Lettre d’automne

Le vent souffle dans les collines et fait tomber les pommes. Le premier feu dans la cheminée pour réchauffer mes vieux os s’allume à la lavande sèche et parfume la maison. La chatte a pris ses quartiers d’hiver sur l’édredon (lever à 15 heures pour la nuit). Et voilà que ce faux-nez de Morasse me rattrape alors que je rentre du marché. Il m’assaille pour me dire qu’il y a un problème sur facebook et qu’un « trouduc » d’Internet utilise les exhibitionnistes pour faire de la publicité à sa grosse entreprise de caftage. Qu’y puis-je ? Je refuse les résosocios. Ce n’est donc pas pour m’en mêler… On m’avait forcé à touiter. J’ai détruit.

Mon ami le « petit caviste » (il est vraiment « petit » et son copain dans la vie l’a baptisé « bas cus », avec une faute d’orthographe et un peu de regret dans la voix) rentre des vendanges en Languedoc. Comme il y a mille raisons d’aimer les vins de cette région, j’ai pris un abonnement pour l’hiver. Une bouteille bien choisie par semaine (surtout ni Magrez ni Depardieu : ceux-là finissent à l’évier) ça nous mène à une trentaine d’ici l’année prochaine. Je vous en parlerai si Monsieur Miclo veut bien. En attendant je vais vous ennuyer avec le pays du phylloxera, histoire de dénigrer.

À la bonne choucroute !

De mon marché, je rapporte une livre de bonne choucroute fraîche que je vais me servir avec une paire de saucisses idoines, un morceau de lard (pas fumé, ça tue le goût) et une « buñuel » de foie. Je sais, les Alsaciens, m’en voulez pas… c’est pas orthodoxe mais ça me plaît comme ça. Le lendemain, je me ferai un ragoût de travers de porc avec du chou-rave frit coupé en rondelles et bien roussi. Et je servirai à ma femme un ou deux filets de sole avec des pommes vapeur. Pour la choucroute et le travers de porc, je resterai sur un pinot gris de Sigolsheim (je donne pas les adresses, mais il ne vient pas de chez le sire de Schwendi). Comme c’est aussi la saison, les moines irlandais m’ont laissé un munster très puant. Je le préfère, même à l’odeur, au « curé nantais » que me vante régulièrement « ma » pétulante crémière.

A propos d’Irlandais… c’est grâce à eux que j’ai obtenu ma meilleure bouteille de Daumas-Gassac, un vin sublime élaboré par un grand seigneur de la viticulture, Aimé Guibert. Si vous ne l’avez pas vu dans Mondovino, le Guibert, courrez vous acheter le DVD. Les m’as-tu-vu de l’œnologie moderne sont des nuls à côté. C’est comme pour la peinture, je ne vais pas au-delà de de Staël. Pour le vin, je m’arrête à Emile Peynaud (pour la théorie), Raymond Dumay (j’ai déjà dit), de Villaine, Henri Jayer et les Ramonet (pour la Bourgogne)… je ne les citerai pas tous, mais faut bien commencer par les vins mythiques. Bref, les Chinois peuvent passer.

Le dernier Jim Harrisson

Je ne sais pas si vous avez jeté un oeil (vaut mieux les deux) sur la « rentrée littéraire ». J’ai rempli un panier chez Cathy, ma bonne libraire de Lagny. Dans le tas, j’ai fait confiance, j’ai saisi le dernier Jourde (mais Morasse vous a dit, je crois)… Morasse va me donner le Jim Harrisson dont j’ai juste eu le temps de lire quelques pages : un flic marche à reculons tellement le vent est fort sur sa plage du Michigan, près de Marquette… et le cul des filles est rose et joufflu. J’ai décidé de recenser les recettes de cuisine annoncées et, vu l’état dans lequel s’est mis le grand Jim, de réduire ma consommation de whisky (le flic s’en tape deux pintes les jours de cafard… pétard !) Pour le whisky, c’est encore le Green Spot (pur irlandais) qui a ma faveur. Faut pas vous gêner…

Où en étions-nous ? Ah oui, à la sortie de la rentrée (quoi ? quelque chose cloche ?). Je ne vous ai pas parlé de Millet et je n’en parlerai pas vu que c’était encore l’été et que je trouve que ce gars-là « sur-écrit un peu trop », comme dit Morasse. N’empêche, Madame Ernaux s’est prise pour Jeannette Vermeersch ou pour Simone (de Beauvoir), faut voir… ça me replonge dans les années 50 et 60 du siècle dernier lesquelles, lorsque vous étiez liés à la Grande Maison « de Blanc », vous ont fait rater tout un tas de bons et braves gens. Remarquez, il y avait la guerre : l’Indo et l’Algérie. Et on pensait autrement. Ce que les petits commissaires d’aujourd’hui ont complètement oublié, sauf pour dire des conneries et commander des pelotons d’accusation. Moi, j’avais appris à démonter et remonter un FM en un temps record. Pareil pour la 12.7… Et le « bazooka » ? Ah ! le « bazooka » !!! N’empêche, à Saumur (enfin à Fontevraud, au champ de tir) j’ai failli emporter la tête du capitaine instructeur avec un obus de mortier – comme un con, je venais de lui dire : « Mon capitaine… i fait long feu ! » Je m’en excuse encore aujourd’hui auprès de ses enfants.

A propos des « années 60″ (les « sixties » comme on disait chez Larousse en préparant le volume consacré aux-dites années, l’hiver dernier), je vous conseille le numéro 171 de la revue Le Débat qui prouve que tout n’est pas mauvais chez Gallimard. On y parle sans dénigrement aucun (c’est pas comme ici, sur tak.fr – bisous) de « l’année présidentielle » et spécialement des « années 1960 : sous le signe de la théorie », avec en tête deux très bons papiers : celui d’Antoine Compagnon et une longue interview de Pierre Daix – et un petit carton de Philippe Solers… Mais ne manquez pas non plus l’excellent article de Bruno Le Maire : « Pour un renouveau de la droite républicaine ». Chez nous, on aime bien Bruno Le Maire. Il y a bien longtemps, il a évité un « coma éthylique » à quelqu’un qui nous est cher.

Voilà, que le Bon Dieu patafiole les barbus.

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2 Réactions à "Lettre d’automne"

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    Tibor Skardanelli 27 septembre 2012 (16:00)

    Pas juste ! C’est la chaudière que j’ai allumé, je ne peux plus boire de vin ça me fait mal aux épaules et ça fait cinq jours que je passe le plus clair de mon temps sur un foutu bug.

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    rackam 27 septembre 2012 (21:03)

    En tant que fan de « curé nantais » je suis indigné.
    J’en ai l’Hessel moite.

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