Les Fédés se cachent pour mourir (2)

Le feuilleton des primaires, épisode 2. Dans le local, la section s’apprête à voter pour les primaires. Les bulletins sont remis à chacun-e… Le PS tient ses adhérents par les urnes.

Elle essuie les verres, au fond du local, elle a trop à faire pour pouvoir voter, mais dans ce décor lugubre et banal, il lui semble encore les voir arriver. Ils sont arrivés se tenant par la main, deux de la Fédé, Pedro et Germain. Georgette les regarde avec tendresse, pensez donc : les premiers mariés de la loi Taubira du secteur ! Lui encarté de longue date et lui novice, transfuge du Modem dont la salopette orange trahit l’origine.

On attend les derniers ; au PS, les derniers sont choyés. Floréal est là qui a rectifié l’affichage, et voici Filoche qui pendouille, Verdier qui gît au sol. Lienemann et d’autres sont déjà à la poubelle, avec les tracts Hollande qui ne serviront plus jamais. Mehdi les sépare des épluchures de mandarines, et des canettes de Kro – attaché qu’il est au tri sélectif. L’environnement est décidément la future vache à lait du parti et tant pis pour les flatulences.

Jacky est vert lui aussi. Il ne digère pas la mise à l’écart de Filoche dont il partage l’embonpoint et les idées. La dérive totalitaire de Solférino lui reste en travers de la gorge. Un verre de rosé des dunes ne suffit pas à le faire déglutir.

Personne ne pleure Verdier, l’inconnu de service qui n’aurait pas eu une voix. On est contestataire au PS, mais loyaliste.

Hocine boude sur un tabouret bancal. Il n’y a pas de Fanta.

Pedro et Germain se disputent le fauteuil aux ressorts saillants, seul rescapé des temps meilleurs.

Bref, c’est une réunion de Fédé qui menace d’être animée.

Floréal rajuste son chèche et annonce les noms des sept candidats admis à concourir dans le cadre de la Belle Alliance Populaire : Hamon, Montebourg, Peillon, Valls par ordre alphabétique, puis Pinel, Bennahmias, de Rugy dans le désordre où ils viennent. Une mouche du coche, un yoda verdâtre et un aristo pâlichon. Les mouches attirent le vinaigre…

C’est alors que Muguette fait son entrée, serrant Salvador dans ses bras potelés. Elle lui caresse vigoureusement l’arrière-train qu’il a velu. Sa queue frétille en rythme. Salvador est un pinscher croisé de bâtard court. Disons le fruit des amours d’un chihuahua et d’un tapis-brosse. Muguette l’amène rarement au local, mais il ne va quand même pas rester devant la porte ! Il n’a pas le droit de vote mais aboie lorsqu’il entend « Sarkozy ». Donc, on le tolère. La tolérance chez les socialistes est le trou normand qui précède l’état d’urgence. On supporte avant d’embastiller.

Muguette susurre à Salvador après s’être servi un verre à moutarde de rosé : « Viens sur les genoux à Mamoute, on va écouter les programmes, voter la motion et puis on rentrera à la maison retrouver Papoute qui est à son cours de salsa. » Papoute n’est pas plus encarté que le chihuabrosse. Mais meilleur danseur, et quand on lui caresse le postérieur… Mais le débat a commencé.

Floréal, solennel comme une dinde la veille de Noël, annonce la procédure : « Nous allons faire circuler les programmes des sept candidats que vous avez pu consulter sur Internet… »

Hocime l’interrompit, il n’avait pas Internet, probablement pas l’électricité à toute heure et l’eau courante assez rarement. Bref, on lui distribua en premier la version papier des programmes des prétendants. Il remisa ceux des verdâtres, des rosacés, pour ne garder que celui de Montebourg. Hocine n’était pas raciste, mais un Montebourg originaire, comme lui, d’outre-Méditerranée, ça le faisait.

Comme souvent, les programmes ne furent pas lus, ou si peu. Chacun avait opté avant de venir, dans le secret de son cabinet, sauf Hocine qui n’en avait pas.

Floréal se doutait qu’une dispersion des voix était à prévoir. Jacky allait voter Filoche, même en l’absence de bulletins à son nom. L’inconvénient des profs, c’est qu’il savent écrire. Enfin, l’un des inconvénients.

Rigobert, avec son prénom de roi fainéant, était évidemment légitimiste et allait choisir Valls. Pedro trouvait Hamon mignon, donc Germain voterait Peillon. Comme Georgette, trésorière de la section, qui trouvait qu’un patronyme pareil était positif. Floréal avait reçu des consignes depuis le haut-lieu, elles-mêmes relayées de Solférino. Il fallait éviter la dispersion tout en maintenant la fusion possible au second tour, dans la belle manigance populaire qu’on devine.

A priori, aucune voix ne devait aller vers les ovni écologistes, le particulier et le particulé. Et la radicelle de gauche n’allait pas faire racine au PS.

Neuf adhérents, réputés à jour de cotisation (mais on n’allait pas vérifier, hein, il y en avait d’autres qui avaient payé pour l’année et s’étaient trissés depuis), allaient pouvoir voter. Pedro regardait la photo de François de Rugy avec émotion, suscitant chez Germain une irrépressible envie de voter pour Bennahmias, le kung-fu panda du centre-vert.

Salvador avait repéré un curly de la semaine dernière et tirait sur sa laisse pour l’atteindre à s’en étouffer en vain, comme un socialiste cherche le second tour de la présidentielle. Sauf qu’il n’est pas, ce dernier, sur les cuisses rondouillettes de Muguette, mais celles, pas maigrelettes, de Hollande, donc la chute au sol risque d’être plus rude.

Jacky entame un plaidoyer pour Filoche avec appel au grand anciens, aux grands sentiments, aux petits arrangements (il a été aubryste un temps) aux moyens et aux extrêmes. On lui répond que Gégé Davidovitch Trotsloche n’a pas été qualifié, point barre. Jacky menace de passer chez Mélenchon, vocifère, sort et finit par passer chez Bébert, le bistrot du coin qui sert un Picon-bière de comice agricole !

Georgette a froid. Jadis, quand les adhérents affluaient, on avait une cheminée, du bois, on allumait un feu avec de vieux Figaro froissés, aujourd’hui, comme pour empêcher les évasions, on a muré l’âtre avec de vieux Libé jaunâtres. La cheminée est nue. Une cheminée à poêle, c’est tellement mieux.

Bon, il va falloir voter ! Mais ce parti est bien plus à l’aise quand il faut vitupérer, pétitionner, se draper dans le linceul de Jaurès, l’écharpe de Mitterrand, le casque de Hollande. Mais là, il allait falloir choisir. Or, le PS est mal loti pour choisir. Déjà Bartolone au perchoir, c’est un caniche dans une cage de gris du Gabon. Cahuzac aux finances, c’est Tapie aux mœurs, Dutroux à Jeunesse et Sports, Landru à l’énergie, Lagerfeld aux Cultes, Thévenoud à l’Imprimerie Nationale…

Les bulletins sont remis à chacun-e, y compris Germain et Pedro. Le PS tient ses adhérents par les urnes.


Le feuilleton des primaires de la gauche


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Bernard Rackam est chroniqueur à la radio, consultant, père de famille, catholique et breton.

3 Réactions à "Les Fédés se cachent pour mourir (2)"

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    rackam 22 décembre 2016 (18:08)

    Devant l’absence totale de réaction à ce deuxième épisode, et pour montrer que ce sondage est sans valeur, je prépare une suite. On n’est pas des Fédés!

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    Denys 26 décembre 2016 (16:57)

    Rackam c’est votre faute, je ne reçois votre bulletin d’information (excusez-moi, même si je suis en blue-jeans j’essaie d’utiliser des expressions françaises qui sont encore dans le Robert 2017) seulement à l’instant – et en plus vous avez oublié le sommeil au fond de leur yeux, à Pedro et son copain.
    Mais je me réjouis de la suite.
    Meilleurs vœux à tous, et faites-vous moins rares en 2017 !

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    Tibor Skardanelli 28 décembre 2016 (17:41)

    Ben, c’est les fêtes, et avec le PS c’est deux fois la gueule de bois !

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