Les vacances de M. Hollande (7)

François Hollande

François Hollande

Retrouvez l’épisode précédent.

Il ne restait plus qu’une seule solution à François Hollande : fuir Ségolène Royal et échapper aux foudres de Valérie Trierweiler. Un instant, il songea prétexter quelque fantaisie libidinale pour convaincre la Première dame de passer le reste des vacances dans les combles du fort de Brégançon. La position offrait un point de vue imprenable : de là, on aurait pu surveiller les aller et venues de Ségolène Royal tout en restant à bonnes distances d’elle.

Se prémunir de Ségolène

La cave était une autre possibilité de repli : mais la fréquence avec laquelle Jacques Chirac descendait s’y chercher des bières rendait le refuge trop inconfortable.

L’idée d’appeler Gérard Le Gall, spécialiste des sondages au Parti socialiste, pour lui commander une enquête d’opinion indiquant que les Français était nettement défavorables aux vacances du Président à Brégançon et qu’ils le préféraient à Paris lui effleura l’esprit. Mais la ficelle était un peu grosse.

François Hollande balaya ces idées saugrenues. Il s’était fait une raison : il devait affronter Valérie Trierweiler pour ne pas se confronter à Ségolène Royal. Il prit son courage à deux mains et alla lui expliquer que Jacques Chirac venait d’inviter Ségolène à Brégançon et que, dans quelques heures, l’ex-Première dame serait là.

La joue du Président de la République était encore endolorie. Son officier de sécurité était allé lui chercher de la glace au wagon-bar. Il se l’appliquait telle une compresse sur la joue, tout en regardant défiler le paysage par la fenêtre du TGV. Valérie avait choisi de voyager avec les bagages dans le Hollande Air One. Du coup, la Présidence avait été obligée d’affréter un second avion pour transporter les bagages. François Hollande scruta le ciel, cherchant deux avions se suivant à la queue-leu-leu, poussa un long soupir, puis s’endormit…

Quand il se réveilla, le train arrivait en gare de Lyon. Le président de la République était éberlué par la vitesse à laquelle le TGV avait filé.

– Mais, vous êtes sûr que c’est la vitesse normale ? demanda François Hollande à son officier de sécurité.
– Oui, Monsieur le Président. Vous vous êtes endormis. Du coup, j’ai demandé à ce que TGV ne s’arrête pas à chaque feu rouge.
– Mais je suis un Président normal. Et je ne grille pas la priorité aux autres Français.

Le policier eut beau expliquer que la notion de feu rouge était assez improbable sur une ligne à grande vitesse et que c’était, uniquement pour lui faire plaisir, qu’on s’arrêtait d’habitude tous les dix kilomètres en rase campagne, François Hollande ne voulut rien savoir. Il engueula son officier de sécurité, avant de reprendre son calme pour lui dire : « Vous avez de la chance que je sois une bonne pâte et que je n’aille pas tout raconter à Valérie. C’était la mise à pied vous pendait au nez ! »

La rentrée de François Hollande

Etrangement sur le quai de la gare, personne n’attendait le Président. Il crut distinguer des flashes, il se précipita vers eux. Mais ce n’étaient que des parents qui prenaient en photo, à la descente du train, leurs enfants expédiés depuis un mois en colonie de vacances. « Quand elle n’est pas là, il faut que je fasse tout moi-même », songea le Président. Il téléphona, remonta dans le train stationné en gare, patienta trente minutes, puis en redescendit quand il vit une nuée de photographes et de cameramen affluer devant le wagon.

Il arborait son plus grand sourire. On le pressait de questions. On voulait savoir s’il avait passé de bonnes vacances. Il se contenta d’une phrase avant de monter dans la berline présidentielle : « Moi président de la République, je ne confonds pas la vie privée et la vie publique… Je ne ferai pas de commentaires sur mes vacances : elles ont été normales, car je suis un président normal. Je sais juste une chose : la rentrée, c’est maintenant ! »

La rentrée, oui. Sauf pour Valérie. Elle n’était ni à leur domicile, ni à l’Elysée, ni à Paris-Match. Il la chercha longtemps. Le soir, il distingua des formes étranges dans le parc du palais présidentiel. C’était étrange. Au fur et à mesure qu’il avançait dans la pénombre, les choses se précisaient : une tente se profilait, du linge avait été mis à sécher sur un fil, les cendres encore chaudes d’un barbecue luisaient au crépuscule. Il s’approcha, entrouvrit la tente : elle était là. Elle dormait, épuisée. Le spectacle était charmant.

L’éternité dure cinq ans

Il eut à peine le temps de murmurer : « Bibiche, tu m’as manqué », que des bras l’avaient enserré et le plaquaient fermement à terre. Un hélicoptère éclairait la scène d’un projecteur puissant. Des chiens policiers aboyaient. Une compagnie de gendarmes mobiles se tenait prête à l’assaut. En costume blanc, les bras croisés, un homme surveillait les opérations. « Démantelez-moi tout ça », cria-t-il d’une voix ferme !

– Manuel, qu’est-ce que tu fais ? Tu vas réveiller Valérie !

Le ministre de l’Intérieur se pencha vers François Hollande, dont la figure embrassait généreusement le gazon.

– Mais, François. Qu’est-ce que tu fais dans un campement Rom ? Tu sais pas que c’est illégal ?
– Tu veux m’apprendre mon métier ? Si ça c’est pas un campement illégal…
– Dis à ton gars de libérer son étreinte et je t’explique tout.

Manuel Valls fit interrompre le démantèlement. Avec un petit pincement au cœur, car faire appliquer la loi avec fermeté ne prive pas tout être des sentiments humains qu’il peut avoir.

Les policiers avait déjà déguerpi, l’hélicoptère s’était envolé vers d’autres cieux, les chiens avaient regagné leur chenil, quand Valérie Trierweiler se réveilla.

– François, tu es là ? dit-elle en ôtant ses boules Quiès. J’ai été trop brutale avec toi ce matin… Tu as vu la surprise que je t’ai faite, pour me faire pardonner ? On va passer des vacances normales, enfin tous les deux, seuls. Ce sera camping à l’Elysée !
– Oh, oui, Bibiche. Demain, j’appelle Depardon pour qu’il nous fasse de vraies photos de vacances de Français normaux. Nous vivrons un vrai bonheur normal. Et ça durera éternellement…
– Oui, François, l’éternité dure cinq ans.

FIN

Illustration : Stavrog. Texte : Trudi Kohl.

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1 réaction à "Les vacances de M. Hollande (7)"

  • avatar
    rackam 12 septembre 2012 (14:51)

    Ce que l’éternité va sembler longue!

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