Londres 2012. Last and least !

Londres, jeux paralympiques.

L’après-JO en Grande-Bretagne : il va y avoir du sport !

Dimanche 9 septembre, le rideau est tombé sur la XXXe olympiade après une ultime cérémonie presqu’agaçante à force de professionnalisme, d’humour décalé et d’émotion sans pathos, il faut bien le reconnaître. On peut mettre les Jeux où on voudra, mais ouvrez-les et fermez-les toujours à Londres ! On se souviendra longtemps de Her Majesty sautant en parachute sous le regard impassible de Daniel Craig ou de mister Bean massacrant les lancinants chariots de feu (ta ta ta ta ta ta), qu’on aura ensuite entendus juste dix mille fois.

Pour l’ambiance et la liesse en ville, par contre, on repassera. Rarement cité olympique fut plus amorphe. Restaurants et hôtels déserts, théatres vides, métro tout à fait normal (au grand soulagement de ceux qui bossaient), peu d’ecrans géants… Affolés par des prévisions catastrophiques, les londoniens et les 300 000 touristes estivaux habituels avaient fui, remplacés peu avantageusement par une centaine de milliers de supporters invisibles.

Jeux olympiques. Londres, ville morte

Ville morte mise à part, le « Glorious Summer » du Royaume-Uni cousu d’or par la grâce d’athlètes parfaitement au point (250 millions de livres la préparation tout de même), les sites olympiques somptueux réalisés après des travaux pharaoniques sur un emplacement pollué à l’arsenic et jamais déminé depuis le Blitz, une organisation exceptionnellement huilée et inaltérablement souriante, une sécurité discrètement omniprésente, n’en jetez plus, ont dissous les réserves des plus sceptiques. Initialement pourtant plutôt réservé, mais bien chauffé par le jubilée de HM et une presse délirante, le pays s’est roulé voluptueusement dans la ferveur patriotique, tous derrière Team GB, Union Jack au vent.

Au rancard les différends politiques ! Pour avoir brandi l’épouvantail épouvantable d’une grève à l’aéroport d’Heathrow, les agents chargés du contrôle de l’immigration se sont vus vertement tancés par le Labour et son chef, Ed Miliband. JO sacrés grande cause nationale. Quelques 2,5 millions de livres plus tard débloqués pour permettre l’embauche de personnels supplémentaires temporaires, les aéroports furent parfaitement fluides… On se demande néanmoins comment, les jeux terminés, l’agence chargé du contrôle pourra demeurer aussi efficace avec un budget très amputé…

Entre étonnement amusé et léger agacement, le spectateur objectif déplorera que les prestations des athlètes locaux aient suscité des rugissements de sauvages qui ont pu parfois limiter l’intérêt des épreuves et gêner leurs adversaires. La lecture de la presse anglaise relatant des jeux britanniques et non olympiques le fera sans doute sourire, à tel point que Mark Thompson, directeur de la BBC, dut demander à ses troupes de mettre la pédale douce sur l’enthousiasme frénétique. Des Jeux à Paris auraient probablement provoqué les mêmes manifestations chauvines, il y a longtemps que l’essentiel n’est plus d’admirer l’exploit sportif sublime mais de voir gagner ses compatriotes. Il suffisait pour s’en assurer de jeter un œil sur les programmations de France Télévision qui ont superbement ignoré toutes les compétitions French-free.

Des scandales poussés sous le tapis

Au même spectateur (ou spectatrice) qui s’étonnait des stades et arènes étrangement à moitié vides alors qu’obtenir un ticket relevait du miracle, on répondit superbement que des milliers de places avaient été attribuées aux comités olympiques locaux qui étaient responsables de leur vente… C’est sûr, le COS (comité olympique syrien) ou le COA (son équivalent afghan) n’ont pas dû écouler beaucoup de billets. Pourquoi ne pas les reverser sur un second marché à un prix abordable cette fois pour contenter le plus grand nombre ? Trop compliqué. Well, well, well.

Poussé sous le tapis lui aussi le scandale G4S, du nom de l’agence très privée chargée de la sécurité. Malgré un budget doublé en cours de route, l’officine avait largement sous estimé le nombre d’agents nécessaires, obligeant le comité d’organisation a faire appel en catatrophe à 3500 soldats deux semaines avant l’ouverture. Quand on sait qu’un tiers s’est finalement perdu dans la nature, qu’un nombre certain présentait des casiers judiciaires garnis, que d’autres ne parlaient ni ne comprenaient l’anglais et que last but not least, deux engins explosifs factices avaient été oubliés lors d’une simulation dans le parc olympique, on comprendra que des comptes aient été réclamés devant le Parlement à la ministre de l’Intérieur Theresa May et à sa bande de pieds nickelés grassement rétribués. Mais le débat s’est déplacé vers les réductions des effectifs militaires et G4S fait le dos rond. Après tout, pas un pétard mouillé, pas une alerte, que demander de plus ?

Et déjà les appétits s’aiguisent. Qui va récolter les royalties du triomphe ? Le mieux placé semble être Boris Johnson, le maire de Londres. La trève olympique a certes ralenti la vie politique britannique, mais les difficultés s’accumulent, c’est un euphémisme, pour David Cameron. Il a eu beau payer de sa personne, mouiller la chemise, donner ses rendez-vous au stade (François Hollande notamment), organiser pendant toute la durée des jeux une conférence mondiale pour encourager, pour supplier à genoux les entreprises étrangères d’investir au UK, appeler les Brits à s’appliquer le très exaltant message olympique « Pour réussir, il faut faire des sacrifices »… et surtout donner des gages à son aile droite dans un mini-remaniement hautement symbolique, pas sûr qu’il soit suivi. La coalition vivote, les conservateurs s’agitent et la City grogne.

Boris Johnson, c’est maintenant ?

Seule la reprise économique pourrait le sauver. Ce qui est loin d’être gagné. Le PIB a baissé de 0,7 % entre avril et juin, la production industrielle est en berne, la pire depuis trois ans en juillet. Parmi les réductions budgétaires prévues, les dépenses sportives sont dans le collimateur, ses adversaires sauront le lui rappeler… Une Team GB étique va-t-elle se présenter à Rio ? Les enfants des écoles publiques devront-ils se passer d’EPS ? Les JO sont bien finis, le job a été fait et bien fait, retour à la case réalités. Feu de paille, vous avez dit feu de paille ?

Tout auréolé de ce qu’il présente naturellement comme un succès personnel, les dents poussent au très flamboyant et excentrique maire de Londres qui se voit déjà à la tête des Tories. Avec cette délicatesse innée qui le caractérise, il a estimé avoir gagné assez d’or « pour rembourser la dette grecque » et conseillé au président de la République de « le mettre dans sa pipe et de le fumer »…

Farouche anti-européen et protecteur assumé de la City, des homosexuels et des immigrés, cocktail plutôt détonnant, Johnson donne des cauchemars au Premier Ministre. Surfant sur la vague olympique, ses petits camarades pourraient bien lui préférer ce conservateur authentique sous ses airs de foldingue, si c’est lui qui les mène à la victoire.

Reste que les 4700 médailles distribuées aux Jeux risquent de lui coûter très cher. Treize milliards d’euros contre trois prévus initialement, voire vingt-neuf si on prend en considération les services publics associés, police, armée… Le contribuable brit après avoir beaucoup fêté « ses » victoires pourrait bien rire jaune à la présentation de la facture. Le rapport qualité/prix et le retour sur investissement, mis de côté pendant l’été, vont se rappeler au bon souvenir des supporters. Johnson n’a pour le moment qu’un petit orteil à Downing street.

Les athlètes français n’ont ramené « que » 11 médailles d’or contre 29 à leurs voisins, mais notre budget national ne mettra pas trente ans à s’en remettre. Lui.

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5 Réactions à "Londres 2012. Last and least !"

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    a2lbd 11 septembre 2012 (09:54)

    Diantre un Wickfiled ! Je croyais que son clavier avait été arréché et ses mains coupées.

    Excellent néanmoins. Merci, chère Agnès de cette délicieuse carte postale de chez nos cousins grand-bretons !

    Chirac fut sans conteste l’un des pires dirigeants que la France connue mais il réussit le tour de force de nous éviter des JO dispendieux. Ces JO ne sont plus devenus qu’une énorme machine à cash pour les gérontes du CIO.

    Enfin peut-être que Londres pourra récupérer une partie de l’investissement en louant à Chelsea le parc Olympique.

    Les JO d’Atlanta et de Los Angeles, seuls à avoir connu un retour sur investissement positif le purent en grande partie car les stades étaient à la suite loués à des équipes de baseball ou de football américains.

    En Europe bizarrement, on construit des stades sans derrière ne songer à ce qu’ils deviendront. Ainsi à Barcelone, Athènes ou les équipements restent désespérément vides. Quid de Londres ? On attend un nouveau Wickfield pour nous renseigner !

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    Stéphane Mortimore 11 septembre 2012 (09:55)

    oh ! welcome nice to see ya !

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    Stéphane Mortimore 11 septembre 2012 (10:05)

    ah bon Stratford était plein d’arsenic et de vieilles bombes ? J’y ai trainé en 2008 c’était assez zone mais très londoniens, enfin cockney/paki moi j’aime bien.

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    rackam 11 septembre 2012 (15:39)

    Cassandra Wickfield is back! David cover your…

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    Nuageneuf 12 septembre 2012 (14:23)

    Agnès Wickfield, le retour !

    Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Agnès Wickfield sans jamais oser le demander.

    Agnes Wickfield is an angel. We know it because David tells us so, like, a million times. But she also shows it through her appearance and behavior. We first encounter Agnes when David moves to Canterbury to go to Doctor Strong’s school. David winds up living with Miss Betsey’s business partner, Mr. Wickfield. The person who keeps Mr. Wickfield’s house is his young daughter Agnes, who is so patient and wise that everywhere she goes, she seems to shoot out rays of calm and contentment. She’s just – perfect. And because David is a fool, he notices that she is perfect but doesn’t think to marry her until the end of his life…

    Aussi, à défaut d’avoir « an angel in the home » avons-nous désormais l’immense privilège de pouvoir lire ses billets réjouissants !

    A tous : ENJOY !

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