Frankie se confie

Les aventures de Frankie Lowland. Le Président Lowland dit tout haut ce que personne ne pense tout bas. Et il le fait devant des journalistes.

Jasper Gangster était en pétard. Et chacun sait qu’il s’y connaît ! Il venait d’apprendre que Frankie, le Président, rencontrait secrètement des journalistes. Et pas des affiliés, des initiés, des tifosi de la dream team élyséenne. Des pas filtrés, pas briefés, pas tenus par une barbichette qu’ils auraient laissé traîner là où il ne vaut mieux pas…

Gangster ne pouvait pas laisser des micros dans toutes les chambres où couchait Frankie. Ce dernier, depuis qu’il avait lu les lettres d’amour de Francis Mitt-Rand, son mentor (a beau mentor qui vient de loin) avait repris son vagabondage sentimental avec moult militantes, groupies, candidates aux législatives (mais là, il avait fait chou rose).

Mais au point où on en était arrivé, franchement (si tant est que ce terme soit en vigueur au Palais) il y avait de l’abus ! Jasper appela John-Pier Joystick, le chief of staff. Mais celui-ci, depuis le Brexit, écrivait des livres. Un catholique de gauche qui se reconvertit !

Bref, nul ne sait comment, mais Gangster se procura les bandes du Président. Celles qui étaient enregistrées du moins.

Halluciné, sans aide extérieure pour une fois, il entendit des extraits de ce que Frankie avait confié aux deux infiltrés.

« Si Marine promettait une gâterie à qui voterait pour moi, je serais foutu de le faire ! »

« Les immigrés c’est tous des nases : on leur fait des mosquées gratos et ils viennent même pas remercier avec un bulletin de vote à la con ! Putain, qu’ils estivent à Lampedusa et c’est cette courge de Renzi qui se débrouille. »

« Avec Judy Galipette, l’autre soir on a essayé la tyrolienne casquée, bof ! Ces trucs étrangers ça vaut souvent rien. J’éprouve plus de secousses sur mon scooter. »

« Many Waltz il est sympa, mais seulement quand il voit que je dégringole dans les sondages. Je vais baisser tellement que je ne lui ferai plus cet honneur. On verra si c’est lui qui a du plaisir quand je baisse. »

« Ce gros poussah de John Markero, qui est aussi diplomate qu’un orang-outan neurasthénique (j’aime les mots qui se terminent en « nique »), je l’envoie rencontrer des despotes sanguinaires et il rentre en disant : “Touche pas à mon despote”. Quel macaque ! »

« Et la Kristeen Toobeerah, les fachos qui la dépeignent en primate sont bien en-dessous du réel (non pas que le réel soit une réalité, foi de socialiste) : c’est un dragon de Komodo ! Foi de reptile ! »

Gangster suffoquait, il allait se rouler dans l’herbe, sans papier pour une fois, Frankie avait pété un plomb ! Toute la stratégie mise au point pour le présenter comme un rempart contre le nazisme bonasse de la Marine ou sa version light du Nike Sharkoozy s’effondrerait comme un joint mal serti !

Et les bandes révélaient d’autres sapes :

« J’aime bien Alan Juppy, il est froid comme un serpent de chez Picard, à peu près aussi à droite que moi, je voterais bien pour lui, si j’étais déclaré sain d’esprit. »

« Et puis la Kotchkoo (Mauricette) elle me botte à donf ! Elle et moi sommes pareils : on n’aime personne autant que nous-mêmes. Mais beaucoup ! »

« Steve The Fool est tellement fidèle qu’il pourrait me tromper si je lui en donnais l’ordre. Vous vous rendez compte : porte-parole de qui n’en a aucune ! Quel pitre ! »

« Et alors, il y en a un qui mérite la palme du meilleur second rôle, c’est John-Luke Mellan-Cohen ! Croire qu’il va capitaliser sur la déception des miens, lui qui hait le capital, il bute contre son camp, avec des ailes de pigeon pour voler jusqu’au firmament. » Là, Frankie dut expliquer le dernier terme. Après tout, ses auditeurs étaient journalistes, pas érudits. Mais il réservait ses flèches comme un sioux avant Little Big Horn.

« Et Sig-Holleen, cette dinde qui ne voit pas venir Noël, elle croit vraiment que je vais la laisser revenir sur le devant de la scène. Avec son QI de palourde, ses écharpes de maire-adjoint, son sourire à la mors-moi-le-vieux ! Non mais, vraiment, elle rêve debout, elle pense redormir dans mes draps ! Bécasseau, va ! »

Et puis il y eut cet aveu, joint aux autres (un joint de trop n’avait jamais effrayé Jasper jusqu’alors) :

« Le vrai sujet de préoccupation que j’aie jamais eu, c’est moi-même. Les français le partagent à présent, ils sont accros à moi, à ce que je pourrais bien encore inventer. Et je ne les décevrai pas. Dussé-je encore faillir, foirer, merder, je resterai celui qu’ils ont élu, à défaut. Et ce défaut, je le respecterai, jusqu’au bout, fût-il proche. »


Les autres épisodes des aventures de Frankie Lowland


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Bernard Rackam est chroniqueur à la radio, consultant, père de famille, catholique et breton.

8 Réactions à "Frankie se confie"

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    René de Sévérac 31 octobre 2016 (13:55)

    Bernard vous avez toutes les tares : chroniqueur à la radio, consultant, père de famille, catholique et breton.
    Après cette chronique où vous dites du mal de tous,
    le patron vous licencie ! ;)

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    NOURATIN 1 novembre 2016 (18:42)

    John-Luke MELLAN-COHEN, là j’avoue c’est sublime!
    Le reste n’est pas mal non plus…
    Amitiés.

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    rackam 1 novembre 2016 (19:41)

    Hello nouratin, toutes les citations sont authentiques, seuls les noms ont été radicalement modifiés…

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    Tibor Skardanelli 1 novembre 2016 (22:00)

    Ahhhhh ! Ça fait du bien !

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    rackam 19 novembre 2016 (13:16)

    Béatrice, vous êtes souffrante ? (message de service)

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    Béatrice 2 décembre 2016 (17:01)

    Non, pas souffrante, ça faisait juste un petit moment que je n’étais pas venue faire un tour du côté de chez Tak, et toc ! voilà que je loupe un épisode de Frankie !
    Mais bon, même avec quelques semaines de retard, j’ai beaucoup ri, bêtement et grassement, à me rouler sur la moquette laissée par Jasper …
    Je vais venir ici tous les jours, pour ne pas rater l’épisode de « Frankie c’est fini » !
    Et après… …que va-t-on devenir ?…..

    Béatrice, le retour de la Groupie…

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    rackam 3 décembre 2016 (19:56)

    Merci.
    On trouvera une suite.
    Je préparerai un « Frankie c’est fini » en écoutant Hervé Vilard.
    Promis.

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    Pierre Jolibert 6 décembre 2016 (12:34)

    Mais s’il faut il va y avoir de nouveau un François…
    Et si la série a une 2ème saison, il faut trouver un nouveau diminutif : Paco ? (si ça existe en portugais ça fera telenovelas)

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