Depardieu, la photo officielle

Moscou (de notre correspondant).– Alors que la foule moscovite en liesse brandissait hier des portraits du maréchal Depardieu sur la Place Rouge, le Président Poutine a pris, dans son immense sagesse, un décret par lequel il ordonne que le portrait officiel du grand maréchal Depardieu, héros de toutes les guerres, soit apposé dans tous les établissements publics de la Fédération de Russie (écoles, administrations, prisons, goulags).

Depardieu

Depardieu

Afin de vivifier l’amitié franco-russe, nous proposons à nos lecteurs d’installer l’affiche commémorative, que nous nous sommes procurée auprès des autorités russes, en place bien évidente dans leur salon : il leur suffit de la télécharger ici, puis de l’imprimer. Attention le fichier est assez lourd. Il pèse dans les 200 kilos1.

Ami russe, deviens un Depardieu !

Ce même décret dispose que chaque enfant russe âgé de 7 ans révolus récitera tous les matins la tirade dite « des nez », extraite de la scène 4 de l’acte I de Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand. Le Président Poutine veut ainsi rendre hommage aux lointaines ascendances françaises2 du maréchal soviétique le plus illustre de tous les temps.

[toggle title="La Tirade des Nez, Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand"]
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !…bien des choses en somme…
En variant le ton, par exemple, tenez :
Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! »
Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse !
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
Descriptif : « C’est un roc!… c’est un pic !…c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ?… C’est une péninsule ! »
Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »
Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »
Truculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? »
Prévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! »
Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »
Pédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! »
Cavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « Aucun vent ne peux, nez magistral
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »
Dramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! »
Admiratif : « Pour un parfumeur, quel enseigne ! »
Lyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? »
Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? »
Respectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! »
Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’ navet géant ou bien queuqu’melon nain ! »
Militaire : « Pointez contre cavalerie ! »
Pratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! »
Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! »[/toggle]

Enfin, le Président Poutine a appelé ses concitoyens à se faire pousser le nez et le ventre, en signe d’affection pour le grand maréchal Depardieu. Les différentes mesures n’ont pas provoqué de réactions dans l’opinion publique russe, sauf, comme d’habitude, chez les opposants au valeureux Président de la Fédération de Russie. Qui, comme tous les opposants n’ont que ça à faire de leurs dix doigts : s’opposer.

  1. Octets. NDLR.  
  2. Selon un communiqué de la présidence russe, l’origine française du maréchal Depardieu n’est pas clairement établie. C’est une rumeur, peut-être bien une légende.  

A propos de l'auteur

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Né à Cuba à une date indéterminée, Raùl Cazals est critique d'art et chef de la "cellule investigation" de tak.fr.

Une réponse

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    Tibor Skardanelli

    Merci Raùl !
    Valérie vous voyez bien que c’est un homme comme il faut Raùl comment voulez-vous qu’il puisse vouloir du mal au Nouvel Observateur et à son glorieux timonier.
    À propos de glorieux timonier merci de m’avoir remis sur la bonne voie, j’ai du confondre avec Boudienny :

    La steppe qui s’étonne
    Voit surgir le colonnes
    Que menait Boudienny au combat.
    Nous allions prolétaires
    Aux batailles meurtrières
    La victoire avançait à grands pas !

    En tout cas soyez louée pour vos positions courageuses digne d’une nouvelle Jeannette Vermeersch, vous nous donnez du courage à tous pour lutter au coeur même de la bête immonde.

    Elle est pourrie la société bourgeoise !
    Le monde de demain, c’est le monde socialiste,
    C’est le pouvoir ouvrier paysan !

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