Éloge littéraire d’Esther Benbassa

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=ES55YDQDvEA

Que mes lecteurs me comprennent bien : mon propos n’est pas d’excuser le crime d’Esther Benbassa ni de le justifier. Faire mourir des centaines de milliers de personne de rire est un acte inqualifiable et, pour tout dire, monstrueux, surtout lorsque l’on n’exerce pas le métier de comique-troupier mais que l’on se réclame, comme la dame, de l’université.

Esther Benbassa, une intello à la téloche

Donc, hier soir, Mme Benbassa était l’invitée de « Ce soir ou jamais », émission animée par Frédéric Taddéï. Aux côtés d’Edgar Morin (ancien popov) et de Laurent Bouvet (nouveau proprof), elle était chargée de mener l’assaut contre Richard Millet et son Eloge littéraire d’Anders Breivik, l’un des plus jolis coups de pub éditoriaux depuis Harry Potter. Trois contre un : le duel était honnête. Néron procédait de même : il veillait toujours à lâcher trois lions pour un chrétien.

Edgar Morin, qui a arrêté de penser depuis la parution des six volumes de La Méthode – celle-ci écrite, il a malencontreusement cru bon ne jamais se l’appliquer à lui-même –, ramena sa fraise avec le multiculturalisme, allant jusqu’à nous donner en exemple le Maroc. Je veux bien que l’air atlantique et la beauté du jardin Majorelle fassent du bien aux rhumatismes de papy Morin, mais nous demander de troquer le modèle républicain contre le régime politique actuellement en vigueur au pays de Mohammed VI, c’est un peu fort de kahwa.

Laurent Bouvet renvoya dos à dos le racialisme de Richard Millet et le multiculturalisme qu’on lui opposait : la République n’est pas le lieu où l’on exacerbe les identités, mais où l’on fabrique de l’un avec du multiple. Quel ringard, ce Bouvet : il veut réhabiliter un modèle qui, depuis des siècles, a fait la France, alors que nous pourrions essayer, du jour au lendemain, tant de modèles politiques qui ont échoué ailleurs dans le monde… Bouvet, salaud : le peuple aura ta peau !

C’est là que Mme Benbassa intervint. Ce fut un moment d’intelligence pure. Son argument : accuser Richard Millet de ne pas faire de littérature, mais de la politique. On peut s’interroger. Esther Benbassa intervient dans une émission télévisée en tant qu’universitaire, sans que ne soit mentionnée ni son appartenance à Europe Ecologie-Les Verts ni son mandat électif : la dame est, excusez du peu, sénatrice EELV du Val-de-Marne.

N’ayez pas honte, Mme Benbassa !

On peut comprendre qu’elle éprouve une certaine honte à faire partie de la même formation politique qu’Eva Joly et Cécile Duflot, même si cette honte est totalement injustifiée. On peut expliquer sa gêne à siéger dans la Haute Assemblée. Mais rien ne lui interdit de démissionner du Sénat si elle veut parader à la télévision pour accuser ses adversaires de faire de la politique, alors qu’elle se contente, pour sa part, de revêtir sa toge universitaire et d’orner son front des lauriers de l’indépendance et de la probité.

C’est là que tous les lecteurs de l’un ou l’autre ouvrage de Mme Benbassa sont morts de rire. Ce ne fut pas à vrai dire, vu son audience, une hécatombe. Mais ce fut quand même un massacre digne d’éloge.

L’autre solution, pour Mme Benbassa, serait qu’elle reste au Sénat. Il y a de la lumière, il fait chaud, c’est mieux payé qu’à la fac et la cantine est meilleure. Elle pourra s’y livrer à toutes les activités idéologiques qu’elle veut. Y compris jouer à la Marine Le Pen de gauche : après tout, qu’est-ce qui distingue Mme Benbassa de Mme Le Pen : les deux cultivant la même passion de l’ethno-différencialisme ? Et, last but not least, ça libérera un poste de directeur à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. Pour un vrai universitaire, par exemple. Quelqu’un qui aurait du talent. Voire de l’intelligence.

Pour le reste, Pangloss a encore raison : tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Millet est passé à la téloche. L’éditeur aguerri qu’il est n’a qu’une seule question : ma tronche dans le poste, ça fait combien d’ex vendus ?

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14 Réactions à "Éloge littéraire d'Esther Benbassa "

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    Stéphane Mortimore 5 septembre 2012 (17:19)

    Je remarquerais juste une chose, un type qui travaille chez Gallimard qui parle de paupérisation de la littérature c’est l’hôpital qui se moque de la charité. Et alors papy Morin qui qui parle d’Aimé Césaire comme d’un immigré…. euh… la vieillesse est en effet un naufrage.

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    Tibor Skardanelli 5 septembre 2012 (17:36)

    100% d’accord avec vous François, Bouvet est la seule personne faisant montre de bon sens dans ce débat ! Ce qu’il y a d’insupportable dans l’attitude de Millet c’est son opportunisme, son mépris des victimes, son instinct de marchand sans scrupule. Benbassa et Morin ont beau jeu derrière de nous servir la soupe habituelle sur l’islamophobie et le racisme, oui ce débat est désolant il évite encore une fois le coeur du problème : l’intrusion sans précédent dans les sociétés européennes, d’une idéologie qui méprise leurs valeurs et qui avance masquée derrière le droit à la différence, l’islamisme et son ressentiment.

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    szavay 5 septembre 2012 (17:55)

    Bien vu,Stéphane.Et Papy a cité aussi Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant..

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    Verax 5 septembre 2012 (18:07)

    Une note discordante : Morin a cessé de penser depuis toujours ! Il aurait dû rester au PCF, au lieu de se laisser virer par l’inflexible Annie Kriegel (à l’époque: Annie Besse). Car il pense aujourd’hui comme pense le nouveau PCF relooké. Du stalinisme relâché, incarné par ce faux sage qui ne trouve plus ses mots et balbutie des clichés, avec la vanité des multi-décorés. Puisqu’on respecte les identités d’origine dans ce marigot para-intellectuel, je relève le fait ethno-différentialiste que Morin et Benbassa sont l’un et l’autre des immigrés juifs d’origine turque, qu’ils sont bien intégrés dans la société française qu’ils n’aiment guère, et qu’ils sont l’un comme l’autre des ennemis d’Israël, des « Alterjuifs », voire, dirait les mauvais esprits, des Juifs antijuifs. On comprend qu’ils s’entendent si bien. Le multiculturalisme, ce pourrait être cela. Deux êtres à l’évidence beaux et intelligents, mus par un irrésistible désir d’avenir, et qui partagent cette pensée formidablement nouvelle: « Une autre politique est possible ». On regrette, à ce propos, que le proto-prophète Hessel n’ait pas été invité par le roublard et opportuniste Taddéi, ni le néo-prophète Todd. Le niveau du possible aurait atteint des sommets impensables…

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    Isa 5 septembre 2012 (18:12)

    Excellent article, mais pourquoi consacrer trois lignes à Esther Benbassa qui est une anti-républicaine de longue date. Ah ? Parce qu’elle est payée par la République ? Au Sénat (6000 €) et à la Sorbonne (5000 €) ? Et ça c’est pas du cumul de fric et de connerie ?

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    MORASSE 5 septembre 2012 (19:11)

    J’ai pas vu, j’ai pas lu, j’ai pas bu… J’en parle pas mais je regrette parce que François Miclo m’a convaincu d’avoir raté un grand moment de vaines vanités étalées. Suis en train de relire Flaubert (pardon, sa correspondance) et ça suffit à mon bonheur du soir.

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    Tibor Skardanelli 5 septembre 2012 (22:06)

    Morasse, vous n’avez pas de haut-débit je vois, c’est dommage ce bal de faux-culs valait le détour.

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    rackam 5 septembre 2012 (22:34)

    tak est trop lent, visionner quoi que ce soit relève de la neurasthénie chez un gastéropode emphysématique. Rentrons dans nos coquilles, demain il fera jour, et un jour radieux.
    Good night.

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    Tibor Skardanelli 5 septembre 2012 (22:37)

    Bonne nuit Rackam !

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    Stéphane Mortimore 5 septembre 2012 (23:48)

    non c’est votre ordi qui est plein à craquer, aucun soucis pour regarder cette émission quoique en fait j’ai calé à Morin. autant l’esthétique morbide de l’éditeur qui se plaint de l’édition ne m’intéresse guère mais on sent un propos, autant les deux baltringues derrière qui ne sont là que pour nous bavouiller leur approximation de réflexion et enfoncer des portes ouvertes à coup de tautologie me confirme que je fais bien de ne pas avoir de télé.

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    Martin Duguiers 6 septembre 2012 (00:02)

    Si vous avez besoin de plus de dix-huit pages, vous pouvez toujours rédiger un dictionnaire amoureux.

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    Diane de la Croix 6 septembre 2012 (10:41)

    Je découvre, grâce à Facebook ce site hautement concentré en profondes joyeusetés et passionnantes vraies actualités. Ravie de retrouver Miclo et Skarda et de lire les autres…
    Quelle marade cet article!
    Millet attéré et drôlement contenu a suscité toute mon admiration. Merci à Taddeï de nous offrir la seule émission regardable en cette rentrée du PAF, je n’en espérait pas moins de lui.

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    rackam 6 septembre 2012 (15:49)

    Milady Diane,
    quel bonheur de vous retrouver ici. Je vais rimer derechef, empesez le tutu.
    Private joke pour les autres, sorry.

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    NOURATIN 6 septembre 2012 (15:54)

    Millet a fait très fort, c’est incontestable. Dans le prochain
    best-seller, il pourrait peut être envisager l’éloge de Mohamed Merah. Il ferait ainsi d’une pierre deux coups,
    mettant en évidence son talent de défenseur de n’importe
    qui et plongeant la mère Benbassa dans un abîme insondable de perplexité.
    Taddéi devrait lui suggérer, c’est bon pour tout le monde.

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