L’essence de l’omnipotence

Promesse de campagne ! La chose est sacrée, même quand elle est impossible ou nuisible. Les promesses de campagne ne sont que des promesses. Souvent stupides, souvent irréalisables. Ainsi la tranche d’imposition à 75 % qui, en raison de son caractère évidemment confiscatoire, ne sera qu’une contribution exceptionnelle et transitoire qui ne rapportera pas un fifrelin. Elle ne concerne que 2000 contribuables. Il aurait été plus intelligent d’instituer des tranches à 50 % ou 55 %. Cela aurait été plus juste et surtout plus rentable.

Ainsi des loyers : il est impossible et économiquement contreproductif de les bloquer. Alors, on a bricolé un truc boîteux sur l’augmentation en cas de relocation, ce qui ne concerne que peu de monde et qui est difficile à prouver. Mais le gouvernement et Cécile Duflot en ont fait leur miel. Tout cela finit dans les effets de communication, guère différents de ce que faisait le gouvernement précédent…

Ces bloqueurs de prix qui débloquent…

Idem pour le blocage des prix de l’essence. Pendant trois mois. Promesse de campagne, donc parole sacrée, et comme la pression était grande, il a fallu agir sans délai en mettant à mal le droit. Pour changer la fiscalité, il faut une loi, histoire d’éviter qu’un gouvernement ne se mette à abuser… On ne connait pas le détail du montage. Mais apparemment les compagnies pétrolières ont été priées de mettre la main à la poche et de faire l’avance en attendant une loi. Une fois passés les trois mois, les carburants continueront d’augmenter, puisque le pétrole augmente à mesure que l’euro baisse.

Un plein de cinquante litres par semaine sur trois mois, cela va représenter 36 euros. De quoi en effet faire repartir vers le haut le pouvoir d’achat. 36 euros, tout ça pour ça. Personne n’y croit, pas même les bénéficiaires qui vont avoir l’impression que l’on se fout d’eux. Tout cela est petit bras, penaud, assez mesquin. Quoi qu’en pense notre Président, traiter les gens de cette manière faux-cul et condescendante, est tout sauf normal…

Gouvernements dealer, électeurs drogués

Lionel Jospin disait un jour que le gouvernement ne peut pas tout faire, il avait mille fois raison. On pourrait compléter en disant qu’un gouvernement ne doit pas tout faire, sauf à mettre la zone dans le budget et à se décrédibiliser toujours plus. On se souvient que Jospin s’était fait allumer méchamment et stupidement par la gauche généreuse, celle qui défend l’omnipotence de l’État. Suffit de vouloir, et après nous le déluge…

Ce mythe de l’omnipotence de la politique et de l’État est malsain au possible, parce qu’il entretient des relations dangereuses entre la politique et les citoyens. Des relations de dealer à drogué. Les citoyens lambda sont entièrement déresponsabilisés et, pour eux, tout demander à l’État devient une seconde nature. Bien sûr, jamais un élu ne démentira la possibilité de faire. Cyniquement, il dira dans son for intérieur qu’il s’en fout, puisque dans tous les cas ce sont les demandeurs, qui sont aussi contribuables, qui vont payer. Comme n’importe quel addict est prêt à payer très cher sa seringue quotidienne.

C’est de cela que meurt la démocratie, c’est de cela que meurent les pays. Car cette attitude révoltante n’est que du clientélisme. On a vu ce que cela a donné en Grèce.

Les promesses de campagne sont donc désormais des paroles sacrés, aussi infaillibles que les bulles du pape. Plus personne n’y croit, les électeurs entretemps sont devenus plus intelligents que les politiciens. Heureusement… Il ne faudra pas s’étonner que ce Président et son gouvernement soient en chute verticale dans les sondages. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils l’auront cherché.

Promesses électorales, pratiques de petits comptables, pratiques d’épicier. J’attends, mais cela risque de durer, qu’un candidat me dise qu’il ne fera qu’une seule promesse de campagne, celle de ne pas prendre ses électeurs pour des imbéciles !

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5 Réactions à "L'essence de l'omnipotence"

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    Tibor Skardanelli 29 août 2012 (08:59)

    Mais que vous a-t-il fait ce pauvre Sarkozy ? Il a justement essayé d’avancer sur le fond : retraites, universités, impôts. Il n’a pas provoqué la crise tout de même, je vous lis, je suis d’accord avec vous et je n’arrive pas à croire que votre détestation de Sarkozy vous a fait voter pour ce type. Nous savions bien ce que ça allait donner.

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    Stéphane Mortimore 29 août 2012 (09:06)

    tout à fait d’accord sur l’idée que le mythe de l’omnipotence d’un gouvernement est malsain. Il est non seulement malsain mais en réalité assez infantilisant pour se demander s’il n’est pas de l’intérêt des politiques (enfin de leur majorité) de perdurer ce mythe. Quand Sarkozy hurlait qu’il irait chercher la croissance avec les dents ou qu’il serait le président du pouvoir d’achat, il jouait sur cet omnipotence infantile et mythologique, et elle l’a fait élire, comme d’ailleurs elle fait élire toutes ces belles cravates sur la foi de promesse de campagne. Ici nous avons un gros problème, nous croyons encore à l’homme providentiel et à l’omnipotence de nos politiques. De facto les citoyens ne se prennent jamais en main, et quand on nous annonce un énième plan de rigueur, nous ne remettons jamais en question nos politiques, à part à discutailler comme nous le faisons tous au café du commerce. C’est une théorie, mais je crois que De Gaulle nous a donné de mauvaise habitudes à ce sujet à nous tenir la main et à se présenter comme l’homme de la providence. Un vieux mythes francais depuis Napoléon. Au reste, fort de cette certitude d’omnipotence nous avalons toutes les couleuvres, tout en sachant parfaitement que s’en est. Il serait que ce pas grandisse.

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    Stéphane Mortimore 29 août 2012 (09:07)

    pardon : « il serait temps que ce pays grandisse »

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    Stéphane Mortimore 29 août 2012 (09:10)

    si c’est à moi que ca s’adresse Tibor, je n’ai pas voté du tout, je fais grève jusqu’à ce qu’ils bossent et arrêtent de parler.

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    Tibor Skardanelli 29 août 2012 (09:35)

    Non, non, Stéphane c’est à Gérard que je m’adressais :)

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