

    Vive le courageux Mgr Barbarin, le critiquer c’est vouloir changer la religion catholique. Le mariage c’est depuis longtemps l’union d’un homme est d’une femme, pour d’autres unions inventez d’autres mots. Naturellement la poygamie (polygynie et polyandrie) devrait légalement au nom de l’égalité passer avant les désirs homosexuels.

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    descos 30 septembre 2012 (11:21)

    Content de retrouver cet esprit frondeur que je suivais régulièrement sur le Causeur. Je le pense vraiment, les vrais rebelles d’aujourd’hui sont les catholiques.

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    Lisa 30 septembre 2012 (18:36)

    Descos, nous sommes deux.
    Le tort de Barbarin est d’être catholique.

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    Patrick 30 septembre 2012 (23:24)

    Pour information, voici une prise de position du CNEF (Conseil national des Evangéliques de France) :
    Mariage entre personnes de même sexe et homoparentalité :
    un mauvais choix de société
    .

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