Les vacances de M. Hollande (6)

François Hollande, Jacques Chirac

François Hollande, Jacques Chirac

Retrouvez l’épisode précédent.

François Hollande passa une nuit atroce. Des bruits de burins puis de marteaux-piqueurs avaient résonné durant de longues heures dans tout le Fort de Brégançon. Les murs pourtant épais tremblaient, comme si l’on avait cherché à secouer jusqu’aux fondations de la bâtisse. Puis, quand le vacarme avait paru s’estomper, un épouvantable vrombissement de moteurs lui avait succédé sans interruption. Le Président se décida à aller toquer à la porte de la chambre de sa compagne.

– Bibiche, tu dors ? murmura-t-il.
– Non, François, et toi ?
– Je ne dors pas non plus. Pas possible avec ce raffut. Que se passe-t-il ?
– Va voir. Moi, je dors.

Le Président prit son courage à deux mains et descendit dans la cour. Là, David Douillet s’activait comme un forçat sous la surveillance de Bernadette Chirac. Il suait à grosses gouttes, chargeant de lourds sacs dans des fourgonnettes qui, aussitôt emplies, démarraient en trombe et laissaient la place aux suivantes. C’était un ballet ininterrompu.

– Vous allez enfin me dire ce que vous faites, Madame !
– Une opération pièce jaunes. On vous l’a déjà dit. Vous n’écoutez pas ?
– Des pièces jaunes ? Au Fort de Brégançon ? En pleine nuit ?
– Evidemment. Pendant les deux mandats de Jacques Chirac, nous avons planqué le magot ici. Maintenant, il s’agit de le récupérer. Pas d’inquiétude : encore dix-huit tonnes de pièces de vingt centimes à charger et c’est fini… C’est bon pour l’entraînement du sumo de Jacques.
– Le sumo de Jacques ?
– Oui, enfin, le judoka. Pas très futé, mais une vraie force de la nature. Pour votre déménagement dans cinq ans, je vous le conseille. Rien ne lui résiste.

François Hollande, un réveil présidentiel

François Hollande était remonté se coucher, évitant que Bernadette Chirac ne lui propose de prêter main forte à David Douillet. Le sommeil présidentiel, habituellement normal, fut de courte durée. À 6 heures, la porte de sa chambre s’était ouverte à grand fracas. Dans l’embrasure de la porte, une silhouette connue se découpait.

– Bonjour, Nicolas ! lança Jacques Chirac à François Hollande encore endormi.
– Je ne suis pas Nicolas. Je suis François, Monsieur le Président. François Hollande.
– Oui, oui, tu as raison. Et tu n’es pas venu avec Carla. Oh, ça m’aurait fait plaisir de la voir, la petite Carla. Elle a dû grandir depuis le temps.
– Non, Président Chirac, je suis venu avec Valérie.
– Encore une autre ? Et Carla, elle le sait ? Bien sûr que non… Je comprends… Et Maman, elle t’a pas causé trop de problèmes ?
– Absolument pas. Mais, elle ne nous avait pas prévenu de votre visite.
– Elle n’est pas au courant. Ils m’ont supprimé Derrick à la télé, les cons. Alors comme je m’emmerdais, je me suis dit : Jacques, tu vas aller enquiquiner Maman à Brégançon et nourrir le sumo… Et puis, je voulais te dire une chose, Nicolas. Je t’aime bien, mais je vais nommer Dominique à Matignon. Toi, il faut que tu te réserves pour la présidentielle.
– Mais, enfin, Président, c’est moi le Président.
– Ne grille pas les étapes, Nicolas. Pour l’instant c’est encore moi et l’élection n’est pas jouée.
– Je ne suis pas Nicolas, je suis François Hollande.
– Oui, oui. Habille-toi, Nicolas. On va aller prendre une Piña Colada à Saint-Trop’. Il est bientôt sept heures du matin, faudrait pas manquer l’heure de l’apéro. Elle vient avec nous, Carla ? Parce que Maman, elle n’est pas du genre Piña Colada.

François Hollande avait obtempéré et il s’était retrouvé au petit matin sur une terrasse que ses officiers de sécurité avaient fait ouvrir exprès à regarder Jacques Chirac savourer un cocktail tandis que lui se contentait frugalement d’un Perrier. Des éboueurs ramassaient les poubelles et les noctambules avinés. La mer s’échouait sur le port en clapotis discrets. Rien d’autre ne voulait perturber le silence tropézien. Rien sinon Jacques Chirac qui s’évertuait à dispenser ses conseils à François Hollande.

– Tu vois, Nicolas. Si un jour, tu me succèdes à l’Elysée, eh bien je te conseille de dissoudre l’Assemblée nationale.
– Mais pourquoi vous me dites ça ?
– Parce que c’est très rigolo. Ils te mettent un grand rougeaud tout blanc pour faire le boulot à ta place, et toi tu attends que ça se passe et tu te fais réélire.
– Mais, Monsieur le Président, c’est moi le Président de la République.
– Mais alors pourquoi tu m’appelles « Monsieur le Président » ? Tu n’es pas bien ? C’est Carla qui te fais des problèmes ?
– Mais je suis François Hollande et ma compagne s’appelle Valérie Trierweiler.
– Eh ben, dis donc. Tu fais ce que tu veux. Mais c’est qu’il est plus tout jeune, Konrad Adenauer.
– Je suis François Hollande, hurla le Président qui répondait au même nom.
– Ah, non ! Toi, tu es Nicolas. Hollande, je le connais bien : il est de Corrèze. C’est un petit gros joufflu tout rigolo. Il sortait avec Ségolène Royal, quand je l’ai connu. Je l’aime bien. Elle a de grandes jambes. D’ailleurs, ce serait bien de l’inviter à venir passer quelques jours à Brégançon.

Chirac la menace

Jacques Chirac avait extirpé de sa poche son téléphone portable. Il avait composé un numéro au hasard, tout en sirotant son cocktail à la paille. Il avait discuté de longues minutes avec un inconnu au téléphone, puis il avait raccroché hilare, avant d’appeler son secrétariat qui l’avait directement mis en relation avec Ségolène Royal.

– Elle arrive en fin d’après-midi. Elle se réjouit de me voir, je crois que j’ai un ticket, Nicolas. C’est mon côté mauvais garçon de droite qui leur plaît à toutes, avait lancé Jacques Chirac à François Hollande.

François Hollande ne savait plus où se mettre. Ségolène allait débarquer dans quelques heures seulement. Comment pourrait-il seulement annoncer la nouvelle à Valérie sans que tout le service en Sèvres de la Présidence n’y passât ? C’est sûr, elle le prendrait mal.

(Suite.)

Illustration : Stavrog. Texte : Trudi Kohl.

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3 Réactions à "Les vacances de M. Hollande (6) "

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    szavay 31 août 2012 (09:22)

    De plus en plus palpitant ! Bravo,Trudi !

  • avatar
    Lila-du-29 31 août 2012 (12:20)

    J’adore cette histoire! J’ai déja hâte à la suite!

  • avatar
    Serre 7 septembre 2012 (19:04)

    C est quand la rentrée moi j aime ce genre d humour c est pas méchant et quel plaisir ce genre d écriture je suis prêt à vous donner des commentaires

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