Ikea, de la pierre à la bière

Kamprad

L’homme le plus riche d’Europe est devenu milliardaire grâce à la traite des planches…

Mais qui êtes-vous donc, malheureux mortels, pour ne pas connaître Ingvar Kamprad ? Heureusement, Tak.fr est un grand dispensateur d’intelligence, la crème antirides de vos neurones. Cet homme simple, mais loin d’être stupide, faisait livrer ses commandes chez lui en abrégeant l’adresse des ses parents – il n’avait que 17 ans, en 1943 – Ingvar Kamprad, Elmtaryd (la ferme de papa-maman), Agunnaryd (le patelin des mêmes). Depuis, son adresse acronymisée est devenue sa marque. IKEA.

L’octogénaire est réfugié fiscal en Suisse, parce qu’il en avait marre de payer 120 % de son revenu au fisc suédois. Depuis, plus personne ne paye autant d’impôts au Royaume de Stockholm. Mais comme, quand même, faut pas charrier, IKEA appartient désormais à une fondation néerlandaise, pays où ce genre de personne morale est bisoutée par le fisc. Faut dire qu’avec un chiffre d’affaires de près de 25 milliards d’euros, il vaut mieux avoir affaire avec des percepteurs qui ronronnent qu’avec des pareils qui montrent des dents.

Ikea, de fondation en fondation

Le camarade Kamprad a aussi une fondation au Liechtenstein, qui s’appelle Interogo, qui possédait les droits de la marque. Ikea vient de les revendre à l’autre fondation pour la somme de neuf milliards d’euros. Normal. Il est probable qu’Ingvar Kamprad ne fume pas, mais, si d’aventure il lui en prenait l’envie, faudrait qu’il puisse payer les cigarettes. Alors neuf milliards, c’est rien, Ingvar Kamprad a juste pris quelques précautions, après tout il n’a que 86 ans. Et comme disait Fernand Raynaud, « faut payer l’sel… ».

Le plus drôle, c’est que la fondation du Liechtenstein a prêté de l’argent aux autres pour racheter la marque. Faut être stupide, allez vous me dire, il y avait assez de pognon pour payer cash. Et c’est là que vous me décevez, beaucoup, terriblement. Tiens, j’ai envie de pleurer. Vous êtes juste des petits François Hollande, comme 99 % des Français. Vous n’aimez pas les riches. Et pour vous punir, vous ne méritez pas de devenir riches, stupides que vous êtes vous-mêmes. Sinon vous eussiez compris qu’une dette est une créance et qu’elle permet, dans un bilan, de faire moins de bénéfices, donc de payer encore moins d’impôts. Je commence à croire que vous ne me méritez pas !

Vous comprendrez que Monsieur Ikea soit l’homme le plus riche d’Europe. Tout ça après nous avoir fait hurler de colère et le maudire au moment de monter ses meubles soi-même, et qu’il manque toujours une vis ou un boulon, que les pictogrammes de montage sont aussi abstrusément cons que les noms des pièces de mobilier sont absconces. Niktamerur, enkuledur, vatferfoutrir et autres.

Ikea est une entreprise responsable qui fait du greenwashing en grand. Elle n’a jamais fait espionner ses salariés, elle n’a jamais payé les mêmes avec un lance-pierre à monter soi-même. Elle n’a jamais fait fabriquer ses meubles dans des pays de merde où les ouvriers touchent un salaire de merde pour financer une vie de merde. Jamais ! Ou même, si, peut être, mais on ne dit rien : Ikea nous a bien tirés d’affaire. À défaut d’avoir sauvé mon ménage, Billy a sauvé ma bibliothèque. J’ai vu aussi quelque part que la moitié des bébés d’Europe avaient été conçus dans un lit Ikea. C’est sans doute pour résister au tagada à laWoody Woodpecker qu’il y a un cinquième pied au croisement des deux diagonales du pieu. Faut vraiment tout vous expliquer…

Heureusement, il y a les experts…

Les experts disent que toutes ces grandes manœuvres friqueuses indiquent qu’il y a une restructuration dans l’air. Les experts, vous savez, ce sont ces crétins qui, lorsqu’il fait quarante degrés dehors, vous affirment sentencieusement que le risque de canicule est élevé. Puis ils vous envoient une note d’honoraires. Bref, tout ça c’est pour dire qu’elle a déjà commencé, la restructuration. Après avoir équipé l’intérieur des maisons, Ikea s’occupe des murs et des toits. Kamprad adore parler de toits, c’est connu.

Il existe déjà dans le région de Cologne des maisons témoins individuelles Ikea. On achète et on n’a plus que le frigo à remplir. Mine de rien, à Londres, dans le quartier Est qui a abrité les jios, Ikea construit tout un quartier d’immeubles collectifs et, à Hambourg, les Suédois veulent construire un quartier chic pour bobos chocs et friqués. Tout le monde applaudit. Les Hamburgers seront logés chez Ikea, il y a de la cohérence dans la déchéance…

Ikea, apres le bois, la pierre

Je ne vous ai pas dit encore que Ikea veut aussi construire des hôtels, une vraie chaîne où, à défaut de monter le lit soi-même, on montera l’escalier. Et que l’Empire est à la recherche d’un pays pour abriter le siège social de cette chaîne de dormitoires. Gageons que ce ne sera pas la France de Hollande, mais la Hollande, la vraie, l’amie des holdings et des fondations…

Pour 9 milliards d’euros, je veux bien jouer les experts en restructuration de Monsieur Kamprad. Nous sommes tous fabriqués dans des lits Ikea, ensuite nous trainons nos culs dans des canapés Ikea, mangeons des pizzas surgelées dans des cuisines Ikea. Pour boucler la boucle, il faut désormais que Ikea nous accompagne pour l’éternité. Et qu’on nous vende enfin des cercueils Ikea, à monter soi-même, bien sûr. Cette perspective me réjouit et je m’en réserve un tout de suite, de cercueil Ikea. De cette manière quand les asticots viendront pour me bouffer la tête, ils seront crevés avant, parce qu’ils auront avalé trop de résine phénolique en tentant de traverser les planches…

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4 Réactions à "Ikea, de la pierre à la bière"

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