Les Fédés se cachent pour mourir (4)

Le feuilleton des primaires, épisode 4. Le socialisme est un a-macronisme.

Floréal fredonnait, en se rendant, ce soir-là, à la Fédé ou plus exactement au café “Le Cambronne”, place de la Libération, à la préfecture.

– Depuis que j’suis socialiste,
C’est la pire année, entre nous
J’garde ma carte mais je suis triste
Et j’me fais un mauvais sang fou.
J’ai beau vouloir me remonter,
Ça part en nouilles de tous côtés.
J’ai le Valls
Qu’est glacials
Le Peillon
Pâlichon
J’ai l’Hamon
Fanfaron
Montebourg
Qui se goure.
De Rugy
Qui vagit
Bennahmias
Qui s’ramasse
Et Pinel
Fait du fiel.
Le Macron
Fanfaron
Et Méluche
Pas si cruche.
La Le Pen
Qui s’démène
Et Fillon
Qu’est champion.
Rama Yade
Reste en rade
Et la MAM
À la rame
Le Guaino
Dans l’guano,
Le Poutou
Qu’est tout mou
Le Jardin
Qu’est tout nain
Miss Arthaud
Qu’est marteau
De Lesquen
Tout chagrin
Ah bon sang qu’c’est emmerdant
D’être au gouvernement
Ah bon sang qu’c’est mal barrant
D’être socialiste maintenant.

Floréal mit fin à sa chansonnette en rangeant sa Smart sur un emplacement réservé aux livraisons, car il ne restait plus que cela où parquer une voiture, le tram, grande conquête des municipalités de gauche ayant supprimé des milliers de places. Et les recettes qui allaient avec. Le socialisme est une recette qui n’a pas souci des rentrées, mais fait grand cas des sorties. Comme un élève de CM2.

Ce soir, c’était la répétition générale avant la primaire. On allait (enfin) recevoir des consignes (pas de vote, ou en tout cas pas à coup sûr) et des moyens (kakemonos, bulletins, listes, etc.). Athée, Floréal ne faisait confiance qu’au matériel.

Le café “Le Cambronne”, dont la patronne, Maud, était une sympathisante, disposait d’un local sans fenêtre mais assez spacieux qui pouvait héberger la fine fleur des sections du département. Hubert, le secrétaire fédéral, accueillait chacun(e) à la porte, à moins qu’il ne vérifie qu’aucun écolo-mélenchonno-macroniste n’essaye de s’infiltrer. Belle et populaire, soit ! mais alliance, fallait pas pousser Bébert dans les orties.

Quand on fut au complet (soit seize clampin(e)s et aucun chien), Hubert lut le texte que Solférino avait envoyé. C’était du Cambadélis dans sa version la plus pure : on comprenait tout, mais ça n’avait rien à voir avec le réel. Les présents en déduisirent qu’il allait falloir improviser, comme font les socialistes une fois aux manettes, lorsque les roucoulades de tribune ont attiré les pigeons et qu’il faut gérer les fientes.
Stéfanie (sic), la secrétaire de séance, annonça que chaque président de bureau aurait un kit complet avant le samedi. Ça tombait bien, le premier tour était dimanche.

Il allait falloir faire signer les votants, afin qu’ils certifient « être en accord avec les valeurs de la gauche ». Julien, secrétaire d’une section dont il était le dernier cotisant, mais qui restait (quoique secrètement tenté par Macron) au parti en raison des places gratuites au théâtre qu’on recevait parfois, Julien donc demanda quelles étaient les valeurs de la gauche. Malheureux ! Soit il allait se prendre deux heures de morale dégoulinante, soit une avoinée de comice agricole ! Il lui fut répondu que s’il ne savait pas il n’avait qu’à relire Jaurès, Mitterrand, Caïn, Goliath et les mémoires anthumes de Benjamin Biolay. « Oui, mais, s’il y en qui demandent, dimanche ? » « C’est des infiltrés, des macroniens, des jaunes, des salafistes, tu les vires. » C’était bien la vertu démocratique en vigueur au PS : le complotisme érigé en drapeau blanc, l’appel à l’exclusion, l’entre-soi crétinisant.

On relut les procédures mises au point par la Hautoto de Solférino, probablement des types qui n’avaient jamais quitté le quartier Latin par peur de ne pas parler la vernaculaire. Le plus important étant de communiquer les chiffres de la participation à trois moments précis de la journée. Pour la communication des résultats, Paris se chargeait de tout. C’est tout juste s’il convenait d’envoyer les urnes, préalablement débarrassées des bulletins “Royal” et “Aubry” qu’on trouvait scotchés au fond.

Les appels à l’exemplarité du scrutin (ce qui, au PS équivaut à un appel au cannibalisme dans une secte végétalienne), les recommandations d’impartialité ( ce qui s’apparente à une tête de litote) et autres encouragements militants, ponctués de rasades de rosé de la Somme, tout fut fait pour que chacun se sente à la fois investi d’une mission prépondérante et d’un désir de choper une gastro d’ici dimanche.

Hubert conclut en vitupérant Mélenchon, ce « charognard en peau de lapin » et Macron, ce libéral-droitard ingrat et félon. Le socialisme est un a-macronisme.


Le feuilleton des primaires de la gauche


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Bernard Rackam est chroniqueur à la radio, consultant, père de famille, catholique et breton.

1 réaction à "Les Fédés se cachent pour mourir (4)"

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    Denys 6 février 2017 (19:58)

    Il manque Duflan dans la chanson Rackham, vous me referez une copie

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