Google, la presse a tort !

François Hollande a reçu le 30 octobre à l’Elysée le patron de Google, Eric Schmidt, pour lui fixer un ultimatum : soit le moteur de recherches paie aux médias français des droits voisins sur le contenu indexé, soit la loi y contraindra Google dès 2013. En France, quand on a tort, on fait des lois pour se donner raison…

Google Actualités, ils en voulaient tous

Que se passe-t-il ? Via son service Google Actualités, le moteur de recherches indexe en temps réel les pages de certains médias en ligne qui ont été agréés après en avoir fait la demande. Ces sites sont même parfois allés jusqu’à modifier la structure de leurs url, en fonction des exigences de Google. Rien n’a jamais été trop beau pour le SEO (Search engine optimization). Seulement, pas d’amour chez les éditeurs de presse, juste une question de business.

Pour un site d’information en ligne, être présent à la une de Google Actualités, c’est l’assurance de recevoir un nombre importants de visiteurs uniques et, par conséquent, de revenus publicitaires. À l’exception de quelques modèles particuliers (comme Mediapart ou Arrêts sur image, dont l’accès au contenu est payant), c’est l’économie la plus répandue aujourd’hui sur Internet : on compte sur l’augmentation de la fréquentation pour accroître ses revenus publicitaires.

Puis vint la crise

Mais, ces derniers temps, les éditeurs de presse sont déçus. Ils ont investi pour assurer l’optimisation de leur site aux moteurs de recherches, mais ils constatent que leur fréquentation augmente, tandis que les revenus publicitaires diminuent. C’est un effet de la crise : depuis 2008, la pub ne paie plus. Ça eut payé. Mais ça ne paie plus.

Or, au lieu d’analyser la situation et de revoir leur modèle économique, les éditeurs de presse se tournent vers Google. Pourquoi ? Parce que M. Google a de l’argent et que les patrons français ne reculent devant rien : ils veulent proposer en ligne des contenus gratuits. Pas par philanthropie, mais pour avoir le maximum de visiteurs et, par conséquent, le maximum de revenus publicitaires. Mais ils veulent également que Google les rétribue pour un service que le moteur de recherches leur concède.

D’ailleurs, pourquoi les jobards qui tiennent lieu de patrons à la presse française s’arrêteraient-ils en si bon chemin ? Pourquoi ne pas réclamer une taxe sur tous les liens entrants ? Pourquoi ne pas réclamer à Facebook et à Twitter une contribution chaque fois qu’un usager d’un réseau social se rend sur un site de presse en ligne ?

Le patron de Google a raison

Le patron de Google, Eric Schmidt, a raison d’agiter, face aux jérémiades de la presse française, la menace du déréférencement. « Si les médias français, dit-il en substance, veulent être payés pour que Google leur apporte des visiteurs, soit ! Nous ne les référençons plus et nous gardons notre argent. De toute façon, ils ne nous rapportent rien. »

Les éditeurs de presse français sont d’une parfaite inconséquence. On les avait vus, il y a quelques années, prétendre que la crise de la presse provenait d’Internet. Abandonnant tout honneur, on les avait vus aussi agiter la sébile lors des Etats généraux de la presse : on les voit aujourd’hui revendiquer n’importe quoi. Toujours, ils font preuve de la même constance : ne rien comprendre à rien. Sauf à l’argent.

Si d’aventure il arrivait que le gouvernement, prompt à céder à toutes les pressions, en vienne à élaborer un projet de loi taxant l’indexation des liens par Google Actualités, la société d’Eric Schmidt serait entièrement légitime à refuser de payer quoi que ce soit à qui que ce soit. L’intérêt du moteur de recherches consisterait à déréférencer immédiatement les sites de presse français qui demandent à percevoir de l’argent pour la simple et bonne raison que Google leur envoie des visiteurs…

En France, les éditeurs de presse ne se contentent plus des œufs de la poule aux œufs d’or, ils veulent aussi la traire. Faudrait leur apprendre la vie, à tous ces infatués de la bêtise, ces accrocs à la subvention d’Etat, bref à ces gens qui, ces trente dernières années, ont consacré tous leurs efforts à tuer la presse française, au moment où il fallait en réinventer le modèle économique.

16 Réactions à "Google, la presse a tort !"

  • avatar
    Tibor Skardanelli 31 octobre 2012 (08:19)

    Bravo François ! Cette histoire est absolument ubuesque, française devrais-je dire. Il faut vraiment avoir pris un coup de camion étant jeune pour aller réclamer des sous à ceux qui justement vous amènent des clients.
    Une loi pour interdire internet, voici la solution !
    Quelle sottise !

  • avatar
    Tibor Skardanelli 31 octobre 2012 (08:24)

    D’une certaine façon c’est une bonne nouvelle, un peu de principe de réalité fera du bien à cette assemblée d’ânes.

  • avatar
    Sébastien 31 octobre 2012 (08:31)

    Pourquoi ne demandent-ils pas de l’argent aux fabricants de surgelés qui privent la presse de sa première vocation : emballer le poisson ?

  • avatar
    spqr 31 octobre 2012 (08:31)

    Bravo François Miclo,
    C’est une excellente explication du problème.

  • avatar
    Patrick 31 octobre 2012 (08:46)

    Même TAK, qui ne demande rien si j’ai bien compris, serait déréférencé en cas de loi ?
    C’est pô juste !

  • avatar
    Clément 31 octobre 2012 (09:01)

    Top facile de critiquer les patrons de la presse française non pure-player… N’y aurait-il pas un peu de jalousie dans l’air… y’en a un qui voudrait bien recevoir des subventions d’Etat et être considéré comme un média, non ?
    Google trompe depuis toujours ses utilisateurs et ses clients :
    – Truque les chiffres d’analytics pour faire apparaitre Google Search comme le seul apporteur de trafic rentable,
    – Lance de nouveaux algorithmes tous les jours pour amener les entreprises (même celles disposant de contenu de qualité) à consommer de la publicité payante (Adword) pour s’assurer d’apparaitre en premières pages des résultats de recherche
    – Profite de son monopole pour de ne pas réguler les prix de ses adwords et de ses displays,
    – Favorise l’affichage, dans les résultats de recherche, des sites web de sociétés utilisant un maximum de services complémentaires Google, même quand leur utilisation n’est pas pertinente sur le secteur d’activité (Google+ et les Rich Snippets affichés dans les résultats de recherche en sont de bons exemples)…
    Je suis d’accord sur le fait que contrer Google avec une loi comme celle-ci est totalement absurde, se priver du traffic de ce mastodonte du web l’est encore plus.
    MAIS
    C’est en commençant une guerre contre les pratiques de Google et en la rendant publique que les utilisateurs de ce service comprendront qu’ils sont dupés par leur Ami préféré de l’internet !
    Enfin, pour en revenir aux patrons de presse traditionnelle, il faut leur reconnaitre cela : ils ont loupés le coche des nouveaux business modèles lancés par les pure-players… mais ne travailleraient-ils pas sur ce point avec une telle loi ? En effet, influencer son environnement légal (lobbying et prises de parole publiques) pour le rendre profitable est un élément non négligeable d’une stratégie marketing complète (et osée ! Peut-être un peu trop ! ).

    D’autre part, avec l’apparition et la montée en puissance du surf via terminaux mobiles, les applications des grands journaux français (et les abonnements payants qui vont avec) deraient très vite devenir l’un des meilleurs moyens de création de traffic vers leur contenu (payant !).

  • avatar
    ROL 31 octobre 2012 (09:07)

    il reste à l’état (providence là aussi) ) à financer un moteur de recherche franco-français … avec l’argent public, of course

  • avatar
    François Miclo 31 octobre 2012 (09:46)

    Clément, si je voulais bénéficier du statut de société de presse, ne vous inquiétez pas pour moi, ce serait déjà fait.

    Pour le reste, je suis d’accord avec vous sur Google. Mais ce n’est pas du tout une guerre contre les pratiques de Google que les éditeurs de presse ont lancée. Ils veulent simplement leur part du gâteau.

    Quant au « coche des nouveaux business modèles », les subventions distribuées à la suite des Etats généraux de la presse devaient précisément servir à cela… Vous connaissez la suite… Je ne pense donc pas qu’une loi obligeant Google à reverser de l’argent aux éditeurs de presse ferait bouger quoi que ce soit…

  • avatar
    L'oiseau bleu 31 octobre 2012 (10:14)

    Nous reprendrons notre Minitel et le 3615
    Tant pis pour Monsieur Google

  • avatar
    L'oiseau bleu 31 octobre 2012 (10:16)

    PS

    Minitel se mariant fort bien avec la moulinette et la brassière de Montebourg

  • avatar
    Patrick 31 octobre 2012 (10:45)

    Retour au minitel et ses prix exorbitants ? Pitié !
    D’ailleurs, il n’y a que les Français qui ont accepté d’être ainsi plumés. Le minitel n’a jamais pris ailleurs. Il y avait en Allemagne le « Bildschirmtext », mais connu uniquement par des entreprises, quasiment ignoré du grand public.

  • avatar
    Stéphane Mortimore 31 octobre 2012 (10:58)

    Le vieux monde disparait, il se sent mourir faute de ne rien comprendre à rien, alors il geint. Joffroy réclamait il y a peu qu’on surveille le contenu des emails pour empêcher les fausses infos de circuler (sic) les patrons de presse veulent gagner de l’argent sans rien faire au titre de… bah on sait pas… quand les éditeurs en ligne commenceront à gagner de l’argent en éditant des auteurs que les maisons d’éditions dans leur grand savoir auront méprisé, ils iront également tendre leur main, réclamant une lois sur le papier et l’encre.
    Les patrons de presse sont dépassé depuis 20 ans, la presse francaise s’auto congratule depuis 20 ans, alors qu’elle ne travaille pas, surexploite des centaines de pigistes pour remplir ses colonnes et les faire signer par des parvenus.

    Evidemment que Google n’est pas un modèle de vertu et si le gouvernement des ventilateurs avait un truc à faire ce serait dans les pratiques de monopoles de Google, mais là ca demanderait un autre genre de travail, avec des négociations à l’internationale, mais on est un pays de petits épiciers ou on ne l’est pas.

  • avatar
    vdf 31 octobre 2012 (12:12)

    J’ai vu sur bfm business ce jour que le fisc français demandait 1 milliard d’euros.

    Est-ce une nouvelle réponse à la crémière ? Lui piquer son pas-de-porte ?

  • avatar
    Spitoven 31 octobre 2012 (12:19)

    « En France, quand on a tort, on fait des lois pour se donner raison… »

    Bien dit. Et on arrive même à présenter la loi comme un argument de vérité dans certains débats. Or la loi découle de la vérité du moment, elle ne la fait pas. Autrement, il serait impossible de modifier les lois, puisque les lois existantes auraient toujours raison…

  • avatar
    Marie 31 octobre 2012 (14:20)

    Le fisc réclame un milliard d’euros dont il ne verra pas le premier centime, décidément ce pays est totalement tombé sur la tête ! Ce qui a entre autre tué le papier c’est le syndicat du livre on l’oublie un peu celui ci! Si les médias français ne sont plus référencés on lira les journaux belges suisses ou canadiens la presse francophone internationale a de beau jour devant elle!

  • avatar
    NOURATIN 31 octobre 2012 (18:50)

    Vu la collusion manifeste qui existe entre la presse franchouille et les socialos, il ne faut pas s’étonner de voir ces derniers faire oeuvre de socialisme à leur profit.
    Seulement avec Google, ces minus s’attaquent à un
    morceau qui les dépasse tellement qu’ils n’en tireront rien d’autre qu’une nouvelle couche de ridicule.