Hollande révise l’Histoire
François Hollande au Vel d’Hiv.
Depuis 1995, chaque président de la République s’évertue, à peine élu, à défaire ce que nos institutions ont reçu de leur fondateur. 1995 n’est pas une année anodine : c’est celle de l’accession de Jacques Chirac à l’Elysée. Par un étrange paradoxe, ce fut l’ancien chef du parti « gaulliste » qui porta très certainement les coups les plus rudes à l’héritage du général de Gaulle. Chirac porta les coups les plus rudes à l’héritage du Général de GaulleDu discours du Vel d’Hiv en juillet 1995 jusqu’à l’adoption du quinquennat en 2000, Chirac fit tout son possible pour en finir avec la conception gaullienne de l’Etat et de la France. Il le fit au-delà de toute espérance, puisqu’il se paya le luxe de même abolir ce qu’il restait de morale publique dans le pays…
Son prédécesseur, François Mitterrand, avait bien pris garde de ne pas toucher au corpus idéologique du général de Gaulle, qui réglait assez adroitement la marche de l’Etat, nous racontant également un récit national et fixant nos références sur une « certaine idée de la France ».
C’est que François Mitterrand ne faisait pas, lui, de la politique à la petite semaine – ça lui arrivait –, mais il avait longuement médité Montesquieu et l’idée suivant laquelle les institutions ne relèvent pas uniquement de la simple mécanique organisationnelle, mais doivent toujours épouser les caractères fondamentaux, et pour ainsi dire organiques, d’un peuple.
La France est une idée
L’idée maîtresse du général de Gaulle, celle qu’il porta avec lui à Londres en 1940 et traduisit dans nos institutions en 1958, c’est que la France avant d’être un pays est une idée. C’est l’idée médiévale de la puissance bornée, qui fixe tout à la fois nos frontières et limite l’exercice du pouvoir jusqu’à instaurer l’Etat de droit : « Roi de France est empereur en son royaume. » C’est aussi l’idée que « la France vote la liberté du monde », comme le résume Saint-Just en 1792 et que traduit le général de Gaulle lorsqu’il écrit qu’il existe « un pacte multiséculaire entre la France et la liberté du monde ».
Nous pétons plus haut que notre cul ? Oui, assurément. Mais si le peuple de France (cette belle expression qu’on emploie uniquement pour le barnum électoral et disparaît aussi vite) n’a pas d’étoiles assez hautes à tenter de décrocher, alors il dépérit. Pourquoi ? Parce que nous sommes un pays qui cultive, comme Marc Ferro l’a montré, un singulier appétit pour les déchirements de tous ordres et pour la guerre civile.Nous cultivons un singulier appétit pour la guerre civile Regardons notre histoire : dès qu’il a fallu organiser une Saint-Barthélémy nous nous poussions aux fenêtres pour y participer gaiement. Tous les ferments sont là, en permanence, dans l’histoire du peuple français pour causer sa dispersion. La raison tient à sa nature, à ses origines disparates, comme aux oppositions de passage dont les prétextes ne manquent jamais pour le conduire à sa décomposition et, finalement, à sa ruine.
C’est l’intuition fondamentale du gaullisme : la France n’est pas un pays, elle est une idée.
Si François Hollande avait un peu médité l’histoire de notre pays – il ne faut jamais trop en demander à un énarque –, s’il s’était interrogé sur les raisons qui poussèrent François Mitterrand à couler ses deux septennats dans le moule gaullien, il n’aurait pas prononcé les phrases qu’il a prononcées le 22 juillet lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv. Il parlait d’un « crime commis en France par la France, une trahison de ses valeurs ».
Puis, il rendait hommage à « ces mêmes valeurs que la Résistance, la France libre, les Justes surent incarner dans l’honneur ».
Un peu de logique ne nuit jamais. Même en politique. Si la France, ce sont des valeurs. Alors, ce n’est plus la France lorsque ces valeurs sont reniées et trahies. Une proposition ne peut pas être vraie et fausse à la fois.
Et puis, si le Président pouvait y penser un seul instant, il y a l’histoire… Que fait-il de la Déclaration organique de la France libre, rédigée à l’automne 1940 par René Cassin : « L’illégalité et l’inconstitutionnalité du gouvernement de Vichy tiennent à deux raisons essentielles : d’une part, aux conditions et procédures exorbitantes dans lesquelles le vote du 10 juillet 1940 a délégué au maréchal Pétain les pouvoirs constitutionnels, ce qui ôte à ce vote toute validité ; d’autre part, à la violation des droits du peuple français : en vertu des textes fondamentaux de la République, minutieusement rappelés, les parlementaires disposent du pouvoir constituant, mais ils ne peuvent le déléguer ; de plus, la loi de 1884 édicte que « la forme républicaine du gouvernement ne peut faire l’objet d’une proposition de révision »… La Déclaration affirme en conséquence que tout Français »est dégagé de tout devoir envers le pseudo-gouvernement de Vichy, gouvernement dont au surplus tous les actes établissent péremptoirement qu’il est sous la dépendance de l’ennemi. »
La France était à Londres. Elle était dans les maquis. Et si ceux qui ont déshonoré la France ont été condamnés, à la Libération, à l’indignité nationale : cela veut dire ce que cela veut dire. On n’est plus français quand on trahit la France, ses valeurs, ses idées.
On peut reconnaître, fort légitimement, la responsabilité de l’Etat et de l’Administration dans les exactions perpétrées pendant la Seconde Guerre mondiale. Il faudrait, d’ailleurs, un jour, que l’on parle sérieusement de la magistrature, dont les membres, dans leur quasi-totalité, furent aussi prompts pendant la guerre à envoyer des résistants au peloton d’exécution qu’à la Libération des filles de joie se faire tondre. On n’épura rien dans la magistrature.
François Hollande, pétainiste « normal » ?
Mais de grâce, que le président de la République – énarque parmi les énarques – puisse se représenter un seul instant que les services de l’Etat ne sont pas la France.
Elle ne lui a causé aucun tort, excepté l’élire président de la République, pour qu’il donne soixante-sept ans après la fin de la guerre toute sa légitimité au gouvernement de Vichy. Car oui, en disant que c’est la France qui a commis le crime du Vel d’Hiv, François Hollande justifie que Vichy fût la France. François Hollande justifie que Vichy fût la FranceCette histoire-là, François Mitterrand l’avait comprise. Il l’avait vécue. Il en avait tiré les leçons. François Hollande ne l’a pas vécue, n’en a pas tiré les leçons et se permet de dire n’importe quoi. Avoir un père d’extrême droite ne peut pas tout justifier… Quelle sera la prochaine étape pour François Hollande, puisque la légitimité de Vichy est désormais acquise au président de la République ? Aller s’incliner, à l’île d’Yeu, sur la tombe du maréchal Pétain ?
Marqué François Hollande, Histoire

Choisis ta France, camarade !23 juillet 2012 à 10:19
[...] Comme l’écrit l’autre, et il l’écrit fort bien : « Mais si le peuple de France (cette belle expression qu’on emploie uniquement pour le barnum électoral et disparaît aussi vite) n’a pas d’étoiles assez hautes à tenter de décrocher, alors il dépérit. (…) C’est l’intuition fondamentale du gaullisme : la France n’est pas un pays, elle est une idée.« [...]
L'Ours23 juillet 2012 à 12:46
Je ne suis pas en désaccord fondamental avec ce texte, mais je mets une question sur le tapis:
Etant donné qu’il n’y avait pas un seul Allemand dans un département français qui s’appelait l’Algérie et que ses fonctionnaires ont sagement obéi à tous les ordres, notamment virer les juifs des administrations et les petits des écoles, de quelle France s’agissait-il?
La rafle du Vel’ d’hiv’ : un crime français ? « Thomas More23 juillet 2012 à 22:12
[...] discours serait de reconnaître que le régime de Vichy était aussi la France (V. la conclusion de F. Miclo). Finalement, ce genre de discours ne veut pas dire grand chose même s’ils ont le mérite de [...]
Mel24 juillet 2012 à 09:52
Quel bel argumentaire pour se déculpabiliser absolument de tout acte. « La France est une idée »: à partir de ce postulat, la France n’a jamais été et ne sera jamais coupable de rien. La France sera toujours pure, sans tâche, parfaite et irréprochable, car oui, trahir ses valeurs, c’est « ne pas être français ».
Vous rendez-vous compte de l’aberration de cette idée? De son caractère prétentieux, chauvin et hypocrite?
Dans un monde sublimé, la France est une idée héroïque. Dans la réalité, la France est quelque chose de très concret: c’est un peuple et ce sont des dirigeants élus par le peuple. Une décision des représentants du peuple français, c’est une décision de la France.
Nick Carraway24 juillet 2012 à 11:37
Je crois qu’on appelle ceci des œillères.
Riri26 juillet 2012 à 17:01
Il est normal, pour un président « normal » de gauche que la France à partir de Juin 40 soit représentée par le Maréchal Pétain.
N’est-ce pas la chambre de gauche du Front populaire élue en 1936 qui a lui a voté les pleins pouvoirs en Juin 194°.
Un président de gauche reconnait toujours les votes d’une assemblée de gauche, n’est-ce pas
Marie30 juillet 2012 à 19:09
Bien d’accord avec vous M Miclo. Comme le suggère un autre blogueur que Hollande évite les cérémonies du plateau des Glières sur le plateau du Vercors, supprimer la commémoration de l’Appel du 18 juin…
http://www.saladelle.fr/?p=10115
pierre31 juillet 2012 à 09:19
Hollande, dans ses mots, agit comme si on sortait tout juste de guerre. De plus, l’autre vice inhérent aux socialistes, c’est d’entretenir, avec l’appui des syndicats, la lutte des classes. Ils perpétuent cette rouge tradition, à faire croire que celui qui s’en sort est responsable de celui qui coule. Ca a été sa ligne depuis très longtemps. Mais voyant que l’exode des riches a commencé avant le 6 mai, voilà que Hollande encense les chefs d’entreprise. Après les avoir traités de tous les noms, maintenant il est gentil.
C’est totalement dépassé, contre-productif. Comment a-t-on pu mettre en oeuvre pour mettre sur l’autel du pouvoir une équipe animée par la hargne de l’autre, et l’amour pour tout ce qui est invisible.
Ils nous demandent plus de solidarité, alors que nos feuilles d’impôts sont déjà énormes. Ils transforment la réalité pour amener les gens à raisonner « socialiste ». Quand on sait que c’est une énorme boîte de pub américaine qui s’est occupée de la communication des socialistes, on comprend qu’ils ont pu aisément influencer le regard des Français sur leur pays.
Je suis désolé, mais le peu courage qu’a ce parti m’exaspère au plus haut point. A la limite je n’ai rien contre l’électeur en manque de lucidité, mais j’en ai davantage contre ce parti de millionnaires qui use des techniques de com les plus commerciales pour passer un message complètement désuet.