François Hollande, à la Cour des comptes

François Hollande, à la Cour des comptes.

De l’avis général, la prestation de François Hollande, dimanche soir, au journal télévisé de TF1, était plus que parfaite. Son costume n’était pas froissé, sa cravate tombait droit et il n’a pas plu une goutte sur le plateau. Pour le reste, on comprend mieux pourquoi la première chaîne avait choisi de diffuser, juste après le 20 heures, Sherlock Holmes : ce n’est pas Moriarty qu’il faut retrouver, mais 30 petits milliards d’euros qui manquent au budget de l’Etat si la France veut tenir ses engagements et ramener ses déficits publics à 3 % du PIB en 2013.

« Pdt ch. 36 milliards. Faire offre »

30 milliards ? C’est le montant avancé par le président de la République qui table sur une croissance révisée à 0,8 %. Or, la Cour des comptes annonçait, pour sa part, que c’étaient 33 milliards qu’il nous fallait dégager alors qu’elle tablait sur une croissance à 1,2 %… En réalité, si l’on veut ramener les déficits à 3 % du PIB, c’est plutôt un peu plus de 36 milliards d’euros qu’il faut trouver.

6 milliards d’euros sont donc passés sous le tapis. Mais François Hollande ne les y a pas chassés en faisant la poussière. Ils sont déjà inscrits à la dernière loi de finances rectificative qui, en juillet, abrogeait la défiscalisation des heures supplémentaires et pratiquaient quelques augmentations d’impôts.

En réalité, l’Etat cherche 36 milliards. Il en a trouvé 6. Restent 30 milliards à lever. 10 milliards le seront, nous dit le Président, en réduisant le budget des ministères « non prioritaires » et 20 milliards reposeront sur l’impôt.

Au total, l’effort de guerre reposera donc à ¼ sur la maîtrise budgétaire et ¾ sur l’impôt. Les Français vont morfler. Et ce n’est pas la taxation à 75 % des revenus dépassant le million d’euros qui va rapporter quoi que ce soit : François Hollande a répété que cette mesure était purement « symbolique ».

Mon ennemi, ce sont les déficits

Vu l’état de nos finances publiques, on trouve encore les moyens de se divertir avec un symbole – ça a le mérite d’occuper les enfants, notamment ceux qui se souviennent que notre bon Président « n’aime pas les riches » et que son adversaire c’est la « finance internationale ». Sauf que les riches et la finance, mis à part les pointer du doigt et leur faire porter un bonnet d’âne, François Hollande ne les touche pas. C’est une vieille règle en politique, lorsque l’Etat a besoin d’argent, il s’occupe d’augmenter prioritairement les impôts sur les plus larges assiettes. Ce sont donc principalement les classes moyennes qui vont payer l’addition. C’est un choix.

C’est là où l’opposition devrait bien relire les éléments de langage qui lui sont distribués avant de prendre la parole. On ne peut pas en même temps critiquer la prétendue indécision du chef de l’Etat et la décision qu’il prend. On fait soit l’un, soit l’autre.

Car, en vérité, dimanche soir au 20 heures de TF1, le président de la République a fixé un cap : celui de la réduction des déficits. Ce sera la seule politique qu’il mènera. C’est une sacrée évolution, un retournement complet de situation. Souvenez-vous qu’il y a peu – une éternité, en fait, puisque c’était avant l’été : François Hollande en était encore à défendre l’idée suivant laquelle c’est le retour à la croissance qui permet une résorption des déficits publics. Et on le voyait partir, fleur au fusil, pour gagner Berlin et mater la chancelière Merkel qui, nous disait-on, s’inscrivait dans une orthodoxie budgétaire avec laquelle il fallait rompre.

Or, non seulement, le Président s’est rallié à la règle d’or et au traité européen. Mais il mène en France une politique semblable à celle d’Angela Merkel en Allemagne. Il y a, évidemment, quelques différences : en Allemagne, la proportion de l’effort ne repose pas sur un rapport ¼ de réduction des budgets et ¾ d’augmentation d’impôts. Mais on y viendra bientôt : il suffira que les perspectives de croissance s’amenuisent dans les mois qui viennent pour pratiquer ce que le chancelier Schröder avait initié en Allemagne : des coupes sombres dans les budgets publics.

François Hollande : révolution sur lui-même

En attendant, François Hollande n’est plus le même homme. Il a reporté en 2014, autant dire aux calendes grecques vu les incertitudes économiques qui pèsent sur la France et l’Euroland, l’application du projet pour lequel il a été élu. Celui-ci est ajourné. Le Président de la République est revenu aux fondamentaux et à l’orthodoxie budgétaire.

Revenir au point de départ, on peut appeler ça une révolution. Et j’en vois un, au fond de la salle, qui doit être heureux. Il s’appelle Emmanuel Todd et il clamait, en mars 2012, dans Le Nouvel Observateur : « Je parie sur l’hollandisme révolutionnaire. » S’il nous lit, on lui conseillera de ne pas aller au casino ni même de jouer au PMU : ça ne vaut pas la peine.

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François Miclo est rédacteur en chef de tak.fr

6 Réponses

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    Marie

    Taxons taxons ça a toujours été le langage du PS ! Réduire les déficits il y est bien obligé mais réduire son éléctorat , la Fonction Publique est une autre chose. Et puis après tout si tous les français je dis bien tous devaient mettre la main au portfeuille m^me de façon symbolique , la gauche adore les symboles, ne serait pas une mesure juste , autre mot scie de la gauche?

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    L'Ours

    Hollande a inventé ce que l’on pensait inimaginable et qui s’avère être pire que de ne pas tenir ses promesses: les tenir!

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