Bayrou : l’annonce faite à Macron

Après avoir soutenu François Hollande en 2012 sans être payé de retour, François Bayrou vient d’annoncer son ralliement à Emmanuel Macron.

« Je ne suis d’accord avec presque rien de ce qu’il propose(1), mais nous avons des inimitiés communes, des intérêts à courte vue partagés. » Voilà en substance ce que François Bayrou a déclaré ce mercredi après-midi. C’est le jour des enfants, il était probablement dans le bac à sable où le Modem jardine depuis un bail.

Il aurait pu ajouter : « J’en ai tellement marre des entrefilets béarnaise auxquels mon statut riquiqui de Père de Mots me confine, que j’ai entrevu avec Emma, le parfum d’un strapontin, d’un maroquin, d’un palanquin… » « Emma », c’est Macron, et Bayrou-Homais rêve qu’Emma va lui faire hommage de son pucelage qui est au pavillon de Sèvres depuis lurette. Et parfois exposé à la Maison de la Radio, dit-on.

Bayrou, le centre absolu

Qu’est-ce que Bayrou ? Qu’est-ce que Macron ? Le bègue au bras du lyrique, le ravi de la crèche au chevet du Mage, l’erreur de casting au générique du nanar de l’année ? Non. C’est bien pire. Bayrou, c’est le centre absolu, ce rien du tout qui se croit structurant parce qu’il est au milieu du fruit alors qu’il n’est que vide, comme un trou dans l’emmental qui ne lui donne ni goût ni rien qui vaille. Le centre c’est une posture, un pet de lapin au creux d’une garenne ventée, mais c’est surtout l’envie, la peur, l’échec.

C’est tout d’abord l’envie. Celle de compter, d’être utile, d’être une rustine au secours de toute baudruche flageolante. Condamné à être une force d’appoint, un supplétif, un hallebardier dont l’arme est en carton tant les acteurs principaux craignent qu’il blesse quelqu’un. C’est l’envie de la droite qui a des positions fermes et connues. De la gauche qui a les mêmes atouts, mais ne les applique qu’en début de mandat avant de singer celles du camp d’en face en invoquant complots, conjoncture, alimentation des sangliers…

Regardons l’UDI, ce centricule droit, qui revendique 70 à 75 circonscriptions, au nom d’une poignée d’encartés dont le tiers a déjà appelé à voter Macron, le tiers a choisi Juppé avec cet instinct centriste qui les pousse à adouber les vaincus et le dernier tiers qui attend le dernier jour ou son lendemain pour féliciter le vainqueur. Avec des sous-culs déjà rembourrés pour tout fauteuil qu’on lui offrirait.

Car la seconde caractéristique du centre, c’est la peur. Peur qu’on l’oublie, qu’on le compte pour rien, ce qui serait sévère car il ne l’est que presque. Peur d’afficher des convictions, de droite ou de gauche, peur de n’être pas dans le coup. Le centre se croit métronome, il n’est que girouette. Par crainte de n’être pas moderne (il a renoncé depuis des lustres au fonds de commerce vertébré de la démocratie chrétienne), pas entendu (il pleurniche en sourdine lors de toute mandature, regrettant sempiternellement de n’avoir pas choisi le camp d’en face), pas reconnu (il n’obtient que des accessits, dont il finit par ne rien faire). Bayrou a eu peur de n’exister plus, ce qui est pire que de faire 5 % à la présidentielle.

Donc la troisième caractéristique du centre, c’est de vouer à l’échec ceux qu’il rejoint. D’abord pour des raisons arithmétiques : il ne draine que si peu de soutiens qu’il croit soutenir (avec une béquille en balsa) un pachyderme vacillant. Ensuite, parce qu’il est hésitant par nature, trouvant, à peine embarqué dans une coalition, que celle d’en face a bien des attraits. Enfin parce qu’il finit toujours par trahir, faire défection. La greffe d’un organe faible se termine immanquablement par le rejet.

L’alliance de la carpe farcie et de la peau de lapin

Pas étonnant donc que Bayrou ait choisi de rallier Macron, cet OVNI sans doctrine, ce champignon même pas vénéneux qui se croit un destin à force d’avoir constaté la nullité de ceux qu’il servait. Et voilà donc nos deux Pécuchets, enfilant évidences et grands airs, soufflant le vide et le fétide, dans le funeste espoir qu’un peuple désabusé les choisisse pour le conduire à la félicité, au plein emploi, au cannabis sans effets secondaires, à la France sans culture.

Il reste un carême et une poignée de décades pour apporter la preuve que cette alliance de la carpe farcie et de la peau de lapin ne peut produire que désillusions et palinodies.

Bayrou plus Macron : Baycron vert, Baycron rose, Baycron jaune : pesticides pires que les pestes qu’ils prétendent éradiquer.

Notes   [ + ]

1.Voir les déclarations de Bayrou sur les petites phrases macroniennes à propos de la culture française, du « crime contre l’humanité », etc.

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Bernard Rackam est chroniqueur à la radio, consultant, père de famille, catholique et breton.

4 Réactions à "Bayrou : l'annonce faite à Macron"

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    rackam 26 février 2017 (13:08)

    Quoi! Pas un seul nervi, membre du s.o. du Modem pour venir porter la contradiction? Les centristes masqués? Les UDI casqués? Ils doivent être à coller des affiches d’En Marche, lécher des timbres, plier des tracts… Pôvres gros bras.

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    Pierre Jolibert 27 février 2017 (22:28)

    Si quelqu’un devait se plaindre, cher Rackam, ce serait plutôt le syndicat d’initiatives du Thouarsais (j’ai vérifié), j’veux dire rapport à votre meilleur calembour de la saison. Car je suis sûr que leurs fêtes sont aussi réussies (et super) que nécessaires. Tout de même, de votre part, un chouan…
    Dites, après ce beau papier, très vibrant, une suite du restant ? pour la fusion des fédés ?

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    rackam 28 février 2017 (08:13)

    Pierre, vous postez sous un fil sans calembour… Mais je cours derechef confectionner une suite aux Fédés. Pour une fois qu’on m’encourage.

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    Pierre Jolibert 4 mars 2017 (18:07)

    Vous exagérez, vos fans étaient là tout du long pour vous encourager.
    Après l’intermède fusionnel du centre (ci-dessus), et les fédés de droite qui s’éclatent ce week-end (mes encouragements vont aussi au Trocadéro) j’espère que celles de gauche vous redonneront de la matière, même si dans l’ensemble plus personne ne se cache pour clamser.

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