Armstrong, je kiffe encore…

Apollo

Aller sur la Lune ? Fini. depuis que le principe de précaution a remplacé l’esprit d’aventure.

Neil Armstrong qui pose son pied sur la lune… Je kiffe encore. Il fallait voir, en 1969. Dans une vitrine, sous des arcades. Une image bien pourrie et un son qui l’était tout autant. Il y avait de la solennité parmi les spectateurs, du respect aussi. La conviction d’assister à un instant exceptionnel. La peur également. Que quelque chose se passe mal. Il faut dire que le LEM, cette navette qui avait quitté l’orbite lunaire pour se poser sur la Lune, ressemblait à un terrible bricolage. De la 2CV en pire.

Armstrong, le rêve humain

Aller sur la Lune. C’était possible. Personne n’en avait douté quand les Américains, un peu chauffés par l’avance prise par les Soviétiques, avaient décidé de répondre en grand. Personne n’en doutait, parce qu’à l’époque on découvrait encore des Amériques et l’on se passionnait. Cela faisait partie du rêve humain. On rêvait. Et l’on avait raison. On rêvait d’aller sur la Lune. Tout était possible en 1969.

Tout était possible, parce qu’il était interdit d’interdire, parce que la jeunesse croyait vraiment qu’on pouvait jouir sans entraves; pas que sensuellement ou sexuellement.

Tout était possible, parce que le progrès était considéré comme normal, comme une voie de salut même, pour l’humanité. Aller sur la Lune, soigner des maladies, sortir du sous-développement, mettre fin aux guerres froides et chaudes. Le progrès était une garantie de meilleure vie et de meilleure justice. Alors, voir deux scaphandriers de l’espace sautiller sur le sable de la Lune, c’était émouvant à pleurer. De joie.

Un monde sans risque est triste à pleurer

Et puis merde ! Aujourd’hui, à peine deux générations plus tard, l’ambiance est encore à pleurer, mais de tristesse. Car, voyez vous, le progrès est désormais l’ennemi. Il inspire plus que de la méfiance. Le monde est livré à des Philippulus d’apocalypse. Les grands de ce temps sont tous des José Bové faucheurs et démonteurs de MacDo. Des qui sauvent les baleines, des qui sauvent les petites fleurs, des qui détestent l’humanité. C’est chic aujourd’hui de manger local et bio, c’est chic de se replier sur soi-même, c’est chic d’être contre. C’est chic de culpabiliser le monde entier.

L’Homme est mauvais, une bête furieuse. Nous ne mangeons plus que du poison, ne respirons plus que la mort. Quant à l’eau que nous buvons, n’en parlons pas. Dans le monde d’aujourd’hui, il faut manger cinq fruits et légumes par jour, ni trop salé ni trop sucré, pas fumer, pas buver et ne pas oublier d’avoir toujours une capote avec soi. Pour le cas de plus en plus hypothétique où une fille ne vous enverrait pas paître d’une voix acide en affirmant qu’elle n’est pas un objet sexuel…

Le monde est devenu une compagnie d’assurances où l’on infantilise des gens pourtant bien adultes, qui se laissent faire. Aller sur la Lune aujourd’hui ? Même pas en rêve. Pas pour des questions d’argent, mais parce qu’il y aura bien des connards tristes qui viendront squatter les médias pour dire que c’est une insupportable pollution de cet astre encore vierge.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Il faut réduire le champ d’abord : cette culpabilisation est avant tout le fait de pays nantis et vieillissants, protestants de culture dans la plupart des cas. Des pays où le risque est désormais banni, parce que, n’est ce pas, il y a toujours un risque à prendre un risque. Les Assurances Générales de la Bonne Conscience ramassent les primes, mais ne payent plus les dommages. Une société zéro risque est une société où l’on meurt d’ennui. Mais n’importe quel personnel politique y voit une occasion de se faire réélire. Alors, on fait des conférences qui brassent de l’air à Copenhague ou à Rio. Pour se faire réélire. Mais se faire réélire par des couilles molles en vaut-il vraiment la peine ?

Principe de précaution, principe de vieux cons…

Les paroles ne coûtent rien, alors on a même trouvé un truc monstrueux qui s’appelle le principe de précaution, au nom duquel on a désormais justifié l’interdiction d’étudier et de faire. Au nom d’un risque possible. L’humanité n’a survécu et ne s’est développée qu’en prenant des risques. Aujourd’hui, on interdirait à Christophe Colomb de découvrir l’Amérique. Parce qu’il risquerait de ramener la syphilis de là-bas et de refiler le rhume aux Indiens.

Nous sommes un pays universaliste, n’est-il pas. Au nom de quoi un président de la République opportuniste comme personne a même inscrit dans la Constitution ce fameux principe de précaution. Je n’ai pas souvenir qu’il y ait eu une bataille parlementaire à ce sujet. Tant qu’à être stupides, soyons-le tous ensemble. Donner les pleins pouvoirs à la frousse et à la trouille, c’est mieux si on le fait dans l’accord général…

Nous sommes de vieux pays fatigués, vieux dans nos têtes quel que soit notre âge civil. Nous quittons la scène, sous les lazzi de l’Histoire. Replions-nous, mes bien chers frères. Si, en plus, nous pouvions sortir de l’euro et de l’Europe, nous serions tellement bien chez nous. À tricoter devant notre cheminée, reclus et perclus. Perclus d’égoïsme et de rhumatismes.

D’autres arrivent, et c’est bien aussi pour l’humanité. D’autres qui ont encore de la gnaque et de la fierté. Les prochains qui iront sur la Lune seront des Chinois. Je serai devant ma télé. L’image sera en HD et je serai un vieux con heureux, qui se dira que d’autres ont préféré le principe de responsabilité au principe de précaution. Je serai fier de leur joie, parce qu’ils auront repoussé l’horizon, là où nous autres ne cessons de le réduire. Par peur de voir ce qui se cache derrière…

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9 Réactions à "Armstrong, je kiffe encore..."

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    Tibor Skardanelli 27 août 2012 (11:41)

    Il y a encore les américains… Mais oui, vous avez absolument raison, le principe de précaution est un principe de vieux cons !

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    rackam 27 août 2012 (20:04)

    Le Scheer est triste hélas et j’ai lu tous les fils…

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    Vieucon 27 août 2012 (21:02)

    Pas de débat parlementaire pour inscrire le principe de précaution et la Charte de l’environnement de 2004 ?
    Mais mon gars, il y a même eu réunion du CONGRES (si tu sait ce que c’est…), obligatoire pour une modification de la constitution.
    Enfin bref, passons sur ton manque de connaissances à ce niveau.

    Le principe de précaution, principe de vieux con ?
    Euh ouais, si tu veux…

    Je cite :  » En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement.  »
    Tout ce qui n’a pas été fait quoi. Le principe de précaution, dans l’idée (et en dépassant le cadre écologique), c’est un peu : prendre la moto sans casque, la voiture sans ceinture, faire décoller un avion sans pilote, ne pas bien renforcer les réacteurs de Fukushima. Tu me suis ?
    Par contre, ça n’empêche nullement le progrès, uniquement le mauvais progrès. Je dirais même que ça favorise le progrès puisque ça oblige à trouver des solutions avant que les problèmes ne surviennent.

    Prenons ton fameux exemple de Christophe Colomb. Quel grand homme que Christophe, il a d’ailleurs signé la fin du Moyen-Age ! Miracle, joie et bonheur !
    Seulement, c’est également le plus grand génocide organisé de l’Histoire qui a suivi, l’esclavage à l’échelle mondiale, et tout le bordel.
    D’ailleurs en passant, très mauvais exemple mais bon, on t’excusera. Ou pas.

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    Tibor Skardanelli 27 août 2012 (21:36)

    Cher Vieucon, je comprends que vous soyez attaché au principe de précaution, le problème est qu’il s’applique toujours dans le même sens : évaluer le risque d’utiliser une avancée scientifique sans évaluer le risque de ne pas le faire. Ainsi, au nom de vagues études on interdit les OGM, on hurle au réchauffement anthropique sur la base de modèles bancales, on démantèle les centrales nucléaires à cause d’un accident qui a fait icomparablement moins de morts que le tsunami qui l’a provoqué, sans évaluer les risques qu’il y a de se priver d’énergie, de médicaments et de nourriture. C’est effectivement un principe de vieux cons repus qui se moquent bien des conséquences de leur pusillanimité. Le principe de précaution c’est l’argument des vendeurs d’apocalypse.

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    Vieucon 27 août 2012 (23:21)

    Non, vous prenez le problème à contresens.

    Il n’existe PAS d’étude à long terme en ce qui concerne les OGM. Néanmoins, on connait déjà certains effets négatifs et risques.
    http://www.greenpeace.org/france/fr/campagnes/ogm/fiches-thematiques/menaces-et-dangers-des-ogm/
    Source non impartiale c’est certain, mais je ne crois pas que les industriels et gouvernements ne le soient non plus. Encore moins les journalistes.

    Quand à Fukushima, qui est déjà une des plus grandes catastrophes technologiques de l’Histoire de l’humanité, celà risque bien d’encore empirer.
    http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20120822.OBS0162/enquete-fukushima-et-si-le-pire-etait-a-venir.html
    On comparera et comptera les morts à long terme si vous le voulez bien, en attendant on vous attend en temps que liquidateur.
    La radioactivité à déjà atteint la cote ouest des usa depuis bien longtemps, TEPCO et le gvt Japonais ont egalement été pris à de nombreuses reprises à mentir.
    En ce qui concerne le nucléaire, qui n’est en soit pas forcément une mauvaise chose, je vous invite à regarder le documentaire Into Eternity, qui se projette quand à lui quelques dizaines de milliers d’années dans le futur et qui fait beaucoup réfléchir.

    Le problème de certains aujourd’hui, c’est qu’il confondent progrès et croissance, à l’heure ou il faut au contraire réduire notre consommation, que ce soit d’énergie, de nourriture jetée, etc,…
    Une petite idée de la tendance actuelle ?
    Cadeau : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/08/22/mercredi-22-aout-jour-du-depassement-pour-les-ressources-mondiales_1748396_3244.html

    Voyez-vous, le problème avec l’écologie, le principe de précaution, etc, c’est que bien souvent on parle très vite d’alarmiste, de populisme, d’extremisme, meme de « conspiration » pour dévaloriser des arguments pourtant bons et factuels.
    Alors, forcément, les changements sont progressifs, la tendance peut être inversée.
    Rendez-vous dans 200 ans.

    On s’écarte quand même du sujet, j’espère bien qu’un jour l’humanité quittera la Terre, que ce soit pour la Lune ou ailleurs, en attendant il nous reste quelques détails à régler.

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    Gérard Scheer 28 août 2012 (01:36)

    @vieux con:
    je suis autant vieux con que vous. La suffisance hautaine me fait chier, et pas qu’un peu. Exemple tout débile que je suis, je sais aussi qu’il y a eu réunion du congrès pour modifier la constitution. Que vous le veuillez ou non, c’est un débat parlementaire. pour le reste des arguments rien à dire, sauf que tous ces liens, je les connais aussi. Mais, contrairement à vous, je me permets de DOUTER. Essayez donc d’apprendre à en faire autant.
    PS: je ne vous ai pas autorisé à me tutoyer, on n’a pas gardé les OGM ensemble…

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    Tibor Skardanelli 28 août 2012 (08:53)

    Vieucon, avez-vous vu cette très intéressante émission sur Arte à propos de Tchernobyl ? Craiment vous devriez y jeter un oeil. Greenpeacen Nouvel Obs et Le Monde ! En voilà des références, vous lisiez la Pravda quand il fallait se faire une idée de l’état de l’URSS ? Et pour finir, à propos du papier du Monde , ce que cela veut dire est qu’il faut dare dare commencer d’utiliser les ressources de notre environnement spatial proche : ce n’est pas le principe de précaution que va arrêter les Chinois…

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    Vieucon 28 août 2012 (12:39)

    @ mon très cher M. Scheer :

    Vous vous contredites dans votre commentaire en ce qui concerne le congrès, mais je ne vous en veux toujours pas. (Tu vois, je fais l’effort de te vouvoyer puisque ça à l’air de te tenir à coeur. Cependant, je n’ai pas besoin de ton autorisation, ni de quoi que ce soit, on reste sur Internet tout de même, et ce n’est que du tutoiement. Ha, les joies du Québec…).
    Pour ce qui est du « doute », sachez que les sources que je cite, ce sont elles qui doutent justement, puisque, de base, le discours majoritaire et presque écrasant va plutôt dans votre sens.

    @ Tibor :
    Je n’étais pas encore né que l’URSS était déjà fini, donc je ne sais pas.
    Voici d’autres sources, surement plus en accord avec vous :

    http://www.lefigaro.fr/international/2012/08/24/01003-20120824ARTFIG00503-l-inquietante-piscine-de-fukushima.php
    http://www.atlantico.fr/pepites/mercredi-22-aout-credit-annuel-ressources-naturelles-est-deja-epuise-458370.html

    Est-on en compétition avec les chinois maintenant ?
    Tant mieux pour eux, mais pour être allé en Chine ou l’air de Shanghai et Pekin est vicié et ou un étrange nuage jaune étouffant flotte en permanence dans le ciel, je leur laisse ce privilège.

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    Tibor Skardanelli 28 août 2012 (14:10)

    Je crois que vous n’avez pas compris ma référence aux Chinois. Ce ne sont pas nos principes de précaution frileux et mal appliqués qui vont empêcher le reste de l’humanité, les Chinois en particulier, d’atteindre notre niveau de vie. Ne serait-ce que pour cette raison ce principe est vide, ils feront tout simplement les choix à notre place. Je ne veux pas parler pour Gérard mais à mes yeux, en tout cas, ce principe est l’expression d’un manque terrible de volonté d’entreprendre, l’expression d’une pulsion de mort. La question n’est pas d’ignorer les risques, la question est de les évaluer convenablement. Le danger de se priver du nucléaire et des OGM est tout à fait évident, on le masque en mettant en avant d’hypothétiques apocalypses. Je me souviens fort bien de ce que l’on a prédit au moment de Tchernobyl, jeune homme, on annonçait entre autre un taux extrèmement élevé de mortalité chez les liquidateurs, on s’aperçoit que statistiquement il est très difficile de détecter une surmortalité chez eux trente ans après et que la nature a repris ses droits autour de Pripyat. Le problème est que comme le paradis socialiste autrefois, les enfers dont on nous menace se situent loin dans le temps et que l’on nous enjoint de prendre des décisions de toute façon contestables, car mal fondées, aujourd’hui.

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