Hollande, la chasse est ouverte

François Hollande fait sa rentrée

François Hollande fait sa rentrée. Illustration de Stavrog.

La presse hebdomadaire n’aura même pas eu la délicatesse d’attendre l’ouverture officielle de la chasse en septembre pour tirer le Hollande.

Hollande, trop mou ?

Cette semaine, Marianne avait choisi de se maintenir dans l’élégance qui lui est coutumière pour tutoyer le Président : « Hollande secoue-toi, y a le feu ! » L’Express faisait dans la dentelle avec « Les “Cocus” de Hollande », sans oser toutefois illustrer la couverture du magazine par une photo de Ségolène Royal. Le Point surtitrait, pour sa part, une photo du président de la République : « On se réveille ? »

Les hebdomadaires avaient détesté Nicolas Sarkozy, jugé trop vibrion. Les voilà qui se mettent à exécrer la prétendue indolence de François Hollande.

Le Président est-il trop mou ? Met-il trop de temps à prendre des décisions ? Cent jours, largement amputés des vacances parlementaires et des dix-huit jours de congés de l’exécutif, ne nous permettent pas de nous en faire une idée claire. Ce dont on peut être sûr, en revanche, c’est que François Hollande accuse un certain retard à l’allumage.

Le Président invente l’eau tiède

Alors qu’il avait largement exclu la crise de son discours de campagne, reprochant même à son adversaire de s’en servir d’excuse à ses propres manquements, François Hollande vient d’en découvrir l’existence à l’occasion de sa rentrée politique à la foire de Châlons-en-Champagne[endnote C'est un symbole de normalité. Tous les présidents normaux de la IVe République ont l'habitude de faire leur rentrée politique dans une foire régionale.] : « Mon devoir, a-t-il dit, c’est de dire la vérité aux Français : nous sommes devant une crise d’une gravité exceptionnelle, une crise longue qui dure depuis maintenant plus de quatre ans. »

On espère qu’il y avait un stand du Concours Lépine à la foire de Châlons, parce que le Président y a inventé l’eau tiède. Champagne ! Ça n’avait pas, en effet, échappé aux Français, notamment à ceux qui sont visés par les plans sociaux, que la crise était grave depuis 2008 et que quatre ans, ça commençait franchement à faire long…

Mais là n’est pas tellement la question. Ce n’est pas parce que François Hollande a visé à côté de la plaque en mésestimant l’ampleur de la crise, ni que l’état de grâce est fini ni même qu’il ne parvient plus à ressentir les ressorts profonds du pays que la presse hebdomadaire se déchaîne contre lui.

Qui a vécu par le glaive…

En réalité, il est victime du proverbe tiré de l’Evangile de Mathieu : « Qui a vécu par le glaive périra par le glaive. » Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Pendant cinq ans, la presse hebdomadaire s’est déchaînée contre Nicolas Sarkozy. Ainsi Marianne n’avait-elle pas attendu qu’il soit président de la République : il était ministre de l’Intérieur quand, en décembre 2004, l’hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn posait en « une » la question : « Nicolas Sarkozy est-il fou ? »

Avant Sarkozy, un tel traitement de l’actualité politique était l’apanage de la presse satirique. Et s’il y a eu, durant les années Sarko une profonde rupture, elle est là : les journalistes politiques ont considéré que leur métier consistait à organiser le jeu de massacre, à tirer coûte que coûte sur le Président, quitte, comme Nicolas Domenach et Maurice Szafran ont pu le faire en toute impunité, à trahir les secrets du off et, par surcroît, à fanfaronner de leur absence totale de déontologie.

Le goût du sang

Nos hebdomadaires ont flingué le précédent président de la République chaque semaine pendant cinq ans. Ils continuent avec son successeur. Est-ce par inadvertance qu’ils se comportent ainsi ? Ont-ils oublié de remettre le cran de sécurité à leur arme ? Même pas. Ils ont pris le goût du sang. Pire, ils l’ont communiqué à leur lectorat qui en redemande. Du coup, l’antisarkozysme se fond désormais dans les habits de l’antihollandisme qui vient.

Pour singer Kantorowicz dans Les Deux corps du roi, les journalistes avaient cru qu’ils pouvaient s’en prendre au corps mortel de Nicolas Sarkozy, sans attenter à son corps immortel. Bref, qu’ils pouvaient flinguer l’homme sans porter atteinte à sa fonction. Ils se sont trompés. Et la tête de François Hollande vient, cette semaine, de prendre sa place dans le jeu de massacre qu’est devenue, en France, la fonction présidentielle.

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6 Réactions à "Hollande, la chasse est ouverte "

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    Tibor Skardanelli 3 septembre 2012 (09:43)

    C’est aussi un reproche que l’on peut faire à Nicolas Sarkozy, d’avoir laissé s’installer cette familiarité, quant au off, c’est une notion qui ne devrait pas exister, elle suppose en fait une promiscuité entre journalisme et politique qui n’a pas lieu d’être.

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    MORASSE 3 septembre 2012 (09:48)

    Bien vu, bonne analyse et style au meilleur. Continuez, sur cette rentrée prometteuse… 16/20.
    Le point de vue sur la presse hebdromadaire demanderait à être approfondi : chez nos confrères, nous sentons depuis longtemps la plaie de la dérision, la forte influence du Canard enchaîné et du titrage de Libé (pas toujours en meilleure forme avec Demorand) – sinon la crainte de se voir cité par Canal + au Grand Journal. Comment voulez-vous être sérieux avec ça ?

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    L'Ours 3 septembre 2012 (11:55)

    En réalité, les médias avaient largement – quasiment 100 jours – commencé par cirer les pompes du Président. Finalement, même du même bord, ça ne paye pas si les sondages soufflent à vent contraire.
    Alors on applique les vieilles recettes, on flingue!
    Si Hollande était encore plus populaire qu’au premier jour, même s’il avait dit et fait exactement la même chose, les médias applaudiraient.
    Qu’il le mérite ou non n’est pas le problème, les scribouillards ne sont que des rebelles flottant dans l’air du temps.

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    Chamaco 3 septembre 2012 (12:59)

    Quand on chasse, il faut choisir sa cible.
    L’article vise alternativement la presse et le président.
    Il rate les deux..

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    Grégory 3 septembre 2012 (17:06)

    Certainement qu’en jouant aux journaux officiels de Normal 1er, Marianne & Cie ont vu leur influence fondre comme neige au soleil.

    S’apercevant que le panégyrique vend moins que la satire, c’est le cœur gros qu’ils émettent les premiers doutes à l’encontre de leur champion.

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    NOURATIN 4 septembre 2012 (14:17)

    Je vous trouve un peu optimiste (ou pessimiste, si vous préférez). La Presse fait semblant avec Hollande, alors que
    Sarko, tout le monde voulait vraiment sa peau dans les
    media.

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