Les vœux du proviseur

On nous avait tous invités dans le gymnase pour la cérémonie des vœux du proviseur. Quand on a vu arriver Monsieur Fabius, le prof de sophrologie, et Madame Lebranchu, la prof de kung-fu, on a cru qu’on avait mal lu et que c’était la cérémonie des vieux. Agnan a pleuré parce qu’on lui a dit que le vieux est l’ennemi du bien.

Alors on était là, en rangs, et tandis que nous randonnions, les corps constitués sont entrés. Clotaire dit que ce sont des personnes qui ont des durillons à force de rester debout. A voir leur âge, on n’est pas sûrs qu’ils auraient réussi à se relever si on les avait assis. Monsieur Giscard, un ancien proviseur (qui a le même coiffeur que monsieur Fabius) était pâle comme une touche d’accordéon. Monsieur Chirac avait l’air d’avoir pleuré, ça lui faisait une tête de veau. Monsieur Bel qui n’a pas encore trouvé de coiffeur, semblait tout intimidé, on aurait dit un enfant, comme un baby Bel. Monsieur Bartolone souriait. Clotaire dit que c’est mauvais signe, qu’il aurait mieux fait de garder la Chambre.

Le surgé, Monsieur Ayrault, dormait sur son siège éjectable. Il avait dû relire son discours… Alceste en a profité pour dégoupiller un seau de pop-corn qu’il appelle Baff, et il le mérite bien.

L’entrée du proviseur Hollande

Quand le proviseur est entré, personne ne l’a remarqué, sauf ceux qui étaient à sa droite que sa cravate chatouillait en passant. Il est monté sur l’estrade, grâce à un astucieux monte-charge miniature.

Il a souri puis balancé des « euh », ce qui a fâché Hilaire qui n’aime pas qu’on gâche la nourriture. Ensuite on n’a rien compris de ce qu’il a dit. Ce qui, a affirmé Alceste, est bon signe, c’est la preuve qu’il est en forme. En tout cas, Monsieur Hollande avait l’air à la fois surpris et ravi d’être là, même si on l’avait visiblement tiré par la manche droite pour y arriver.

Son discours a endormi la majorité, énervé quelques-uns et, moi, il m’a inquiété. Il a dit qu’on aurait une année 2013 difficile, alors qu’il avait promis le contraire. Alceste a craint pour les quantités à la cantine. Puis Agnan s’est mis à pleurer parce qu’Alceste est méchant quand il ne mange pas assez, c’est-à-dire beaucoup et tout le temps.

Après le proviseur, c’est Monsieur Valls qui a pris la parole, en tant que maire d’une cité dortoir, c’est normal. Il a encouragé les blousons noirs à brûler des mobylettes dans la cour, probablement parce qu’on allait moins chauffer les classes. Alceste a dit qu’il fallait manger plus gras pour se tenir chaud. Clotaire pense que la devise de Valls, c’est « dura lex, solex ». Madame Taubira préfère le Vélib, c’est-à-dire la pédale en accès libre. Avec PMA (pédalage mécaniquement assisté).

On n’avait déjà pas eu un 2012 facile-facile, mais ça allait être pire l’année prochaine et le proviseur aurait de plus en plus de mal à dire que c’est de la faute de son prédécesseur. Mais il trouvait toujours des ennemis pour excuser ses boulettes (pas celles qu’il a engouffrées en grande quantité à Rungis, où il était allé rendre visite aux métiers de bouche, probablement pour apprendre à fermer la sienne).

Le proviseur Hollande a bon appétit

Quand le buffet a été dévoilé (ils ont allumé les néons de la cantine), on a rigolé parce qu’il n’y avait rien sur les nappes brodées, sauf Agnan qui n’aime pas les nappes au néon. Alceste a dégainé une barre chocolatée enrichie en oméga 3. Clotaire a dit que le socialisme c’était « de moins en moins mais pour tout le monde ». Le proviseur a dit bon appétit, les profs ont applaudi – ce qui a réveillé Monsieur Ayrault qui a crié : « C’est pas moi ! »

Puis on est allé jouer dans la cour, Clotaire a encore défini le socialisme comme ça : « Quand il n’y a plus de pain, il reste encore les jeux. » Abdon était ravi, il n’a pas le droit de manger du pain, sinon il gonfle. Alceste a ronchonné qu’on avait reproché au précédent proviseur de mener son monde à la baguette, mais qu’au moins avec lui on savait où on allait.

Enfin, Monsieur Peillon a sifflé dans une corne de pénurie, le brouillard s’est levé, personne n’y voyait à deux mètres. A peine a-t-on entendu Clotaire murmurer, à propos des nouveaux profs et de la brume : « C’est là qu’ils s’épanouissent. »

3 Replies to "Les vœux du proviseur"

  • avatar
    Tibor Skardanelli 31 décembre 2012 (12:01)

    Mais que faisait le trésorier pendant ce temps, et Monsieur l’aumônier pourquoi ne le voit-on jamais ?

  • avatar
    Lisa 1 janvier 2013 (17:10)

    L’aumônier, à la mosquée pourquoi ?

  • avatar
    Patrick 2 janvier 2013 (08:25)

    « Madame Taubira préfère le Vélib, c’est-à-dire la pédale en accès libre. Avec PMA (pédalage mécaniquement assisté). »
    Rackam, ne seriez-vous pas un horrible homophobe ? Au piquet !

Leave a reply

Your email address will not be published.

UA-33399952-1